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samedi 16 octobre 2010

L'appel du clavier: revue culturelle des dernières semaines

Un journal de voyage inachevé -oui, oui, il faut que je me replonge dans ce carnet Moleskine qui me supplie de le compléter sur ma table de salon-, un blogue négligé... Je fais un bien piètre écrivain en ces semaines de rotation saisonnière ouù la pluie et le froid incitent pourtant au récit. Pourtant...

  • mon premier 5@7 littéraire Québec se livre  jeudi soir dernier, un rassemblement de passionnés du livre de la capitale et d'ailleurs se réunissant sur une base régulière sous l'impulsion des Éditions du Septentrion
  • les échos de la première édition du festival littéraire Québec en toutes lettres qui débute cette fin de semaine
  • l'introduction de la session parlementaire 1957-1958 que j'ai reconstituée à mon arrivée à l'Assemblée nationale en 2000 et qui sera publiée dans quelques mois chez Septentrion à l'intérieur d'un recueil d'histoire parlementaire du Québec (je dois d'ailleurs trouver un titre à cette introduction...)

sonnent comme autant d'appels à la reprise du clavier!

Mon sujet? Une revue culturelle des dernières semaines.

John Lennon sur les hormones

Lancé en décembre 2009 au Royaume-Uni, Nowhere Boy (Il était une fois John, en français) de Sam Taylor-Wood, a enfin fait son apparition hier (15 octobre) sur nos écrans. La bande-annonce enlevante que je visionne depuis des semaines ne trahit pas ses promesses!

Nowhere Boy se révèle en fait une comédie dramatique classique sur un sujet qui l'est moins: la genèse artistique de John Lennon. Le Beatle au destin tragique est incarné par un Aaron Johnston -dont j'ai fait la connaissance en avril  dernier sous les traits du superhéros raté Kick Ass-, survolté, charismatique, complètement habité par son personnage.

Élevé par une tante -en apparence- froide et rigoriste, le jeune John découvre l'identité de sa véritable mère au cours d'une période plutôt bouleversante de son adolescence et s'initie à la musique au contact de cette femme sensuelle, épicurienne et pleine de vie. Séduit par la musique d'Elvis Presley qu'elle lui fait connaître, le jeune John décide de fonder un groupe de rock et poursuit son apprentissage de la guitare grâce à un Paul McCartney un peu féminin. Le véritable Paul n'aurait pas aimé le film, paraît-il: je comprends pourquoi!

Artistiquement stimulé -c'est mon interprétation- par les émotions découlant des réponses qu'il obtient à mesure qu'il reconstitue le casse-tête de ses origines, John se lance dans la musique à corps perdu tout en tentant de composer avec l'abandon dont il a été victime. Aaron Johnston excelle tout simplement à jouer l'artiste au leadership incontestable qui porte son groupe à bout de bras tout en jalousant le talent de ses comparses John et Paul et l'adolescent déchiré par la vérité qu'on lui balance. Il se déhanche et se donne à fin sur scène, intégrant sans retenue l'influence d'Elvis, notamment dans la danse, sur l'adolescent joueur de banjo, puis de guitare.

Devant un John viril à souhait, les autres futures Beatles paraissent plutôt freluquets à cause de leur apparence physique, Paul, Georges et Pete Best s'effacent complètement devant leur leader. Est-ce voulu? Ce casting a quand même de quoi surprendre.

Vous l'aurez deviné, Nowhere Boy est un film de musique -on est transporté par les airs de rock fin années 50 qui ponctue toute la trame du film- et d'acteurs. Kristin Scott Thomas, que j'adore, joue encore juste le personnage de la tante Mimi, qu'elle aurait toutefois pu développer davantage si le scénariste lui en avait laissé la chance. Des scènes émouvantes la mettant en scène perdent de leur intensité en quelques secondes en raison de répliques un peu clichés ou d'une fin abrupte. Quant à Anne-Marie Duff (Julia, la mère de John), elle séduit par son abandon total à la vie et sa sensibilité à fleur de peau. On se questionne sur la teneur de l'amour qu'elle porte pour son fils: filial ou... érotique?

À voir, malgré une réalisation un peu conventionnelle qui n'enlève rien au rythme soutenu du film et à la grande qualité de ses comédiens.

