vendredi 28 mai 2010

Un "show" parfait


Ce mardi 25 mai à la salle Albert-Rousseau de Québec, dès la première salve d'applaudissements destinée, en levée de rideau, au metteur en scène René-Richard Cyr, à l'auteur-compositeur Daniel Bélanger et à l'auteur Michel Tremblay, j'ai su que j'allais assister à un événement. Point culminant du 11e Carrefour international de théâtre de Québec avant même qu'il ne débute réellement, le théâtre musical Belles-Soeurs s'inscrira effectivement dans l'histoire québécoise des arts de la scène au même titre que la pièce qui lui a donné naissance.

Un show... parfait. Jeu solide et habité des comédiennes. Mise en scène sans aucune faille. Jeu des musiciens, arrangements, choeurs : parfaits. Décor, accessoires, costumes: parfaits. Une oeuvre comme on en voit rarement, complète, dense et divertissante, comique et dramatique : voilà ce qu'est l'adaptation musicale de la pièce "révolutionnaire" de Tremblay.

Le brio d'un metteur en scène

Disons-le d'emblée, René-Richard Cyr s'est approprié le texte des Belles-Soeurs avec brio. Misant essentiellement sur le texte de la pièce -Belles-Soeurs n'est pas une comédie musicale où l'on chante constamment-, Cyr a transformé les monologues du texte original en numéros musicaux tantôt drôles et pleins de folie, tantôt extrêmement touchants.

Ces numéros, il en a d'abord fait des défis.

Il faut entendre l'une des invitées du party de timbres entonner sans trous de mémoire en se berçant la longue liste des invités à la noce de sa fille. Absente à ce moment, Mme Brouillette s'enquiert en revenant de la salle de bain, "qui c'est qui était là, donc?" Et à la surprise générale, les 14 comédiennes de reprendre la liste!!

Que dire de l'hommage au bingo -c'est B14 qui me manque!-, numéro qu'on commentera encore sans doute dans 10 ans. Exploitant le ralenti cinématographie, René-Richard Cyr créée durant de longues minutes déplacements et chorégraphies reconstituant comme si on y était la fébrilité des parties de bingo de sous-sol d'église. Quinze comédiennes entonnant à l'unisson une savante partition de Bélanger et répétant tout en s'agitant : "Moi, j'aime ça le bingo" en attendant le climax du fameux B14! Tout ça pour remporter un abat-jour ou un plat de "peanuts".

Vies pathétiques et timbres maudits

Plus que des défis, les numéros musicaux ajoutent à l'intensité de la pièce de Tremblay. Ils en accentuent le côté comique et nous travaillent encore davantage le coeur durant ses passages dramatiques.

Car Les Belles-Soeurs est avant tout une tragédie : esquisse des vies pathétiques de femmes soumises à la religion, au sexe, à leur mari, sans contrôle sur leur destin, jalouses du succès des autres, honteuses de leur propre condition, que la chance inouïe d'une de leur semblable, Germaine Lauzon, réunit autour de timbres à coller. Ces timbres maudits au départ promesse d'une richesse inespérée agiront comme un catalyseur de la véritable nature des personnages. Témoin du retour, en début de 2e partie, de la soeur maudite de Germaine, Pierrette Guérin -incroyable Maude Guérin à la voix chaude-, le party d'abord amorcé dans la joie se termine sur de sombres notes et nous jette en pleine face une implacable conclusion : celles qu'on accuse de "mauvaise vie" possèdent parfois un coeur bien plus pur que bien des "saintes femmes"!

Un jeu sans faute

Sur le plan du jeu, toutes les comédiennes s'illustrent, en jouant comme en chantant, sans quitter le cadre de leur personnage. Les chansons concoctées par Bélanger, solos comme pièces chorales, tout en mettant en valeur la voix des actrices et leur étonnant synchronisme, conservent un je ne sais quoi de kitch ou de réalisme qui les ancrent au coeur de la cuisine de Germaine Lauzon, lieu de tous les potinages et de toutes les confidences.

Les 15 comédiennes demeurant sur scène presque toute la pièce dans la version 2010 de René-Richard Cyr, celui-ci a imaginé pour elles de savants déplacements et de nombreux intermèdes où ça piaille et ça pépie avec vigueur. Même si plusieurs personnages nous semblent au final un peu flou, l'histoire nous tient en haleine, son rythme est soutenu.

Longue ovation debout fort méritée au terme de ce chef-d'oeuvre, bouffée d'émotions à l'arrivée sur scène du trio de concepteurs. On rêve déjà de revoir plusieurs des numéros qui nous ont éblouit. "A va tout avoir... a va tout avoir ça, GRATIS", voilà ce que je chante depuis mardi!