Incendies le brûlot

Je pense que tous ceux qui ont vu Incendies, de Denis Villeneuve, n'en sortent pas indemne. Sélectionné par le Canada pour représenter notre pays dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger, le 4e film -et 3e représentant aux Oscars de l'ex-gagnant de la Course Europe-Asie de Radio-Canada- a profondément ému les Québécois. À preuve, les 1,4 millions amassés au box-office québécois à ce jour.

On a tout dit sur le film:

  • qualité de la réalisation et du scénario
    • Villeneuve le scénariste possède autant de talent que Villeneuve le "metteur en images"
  • qualité -extrême- du jeu, notamment de Lubna Azabal, sortie d'on ne sait où, inoubliable dans son personnage de la "femme qui chante"
  • qualité de la photographie du fidèle complice de Villeneuve, André Turpin
  • beauté de la musique. 
J'aimerais cependant souligner la qualité du travail d'adaptation de la pièce de Wadji Mouawad, dont est tirée le film, adaptation signée Villeneuve.

Je ne vous ai malheureusement pas parlé dans ce blogue des 3 chefs-d'oeuvre théâtraux de Mouawad vus le 12 juin dernier au Grand théâtre de Québec. Réunies sous le dénominateur commun du Sang des promesses, la trilogie de Mouawad a tenue en haleine une foule particulièrement jeune durant 12 heures.

  • La poésie de Littoral
    • j'ai failli pleurer lors de la scène finale alors que le corps d'un père souhaitant se faire enterrer dans son pays natal, qu'on devine être le Liban de Mouawad, est lancé à la mer par son fils, soutenu par le poids des bottins téléphoniques comprenant tous les noms des victimes de la guerre: ce père qui était gardien de troupeau devient gardien de la mémoire, celle des femmes et des hommes assassinés par la guerre: j'en éprouve encore des frissons juste à l'écrire...
  • L'histoire passionnante de Forêts, qui revisite toutes les tragédies et guerres de l'Occident depuis la 2e moitié du 19e siècle -guerre franco-prussienne de 1870, guerres mondiales, Polytechnique-, à travers une lignée de femmes frappées par leurs propres tragédies
  • Et la claque au visage qu'est Incendies, un appel à la fin de la violence par des hommes ou des femmes qui sauront résister aux sirènes de la vengeance.
On s'en doute, cette pièce, inspirée de la guerre civile libanaise et des massacres de réfugiés palestiniens au début des années 80, conserve son caractère actuel dans un contexte où nul ne semble prêt à faire de compromis pour mettre un terme au conflit israëlo-palestinien. Celui-ci empoisonne la vie de milliers de Palestiniens confinés dans un minuscule bout de terre tout en suscitant anxiété et crainte chez des Israéliens mieux nantis, mais victimes de gestes de désespérance.

Villeneuve, donc, a conservé la "substantifique moelle" d'Incendies, l'appel à la non-violence et au souvenir lancé par Mouawad, la "bonne histoire" aussi de la pièce -car Mouawad est un conteur remarquable, parfois un peu trop littéraire et verbeux, mais un génie de l'histoire. Il l'épure de certains éléments ou de situations qui auraient mal passé au cinéma. 

Le personne du notaire Lebel, qui détend la salle par ses lapsus incohérents dans la pièce, est devenu beaucoup plus sérieux au cinéma sous les traits de Rémi Girard. Avoir conservé les traits d'humour du personnage créé par Mouawad aurait créé des ruptures de ton plus évidentes au cinéma : assiste-t-on à un drame ou à une comédie noire? Au théâtre, ces détentes étaient justifiées.

Il faut voir Incendies, donc, mais aussi lire la pièce de Mouawad. C'est pour assister à sa prochaine création que je me suis abonné au Théâtre du Trident cette année, malgré mes réserves de l'année 2008-2009.

Un Dom Juan sans charisme

Ces réserves ont d'ailleurs été confirmées lors de la première pièce de la saison de la compagnie québécoise, qui célèbre ses 40 ans cette année. Dom Juan, de Molière, m'a beaucoup ennuyé. La faute de la pièce, beaucoup moins "punchée" que le Malade imaginaire, par exemple, à son metteur en scène, dont on ne comprend pas la démarche -à quoi servent ces personnages de la vie de Dom Juan qu'on voit constamment défiler sur scène comme des fantômes en transportant des chaises??- et au comédien pourtant excellent habituellement Hugues Frenette, qui doit livrer des pages et des pages de texte et qui offre un rendu un peu machinal.

Je l'avoue, je me suis endormi. 

J'espère garder les yeux ouverts lors de La face cachée de la lune, de Robert Lepage avec Yves Jacques, que je voulais revoir une 2e fois, d'une création mystère de Wadji Mouawad, et de l'Opéra de Quat'Sous mis en scène par Martin Genest, l'extraordinaire créateur et spécialiste des marionnettes.


dimanche 30 mai 2010

Fin de vacances

 Semaine de vacances qui s'achève sous un ciel de feux de forêt, semaine toute horticole, mais toute aussi culturelle. Semaine au cours de laquelle des artistes de tous horizons ont allumé sur mon parcours des incendies comme je les aime: intenses et propices au travail de l'imagination. De la fougue de Belles-Soeurs mardi à la présence tout feu tout flamme de Dumas hier soir, en passant par le parcours déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant vendredi soir, les derniers jours se sont révélés riches en sons, en notes, en petits drames et en drôles de rencontres!

Venir à bout du costume... de Dumas

Samedi 29 mai, Théâtre Petit Champlain, De retour de sa première sortie de scène après un peu plus d'une heure de spectacle,  l'auteur-compositeur Dumas s'exclame, devant un public debout et en délire: "Vous êtes venus à bout du costume!".

Il fallait voir sa chemise noire devenue translucide avant qu'il quitte la scène la plus chaleureuse en ville au terme d'un tour de chant et de guitares exaltant: complètement inondée! Aveu charmant : "Québec, vous êtes le meilleur public de la tournée jusqu'à maintenant, et c'est vrai!"

Une bombe

Dumas est une bombe sur scène.

Non seulement joue-t-il de la guitare -acoustique, électrique, et dans toutes les déclinaisons- comme d'autres manient le Stradivarius, passionnément, rageusement, soudain doucement, puis amoureusement, mais sur les planches, il éclate, trépigne, bondit dans toutes les directions, rendant au public de tous les coins de la salle, gauche, droite, centre, balcon, toute l'énergie qu'il lui livre. Votre humble serviteur y a goûté avec stupéfaction à l'occasion d'une incursion surprise du chanteur dans la salle: voir Dumas qui s'agite soudain en face de soi, ça marque!

Sourire désarmant, charisme évident, classe remarquable, interventions minimales mais pertinentes, expressif au possible -il faut voir ses mimiques quand il s'élance dans les aigus- Dumas était visiblement au sommet de sa forme samedi soir . Fort de la complicité et du talent de ses 3 musiciens, qui ont tous participé au dernier de ses disques, Traces, et dont certains l'accompagnent depuis quelques années, l'auteur-compositeur de Victoriaville a revisité presque entièrement son dernier disque, et plusieurs pièces de ses précédents, nous faisant abondamment chanter au passage.

Une mise en scène sobre mais poétique -des projections sur un écran en forme de pleine lune ajoutant à l'univers impressionniste de Dumas-, des éclairages soignés, une tenue sur scène irréprochable: rien à redire sur ce spectacle plein de tonus et pas de tout repos, éclatant parfois au son des quelques "hymnes" que contient le répertoire de l'artiste: hymnes au voyage, à la découverte de l'inconnu, à l'exploration de ce que nous sommes. Le spectacle s'est terminé par Passer à l'ouest, ma préférée de Traces, un crescendo un peu à la Arcade Fire, qui nous mène "au-delà des frontières de l'imagination".

Deux spectacles de Dumas au compteur de mon autoroute culturelle, jamais de déceptions.

Secrets et baroque

J'aime tellement ma ville quand elle me propose des expériences comme le parcours théâtral déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant, offert gratuitement au bon vouloir des citoyens dans le cadre du Carrefour international de théâtre. Je m'aime moins quand je ne trouve pas le temps de participer pleinement à l'expérience: je n'ai visité que 2 des 6 stations concoctées par quelques maîtres d'œuvres, dont le metteur en scène Frédéric Dubois, et incarnées par près de 200 artistes. Sorte de chemin de croix intimiste et fantaisiste, proposé 3 soirs mais à l'intérieur d'une plage restreinte: entre 21h et 23h. Impossible de tout voir au cours d'une seule soirée.