À voir absolument.

  • Au Centre culturel de Joliette du 25 juin au 4 septembre 2010.
  • De retour à Montréal et à Laval en mars et en avril 2011.
  • En tournée au Québec au printemps et à l'automne 2011 et en 2012.
  • Nouvelle série de représentations à Québec en janvier 2012.
Les billets pour plusieurs représentations sont en vente maintenant.


Et pour entendre un extrait de la pièce et en apprécier la richesse des choeurs: http://www.belles-soeurs.ca/

dimanche 2 mai 2010

Martin Genest, la suite


Culpabilité soudaine de n'avoir écrit ce matin que du bien sur un spectacle -Cabaret Gainsbourg- qui n'est plus à l'affiche. Je me sens un peu agace, en fait...

N'ayez crainte, je suis convaincu que ce Cabaret connaîtra une 2e vie. En tournée au Québec, peut-être? Ne le manquez surtout pas.

En attendant, gens de Québec, nous pourrons encore être éblouis par le talent de Martin Genest et de sa troupe du Pupulus Mordicus du 19 avril au 14 mai... 2011, au Théâtre du Trident. Genest y met en scène L'opéra de quat'sous, de Bertolt Brecht.

La saison 2010-2011 du Trident s'annonce prometteuse, d'ailleurs, avec une reprise de La face cachée de la lune de Robert Lepage et une création de Wajdi Mouawad.

France Gall - Les sucettes (1968) Stéréo HQ

En souvenir du Cabaret Gainsbourg, cette interprétation tout à fait candide de France Gall de la chanson coquine Les sucettes du grand Serge.

Serge et Alice


Semaine toute culturelle qui s'achève, marquée par le dévoilement de la programmation du 42e Festival d'été de Québec, par une adorable rencontre avec des marionnettes toniques et grivoises et celle un peu moins réussie avec des personnages en 3 dimensions victimes d'avoir été conçus après ceux d'Avatar...

Retour sur Cabaret Gainsbourg, pièce musicale éclatée présentée au Théâtre Périscope ces dernières semaines, et sur le film Alice au pays des merveilles de Tim Burton.

Serge réincarné

Pour rendre hommage au père de Charlotte, le metteur en scène Martin Genest et son complice, le marionnettiste Pierre Robitaille, ont concocté un spectacle mémorable en hommage au grand parolier de la chanson française. Hôte du Théâtre Périscope du 14 avril au 1er mai derniers, ce spectacle de "musique et marionnettes" n'a pas fait mentir la réputation du Théâtre Pupulus Mordicus, qu'animent depuis plus de 10 ans Genest et Robitaille : celle d'une compagnie alliant avec bonheur, frivolité et beaucoup d'audace l'art de la marionnette et une créativité débridée.

Quelle forme a pris ce Cabaret Gainsbourg? Celle d'une série de numéros interprétés, joués et dansés sur scène par le "manipulateur" Robitaille, 4 chanteurs et musiciens de grand talent et une chanteuse/danseuse/comédienne. Le tout dans une salle de théâtre transformée en véritable cabaret, avec petites lampes rougeoyantes sur les tables et "spots" maquillés en luminaires.

Sensualité et émotions

Je ne connaissais pas la musique période jazz de Gaisnbourg, que met en valeur le spectacle de Genest et Robitaille, et celui-ci ne m'y aura pas nécessairement converti. Quoique Gainsbourg possède une plume sensuelle bien tournée et un sens de la formule et du jeu de mots.

J'ai plutôt craqué pour la mise en scène des 17 courts numéros du spectacle, tonifiés par l'apparition de marionnettes de toute apparence, dont Lucien Gainsburg lui-même.

Deux perles:

  • L'interprétation yéyé de 69 année érotique dont le pont musical laissait place à l'apparition, tant dans la salle que sur scène, de marionnettes-poissons colorées et semblant nager dans l'air ambiant: magnifique.
  • Le clou de la soirée -que je chante sans cesse depuis 2 jours : la chanson Les sucettes servie dans un décor de champignons magiques par une chaperonne rouge marionnette à la fois candide et délurée, entourée de comparses fleuries plutôt bien membrés!
« Annie aime les sucettes, les sucettes à l'anis. Les sucettes à l'anis d'Annie, donnent à ses baisers un goût ani-sé... »
Des trouvailles de mise en scène
Tout le spectacle est ponctué de trouvailles de mise en scène :
  • jeux de miroirs
  • peinture sur disque vinyle projetée sur scène grâce à un dispositif de caméras
  • titres des pièces interprétées annoncées sur grand écran dans une calligraphie soignée
  • faux micros vintage
Sens de l'accessoire, sens du costume, bref, talent de metteur en scène ici!