Au parc du centre communautaire Lucien-Borne illuminé pour l'occasion de globes blancs, une bénévole nous dirige vers un des lits brinquebalants en plein air que s'est approprié un comédien, dans notre cas, chanceux que nous sommes, la très talentueuse et émouvante Anne-Marie Olivier. Elle nous murmure en 5 minutes des confidences qui parlent d'angoisse, d'anxiété, de petits échecs. Devenus soudain confidents, la parole souffrante de l'inconnue nous trouble.

Puis, nous découvrons le sentier s'amorçant derrière le parc et s'écoulant le long de la falaise vers la basse-ville, doré par les luminaires imaginés par l'artiste en arts visuels Claudie Gagnon, qui a définitivement le sens de l'accessoire lourd de sens. Sous sa gouverne et celle du musicien Frédéric Lebrasseur, la forêt a fait le plein d'étranges personnages inspirés des 7 péchés capitaux, jouant de l'égouine ou des cuivres, bizarres créatures mal léchées, gloutonnes, orgueilleuses, éteintes, violentées prenant place au centre de tableaux savamment chorégraphiés.

Dieux du théâtre, faites que l'an prochain le Carrefour présente encore une telle marche baroque au cœur de la ville et de la nuit, moi qui ai manqué les machines à son de Pascal Robitaille sur le terre-plein du boulevard Langelier, le tour d'autobus dans les bas-fonds de Frédéric Dubois, les vitrines animées de la rue Saint-Joseph et le continental géant sur le parvis de l'église Saint-Roch.

vendredi 28 mai 2010

Un "show" parfait


Ce mardi 25 mai à la salle Albert-Rousseau de Québec, dès la première salve d'applaudissements destinée, en levée de rideau, au metteur en scène René-Richard Cyr, à l'auteur-compositeur Daniel Bélanger et à l'auteur Michel Tremblay, j'ai su que j'allais assister à un événement. Point culminant du 11e Carrefour international de théâtre de Québec avant même qu'il ne débute réellement, le théâtre musical Belles-Soeurs s'inscrira effectivement dans l'histoire québécoise des arts de la scène au même titre que la pièce qui lui a donné naissance.

Un show... parfait. Jeu solide et habité des comédiennes. Mise en scène sans aucune faille. Jeu des musiciens, arrangements, choeurs : parfaits. Décor, accessoires, costumes: parfaits. Une oeuvre comme on en voit rarement, complète, dense et divertissante, comique et dramatique : voilà ce qu'est l'adaptation musicale de la pièce "révolutionnaire" de Tremblay.

Le brio d'un metteur en scène

Disons-le d'emblée, René-Richard Cyr s'est approprié le texte des Belles-Soeurs avec brio. Misant essentiellement sur le texte de la pièce -Belles-Soeurs n'est pas une comédie musicale où l'on chante constamment-, Cyr a transformé les monologues du texte original en numéros musicaux tantôt drôles et pleins de folie, tantôt extrêmement touchants.

Ces numéros, il en a d'abord fait des défis.

Il faut entendre l'une des invitées du party de timbres entonner sans trous de mémoire en se berçant la longue liste des invités à la noce de sa fille. Absente à ce moment, Mme Brouillette s'enquiert en revenant de la salle de bain, "qui c'est qui était là, donc?" Et à la surprise générale, les 14 comédiennes de reprendre la liste!!

Que dire de l'hommage au bingo -c'est B14 qui me manque!-, numéro qu'on commentera encore sans doute dans 10 ans. Exploitant le ralenti cinématographie, René-Richard Cyr créée durant de longues minutes déplacements et chorégraphies reconstituant comme si on y était la fébrilité des parties de bingo de sous-sol d'église. Quinze comédiennes entonnant à l'unisson une savante partition de Bélanger et répétant tout en s'agitant : "Moi, j'aime ça le bingo" en attendant le climax du fameux B14! Tout ça pour remporter un abat-jour ou un plat de "peanuts".

Vies pathétiques et timbres maudits

Plus que des défis, les numéros musicaux ajoutent à l'intensité de la pièce de Tremblay. Ils en accentuent le côté comique et nous travaillent encore davantage le coeur durant ses passages dramatiques.

Car Les Belles-Soeurs est avant tout une tragédie : esquisse des vies pathétiques de femmes soumises à la religion, au sexe, à leur mari, sans contrôle sur leur destin, jalouses du succès des autres, honteuses de leur propre condition, que la chance inouïe d'une de leur semblable, Germaine Lauzon, réunit autour de timbres à coller. Ces timbres maudits au départ promesse d'une richesse inespérée agiront comme un catalyseur de la véritable nature des personnages. Témoin du retour, en début de 2e partie, de la soeur maudite de Germaine, Pierrette Guérin -incroyable Maude Guérin à la voix chaude-, le party d'abord amorcé dans la joie se termine sur de sombres notes et nous jette en pleine face une implacable conclusion : celles qu'on accuse de "mauvaise vie" possèdent parfois un coeur bien plus pur que bien des "saintes femmes"!

Un jeu sans faute

Sur le plan du jeu, toutes les comédiennes s'illustrent, en jouant comme en chantant, sans quitter le cadre de leur personnage. Les chansons concoctées par Bélanger, solos comme pièces chorales, tout en mettant en valeur la voix des actrices et leur étonnant synchronisme, conservent un je ne sais quoi de kitch ou de réalisme qui les ancrent au coeur de la cuisine de Germaine Lauzon, lieu de tous les potinages et de toutes les confidences.

Les 15 comédiennes demeurant sur scène presque toute la pièce dans la version 2010 de René-Richard Cyr, celui-ci a imaginé pour elles de savants déplacements et de nombreux intermèdes où ça piaille et ça pépie avec vigueur. Même si plusieurs personnages nous semblent au final un peu flou, l'histoire nous tient en haleine, son rythme est soutenu.

Longue ovation debout fort méritée au terme de ce chef-d'oeuvre, bouffée d'émotions à l'arrivée sur scène du trio de concepteurs. On rêve déjà de revoir plusieurs des numéros qui nous ont éblouit. "A va tout avoir... a va tout avoir ça, GRATIS", voilà ce que je chante depuis mardi!

À voir absolument.

  • Au Centre culturel de Joliette du 25 juin au 4 septembre 2010.
  • De retour à Montréal et à Laval en mars et en avril 2011.
  • En tournée au Québec au printemps et à l'automne 2011 et en 2012.
  • Nouvelle série de représentations à Québec en janvier 2012.
Les billets pour plusieurs représentations sont en vente maintenant.


Et pour entendre un extrait de la pièce et en apprécier la richesse des choeurs: http://www.belles-soeurs.ca/

dimanche 2 mai 2010

Martin Genest, la suite


Culpabilité soudaine de n'avoir écrit ce matin que du bien sur un spectacle -Cabaret Gainsbourg- qui n'est plus à l'affiche. Je me sens un peu agace, en fait...

N'ayez crainte, je suis convaincu que ce Cabaret connaîtra une 2e vie. En tournée au Québec, peut-être? Ne le manquez surtout pas.

En attendant, gens de Québec, nous pourrons encore être éblouis par le talent de Martin Genest et de sa troupe du Pupulus Mordicus du 19 avril au 14 mai... 2011, au Théâtre du Trident. Genest y met en scène L'opéra de quat'sous, de Bertolt Brecht.

La saison 2010-2011 du Trident s'annonce prometteuse, d'ailleurs, avec une reprise de La face cachée de la lune de Robert Lepage et une création de Wajdi Mouawad.

Serge et Alice


Semaine toute culturelle qui s'achève, marquée par le dévoilement de la programmation du 42e Festival d'été de Québec, par une adorable rencontre avec des marionnettes toniques et grivoises et celle un peu moins réussie avec des personnages en 3 dimensions victimes d'avoir été conçus après ceux d'Avatar...

Retour sur Cabaret Gainsbourg, pièce musicale éclatée présentée au Théâtre Périscope ces dernières semaines, et sur le film Alice au pays des merveilles de Tim Burton.

Serge réincarné

Pour rendre hommage au père de Charlotte, le metteur en scène Martin Genest et son complice, le marionnettiste Pierre Robitaille, ont concocté un spectacle mémorable en hommage au grand parolier de la chanson française. Hôte du Théâtre Périscope du 14 avril au 1er mai derniers, ce spectacle de "musique et marionnettes" n'a pas fait mentir la réputation du Théâtre Pupulus Mordicus, qu'animent depuis plus de 10 ans Genest et Robitaille : celle d'une compagnie alliant avec bonheur, frivolité et beaucoup d'audace l'art de la marionnette et une créativité débridée.