Soulignons enfin les harmonies vocales des 4 musiciens-chanteurs finement travaillées... et la performance hallucinante de Valérie Laroche, danseuse solide, chanteuse émouvante, marionnettiste pas mal du tout et... interprète des sucettes d'Annie que je n'oublierai pas de sitôt!

Une Alice bien simpliste

J'aurais aimé m'émerveiller tout autant du film Alice au pays des merveilles de Tim Burton, offert en 3 dimensions dans plusieurs cinémas. J'avoue, j'ai dormi un brin durant la projection... mais mauvais signe, je n'ai rien raté de l'histoire de l'héroïne de Lewis Carroll, de retour au pays du chapelier fou, de la reine de coeur et du lapin horloger pour fuir une mésaventure de la vie que lui impose sa famille...

Le défaut de ce film visuellement soigné? Une histoire extrêmement -voire trop- simpliste, ponctuée de noms de personnages et d'objets imprononçables et un peu ridicules -le parmieux jour qu'on attend tout le film par exemple-, que ne sauvent pas de l'ennui des prestations de comédiens plutôt froides, des personnages auxquels on s'attache guère -malgré la qualité de jeu de Mia Wasikowska qui personnifie Alice- et une 3 D qui a le défaut de se pointer après celle, spectaculaire, imaginée par James Cameron dans Avatar.

Un film qui donne tout de même envie de lire les romans de Caroll.

Un Festival sans artistes québécois?

Je me suis emballé moi aussi lors du dévoilement de la programmation du Festival d'été de Québec, ce mardi : The Arcade Fire sur les Plaines, ça vaut amplement le 44$ du laissez-passer en pré-vente. Et je ne bouderai pas mon plaisir en hurlant I gotta feeling sur les Plaines en compagnie de Black Eyed Peas, auteur de la pièce qu'a notamment contribué à faire connaître le fameux lip-dub des étudiants de l'Université du Québec à Montréal.

Mais à part Gilles Vigneault et ses duos, Maxime Landry-ouin...- et des artisans du spectacle Les Chansons d'Abord, peu de musique québécoise ou francophone sur les scènes du festival 2010. Où sont les Yann Perreault, Dumas, Beast, Ariane Moffat, Fred Fortin, Tricot Machine et autres artistiques québécois dans la programmation de l'événement musical de l'été à Québec? A-t-on oublié d'inviter les chanteurs et groupes de France? Le Festival se heurte-t-il au changement de dates des Francofolies de Montréal tant appréhendé?

D'autres annonces restent à faire, paraît-il. En espérant qu'elles seront québécoises et francophones.

samedi 24 avril 2010

Rattrapage Web 2.0


Quelques nuits courtes m'ont permis la semaine et la fin de semaine passées de créer
  • ma page Facebook: j'ADORE ce médium!!!
  • ma page Facebook au bureau: outil de veille absolument génial qui me permet également de suivre plusieurs députés -j'évaluerais au quart environ la proportion de nos élus québécois qui sont sur ce réseau social- et d'informer mes "amis" sur tout nouveau contenu publié sur le site de l'Assemblée
  • mon compte Twitter: la période de questions en tweets, c'est comme si on y était!
  • mon compte Delicious, un outil d'étiquetage d'hyperliens extrêmement bien fait.
Merci à PP et à la conférence Webéducation du gouvernement du Québec sur l'utilisation des réseaux sociaux dans un contexte professionnel de communication pour cette initiation en accélérée aux réseaux sociaux.

J'aime.

Superhéros 2.0


À l'heure du Web 2.0, les superhéros communiquent entre eux par iPhone, se donnent rendez-vous sur My Space, s'orientent à l'aide d'un GPS et voient leurs exploits diffusés en direct sur You Tube grâce aux téléphones portables de leurs fans. Bienvenue dans l'univers de Kick-Ass, pur divertissement "tarantinesque", dans lequel la trame classique des films de superhéros embrasse le politiquement incorrect.

Film tout aussi inclassable que surprenant, ce Kick-Ass, du réalisateur Matthew Vaughn. Comédie noire teintée de "gore" et de scènes violentes parfois à la limite du soutenable, film d'action, de combats et de cascades, bande dessinée sur grand écran? Évidemment tout cela à la fois.