Quelle forme a pris ce Cabaret Gainsbourg? Celle d'une série de numéros interprétés, joués et dansés sur scène par le "manipulateur" Robitaille, 4 chanteurs et musiciens de grand talent et une chanteuse/danseuse/comédienne. Le tout dans une salle de théâtre transformée en véritable cabaret, avec petites lampes rougeoyantes sur les tables et "spots" maquillés en luminaires.

Sensualité et émotions

Je ne connaissais pas la musique période jazz de Gaisnbourg, que met en valeur le spectacle de Genest et Robitaille, et celui-ci ne m'y aura pas nécessairement converti. Quoique Gainsbourg possède une plume sensuelle bien tournée et un sens de la formule et du jeu de mots.

J'ai plutôt craqué pour la mise en scène des 17 courts numéros du spectacle, tonifiés par l'apparition de marionnettes de toute apparence, dont Lucien Gainsburg lui-même.

Deux perles:

  • L'interprétation yéyé de 69 année érotique dont le pont musical laissait place à l'apparition, tant dans la salle que sur scène, de marionnettes-poissons colorées et semblant nager dans l'air ambiant: magnifique.
  • Le clou de la soirée -que je chante sans cesse depuis 2 jours : la chanson Les sucettes servie dans un décor de champignons magiques par une chaperonne rouge marionnette à la fois candide et délurée, entourée de comparses fleuries plutôt bien membrés!
« Annie aime les sucettes, les sucettes à l'anis. Les sucettes à l'anis d'Annie, donnent à ses baisers un goût ani-sé... »
Des trouvailles de mise en scène
Tout le spectacle est ponctué de trouvailles de mise en scène :
  • jeux de miroirs
  • peinture sur disque vinyle projetée sur scène grâce à un dispositif de caméras
  • titres des pièces interprétées annoncées sur grand écran dans une calligraphie soignée
  • faux micros vintage
Sens de l'accessoire, sens du costume, bref, talent de metteur en scène ici!

Soulignons enfin les harmonies vocales des 4 musiciens-chanteurs finement travaillées... et la performance hallucinante de Valérie Laroche, danseuse solide, chanteuse émouvante, marionnettiste pas mal du tout et... interprète des sucettes d'Annie que je n'oublierai pas de sitôt!

Une Alice bien simpliste

J'aurais aimé m'émerveiller tout autant du film Alice au pays des merveilles de Tim Burton, offert en 3 dimensions dans plusieurs cinémas. J'avoue, j'ai dormi un brin durant la projection... mais mauvais signe, je n'ai rien raté de l'histoire de l'héroïne de Lewis Carroll, de retour au pays du chapelier fou, de la reine de coeur et du lapin horloger pour fuir une mésaventure de la vie que lui impose sa famille...

Le défaut de ce film visuellement soigné? Une histoire extrêmement -voire trop- simpliste, ponctuée de noms de personnages et d'objets imprononçables et un peu ridicules -le parmieux jour qu'on attend tout le film par exemple-, que ne sauvent pas de l'ennui des prestations de comédiens plutôt froides, des personnages auxquels on s'attache guère -malgré la qualité de jeu de Mia Wasikowska qui personnifie Alice- et une 3 D qui a le défaut de se pointer après celle, spectaculaire, imaginée par James Cameron dans Avatar.

Un film qui donne tout de même envie de lire les romans de Caroll.

Un Festival sans artistes québécois?

Je me suis emballé moi aussi lors du dévoilement de la programmation du Festival d'été de Québec, ce mardi : The Arcade Fire sur les Plaines, ça vaut amplement le 44$ du laissez-passer en pré-vente. Et je ne bouderai pas mon plaisir en hurlant I gotta feeling sur les Plaines en compagnie de Black Eyed Peas, auteur de la pièce qu'a notamment contribué à faire connaître le fameux lip-dub des étudiants de l'Université du Québec à Montréal.

Mais à part Gilles Vigneault et ses duos, Maxime Landry-ouin...- et des artisans du spectacle Les Chansons d'Abord, peu de musique québécoise ou francophone sur les scènes du festival 2010. Où sont les Yann Perreault, Dumas, Beast, Ariane Moffat, Fred Fortin, Tricot Machine et autres artistiques québécois dans la programmation de l'événement musical de l'été à Québec? A-t-on oublié d'inviter les chanteurs et groupes de France? Le Festival se heurte-t-il au changement de dates des Francofolies de Montréal tant appréhendé?