De zéro à héros

Dave Lizewski, adolescent mal dans sa peau, pas rejeté mais tout de même taxé, rêve de devenir superhéros pour devenir quelqu'un. Dans cette New-York anonyme filmée toute en hauteur comme dans les plus récents Batman, Dave présente des ressemblances troublantes avec le Peter Parker de Spiderman :

  • orphelin de mère -elle n'a "malheureusement" pas été assassinée, comme celle de Bruno Wayne, mais a plutôt succombé "bêtement" à un anévrisme au cerveau, c'est Dave qui le dit
  • habitant un quartier de banlieue peu nanti
  • amoureux de son inaccessible voisine de casier
l'adolescent perdu tente de gagner l'amitié du fils de riche solitaire négligé par son père, Frank d'Amico, un mafieux de la pire espèce.

Beaucoup de politiquement incorrect

Dans sa quête de justice, celui qui va devenir Kick-Ass voit son destin entremêlé à celui de 2 autres "faux" superhéros, Hit-Girl et Big Daddy -surprenant Nicolas Cage-, assoiffés de vengeance à l'égard de d'Amico, responsable de la mort de leur épouse et mère. Démarre alors une histoire à la fois sombre et lumineuse, dans laquelle le réalisateur évite tous les clichés de films de superhéros, s'en moque même, pour flirter avec un politiquement incorrect parfois dérangeant:

  • superhéros sans pouvoir
  • fillette de 11 ans "dressée" pour devenir une machine à tuer
  • quiproquo sur l'orientation sexuelle du héros du côté de sa fiancée qui rêve tellement d'un meilleur ami gai.
L'individualisme à l'heure de You Tube

L'oeuvre de Vaughn pose aussi un regard froid et lucide sur l'individualisme et le voyeurisme de la fameuse société 2.0, celle où on s'empresse de filmer et de photographier sur son portable des scènes violentes plutôt que d'intervenir, celle où la télévision refuse de présenter une vidéo extrêmement dure... tout en encourageant son public à aller voir la suite sur Internet.

Attention! On ne meurt pas toujours de belle façon dans Kick-Ass et le sang y gicle et pisse sans retenu. Malfrats broyés par une déchiqueteuse de voitures ou explosant dans un four à micro-ondes industriel, héros frappés à coup de bâton de baseball, quasi torturés... pas toujours facile à visionner, ce Kick-Ass. Mais chapeau à sa direction artistique, qui emprunte énormément à l'univers du réalisateur Quentin Tarantino : discussions tendues à l'extrême qui se terminent en bain de sang, esthétique à la limite du kitsch, trouvailles musicales parfois en total désharmonie avec les scènes qu'elles accompagnent.

Kick-Ass porte toutefois sa propre signature, celle d'un réalisateur et d'un scénariste vraiment talentueux. Dans un rôle difficile et exigeant physiquement s'apparentant à la mariée justicière des Kill Bill 1 et 2, Chloë Grace Moretz (Hit-Girl) "accote" sans peine la prestation de Uma Thurman, la muse de Tarantino: cette Chloë est fantastique.

Sorti de nulle part mais à découvrir, ce Kick-Ass, si quelques scènes "gore" ne vous dégoûtent pas trop.

Pour public averti.

P.S.: Vous êtes un fan de Tarantino? Il est encore temps de voir au cinéma Inglorious Basterds, petit bijou de film -quoique cette expression de "madame" convienne difficilement au réalisateur de Pulp Fiction...-, notamment lors de l'événement Zoom sur... Quentin Tarantino, au cinéma Le Clap de Québec.

mardi 13 avril 2010

Belles soeurs à Québec

Le Carrefour international de théâtre de Québec a réussi un coup de maître cette année, celui de mettre la main sur le spectacle Belles soeurs, comédie musicale adaptée de la pièce de théâtre de Michel Tremblay, qui fait un tabac en ce moment à Montréal. La pièce sera présentée à Québec le mardi 25 mai: ML et DB, N et moi allons essayer d'obtenir des billets pour la représentation dans la capitale, sinon on se fait signe pour Joliette cet été.

Présenté du 25 mai au 12 juin, le Carrefour offre aussi un défi de taille aux amateurs de théâtre, la trilogie Le Sang des promesses, 3 pièces, 12 heures au total, au son des mots percutants de l'auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad. J'ai déjà vu Forêts, une des pièces qui m'a le plus marqué par son histoire épique sur plusieurs générations. Je me promets d'être au Grand Théâtre le 12 juin pour découvrir Incendies et Littoral.

Autre spectacle qui promet, gratuit celui-là, ambulant en plus, le parcours théâtral
Où vas-tu quand tu dors en marchant, escapade en multiples tableaux en Haute ville et dans le quartier Saint-Roch sous la conduite du metteur en scène Frédéric Dubois.

Nous sommes chanceux de compter sur un festival de théâtre d'une telle qualité.