D'autres annonces restent à faire, paraît-il. En espérant qu'elles seront québécoises et francophones.

mardi 13 avril 2010

Belles soeurs à Québec

Le Carrefour international de théâtre de Québec a réussi un coup de maître cette année, celui de mettre la main sur le spectacle Belles soeurs, comédie musicale adaptée de la pièce de théâtre de Michel Tremblay, qui fait un tabac en ce moment à Montréal. La pièce sera présentée à Québec le mardi 25 mai: ML et DB, N et moi allons essayer d'obtenir des billets pour la représentation dans la capitale, sinon on se fait signe pour Joliette cet été.

Présenté du 25 mai au 12 juin, le Carrefour offre aussi un défi de taille aux amateurs de théâtre, la trilogie Le Sang des promesses, 3 pièces, 12 heures au total, au son des mots percutants de l'auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad. J'ai déjà vu Forêts, une des pièces qui m'a le plus marqué par son histoire épique sur plusieurs générations. Je me promets d'être au Grand Théâtre le 12 juin pour découvrir Incendies et Littoral.

Autre spectacle qui promet, gratuit celui-là, ambulant en plus, le parcours théâtral
Où vas-tu quand tu dors en marchant, escapade en multiples tableaux en Haute ville et dans le quartier Saint-Roch sous la conduite du metteur en scène Frédéric Dubois.

Nous sommes chanceux de compter sur un festival de théâtre d'une telle qualité.

mercredi 6 mai 2009

À la rencontre d'Amadeus




Brève mais agréable virée montréalaise, en fin de semaine dernière, pour assister, à la suggestion de N. le mélomane, à une représentation de la pièce Amadeus, de Peter Shaffer, à l'affiche du Théâtre Jean-Duceppe. Cette pièce est à l'origine du film du même nom, une œuvre de Milos Forman lauréate de 8 oscars en 1984... qui débutait par la symphonie no25 de Mozart que vous entendrez en cliquant sur la vidéo précédant ce billet.

Outre l'occasion de vivre une première expérience au théâtre dans la métropole -quoique la salle Octave-Crémazie du Théâtre du Trident de Québec n'ait rien à envier à la résidence de la Compagnie Jean-Duceppe-, j'étais curieux de découvrir comment le texte ayant inspiré l'exubérant film de Milos Forman pouvait vivre dans le cadre beaucoup plus dépouillé d'une scène. René-Richard Cyr signait la traduction en français et la mise en scène de la pièce, qu'il a, dit-il, épuré de certains personnages, tandis que les comédiens Benoît McGinnis et Michel Dumont défendaient les 2 rôles principaux.

Une relation amour-haine

Amadeus raconte la relation amour-haine qui se noue entre le jeune compositeur Mozart, musicien tout aussi surdoué que frivole aux idées révolutionnaires, et le compositeur Antonio Salieri, conservateur épris de morale ayant sacrifié sa vertu à Dieu pour que le Créateur fasse de lui un compositeur reconnu et acclamé. L'arrivée de Mozart à la cour de Vienne en 1781 bouleverse les plans de Salieri, qui se détourne de Dieu pour provoquer sa chute de son rival.

René-Richard Cyr a su admirablement condenser la pièce de Shaffer pour en retenir l'essentiel, la déchirante jalousie qui anime Salieri à l'égard du prodige qu'est Amadeus. Le texte est sobre, agrémenté, comme dans le film de Forman, de la magnifique musique de Mozart.

Dans le rôle de Salieri, Michel Dumont m'a semblé manqué un peu d'intensité et d'expression, lui dont la vie bascule pourtant à l'arrivée du jeune Mozart à la cour de l'empereur. Benoît McGennis incarne un Mozart beaucoup plus étincelant, dont le caractère volage est accentué par ses costumes criards. Un tête-â-tête intelligent mais qui se révèle un peu trop froid, dans une mise en scène somme toute classique sur une scène sombre ayant peut-être contribué à éteindre quelques ardeurs.

La pièce de l'année

Amadeus demeure néanmoins la meilleure pièce que j'aie vue au terme d'une saison théâtrale passée cette année au Trident. Une première... qui ne sera sans doute pas répétée.

Doté de beaucoup de moyens, la compagnie a programmé des pièces variées qui m'ont laissé généralement... indifférent. Une nouveauté de Robert Lepage dans laquelle la forme dominait le fond, une pièce de Claude Gauvreau dont l'écriture à la limite de l'absurde m'a endormi et le personnage de Don Juan revisité par Éric-Emmanuel Schmitt, qui fait du héros un... homosexuel, marqué par une seule vraie relation amoureuse, masculine, à laquelle on ne croit pas du tout. D'autant plus que Don Juan était incarné par un comédien dénué de tout charisme.

J'aime le théâtre.

Le croisement d'une pièce bien écrite et près de mes préoccupations, de comédiens dont le jeu frise l'authenticité et d'une mise en scène originale qui exploite l'imaginaire plutôt que de tout montrer peut me toucher davantage que bien des films. Devrais-je magasiner mes pièces plutôt que d'offrir toute ma saison à un seul théâtre? Expérimenter de nouveaux lieux de diffusion, Le Périscope ou Première Acte, que je n'ai jamais fréquenté assidûment? Est-ce qu'à force de voir trop de pièces on devient trop blasé? Je ne peux pas le croire!

Comme les livres qui m'ont marqué, je me souviens encore avec bonheur de pièces qui m'ont émerveillé ou bouleversé, comme La trilogie des dragons de Robert Lepage ou Forêts de Wajdi Mouawad. Le théâtre peut être un médium extraordinaire...

mercredi 21 janvier 2009

Céder à la tentation du grandiose...


20 jours de silence, je suis gêné, honteux... Je tente ce soir de reprendre le contact avec vous, en espérant que vous ne m'aurez pas abandonné durant cette pause inacceptable.


Êtes-vous de ceux qui sont allés applaudir Le dragon bleu, la plus récente pièce de théâtre de Robert Lepage et de la comédienne Marie Michaud, mise en scène par Lepage lui-même? Sans doute suis-je un des rares, mais ce spectacle extrêmement attendu m'a laissé un peu sur ma faim...


Le dragon bleu raconte l'histoire d'un artiste québécois exilé en Chine -joué par Lepage-, qui tente, justement, de renouer avec son art, après des années d'investissement auprès de ses pairs à Shanghaï. Vivant une relation incertaine avec une jeune artiste chinoise, Pierre est également confronté au retour dans sa vie de son ex, Claire, que l'adoption d'un enfant conduit en Chine.


Moins de portes ouvertes sur l'imaginaire


Je me souviens avec nostalgie de 2 spectacles de Lepage que j'ai eu le bonheur de voir au cours des dernières années : La trilogie des dragons et La face cachée de la lune. Moments inoubiables! Dans ces 2 oeuvres, me semble-t-il, Lepage et son équipe ouvraient davantage de portes sur l'imaginaire, misant sur une mise en scène moins grandiose mais exploitant avec brio tout le potentiel d'accessoires dont la fonction se transformaient au gré des scènes : des patins chaussés par un couple d'amoureux devenaient soudain des armes chaussées par des soldats pour évoquer le potentiel destructeur de la guerre, une planche à repasser se métamorphosait en appareil d'entraînement, une sécheuse incarnait soudain la pleine lune, etc.


Dans Le dragon bleu, Lepage emprunte davantage au cinéma. Il utilise abondamment des technologies novatrices pour créer des images fortes qui ressemblent parfois à des effets spéciaux, mais montre plutôt qu'il ne suggère. La mise en scène, spectaculaire, ne sert pas toujours le propos -le dépassant, parfois-, propos qui manque un peu d'âme...


L'histoire de la plus récente production du créateur québécois est intéressante, mais moins complexe que certains récits auxquels il nous avait habitué, alors que s'entremêlaient parfois dans ceux-ci 2 ou plusieurs pistes, la conquête de la lune et la relation avec sa mère dans La face cachée..., dont on comprenait la relation à la toute fin de la pièce. Enfin, Lepage joue vraiment l'artiste un peu blasé, adoptant un ton monocorde sans beaucoup de nuances qui le suit jusqu'à la fin de la pièce, affectant quelque peu le rythme de celle-ci.


Le dragon bleu constitue néanmoins un spectacle novateur, qui se distingue évidemment, notamment par l'appropriation faite de plusieurs technologies, des pièces auxquelles j'ai assisté cette année. Un peu plus de travail sur le fond aurait permis d'apprécier davantage la forme...