dimanche 5 décembre 2010

La Dolce Farniente

Intense piqûre du voyage hier soir en visionnant le très beau film Eat Pray Love (Mange prie aime), plus particulièrement son volet Mange! Parfois un peu mielleux, multipliant à certains moments les conseils de vie à la Paulo Coehlo -L'Alchimiste-, EPL est à mon avis bien filmé, exploite à fond une trame musicale bigarrée -de Eddie Vedder à la Flûte enchantée en passant par Bebel Gilberto et Neil Young- et surtout, m'a fait sentir profondément vivant!

Journaliste au tournant de sa vie, qu'elle a, nous semble-t-il, vécu davantage par procuration qu'en toute entièreté, occupée à plaire à un et à l'autre et fuyant dans l'esbrouffe du quotidien sa quête d'elle-même, Liz laisse tout derrière elle pour renouer avec corps et coeur à Rome, en Inde et à Bali. Son périple s'ouvre, comme le titre du film l'indique, sur un volet Mange, alors que le personnage de Julia Roberts s'installe dans la capitale italienne pour s'empiffrer de pâtes, de pizzas, de gelatos et autres douceurs avec des amis qui lui veulent du bien.

Des images magnifiques et authentiques -j'ai bel et bien vu dans la Ville Éternelle ce qu'on nous montre à l'écran- de la terrasse du Château Sainte-Ange, face au Vatican, d'un lever de soleil au-dessus de la Basilique Saint-Pierre-de-Rome, de la splendeur du Colisée, du café San-Eutstachio où paraît-il, on sert le meilleur café de Rome et que nous avons aussi savouré, d'un match de foot suivi en pleine rue à Naples: l'Italie nous interpelle par sa sensualité et son épicurisme! Des scènes de bouffe et de vin en plein air et une reconstitution romaine de la Thanksgiving: la Dolce Farniente, quoi, qui rebrancherait n'importe qui sur son moi -et son foie- profond!

En Inde, le volet "Prie" complexifie l'histoire de Liz, dont on peine à saisir tous les enjeux de la quête, noyés qu'ils sont dans une pénible recherche de Dieu à travers la méditation et les conseils un peu trop écrits d'un condisciple texan que le culte d'une gourou a placé sur sa route. L'Inde chaotique se laisse quand même contempler dans ses marchés d'épices et ses mariages aux saris vifs et colorés, dans ses temples aux offrandes abondantes ou sa pauvreté tellement déstabilisante.

À Bali, place à l'amour avec -pas malchanceuse du tout, la Julia- un Javier Bardem incarnant un Brésilien hypersensible et blessé lui aussi par la vie. On a droit à toutes les grandes vérités sur l'amour, à la peur qu'il faut confronter pour mieux s'engager, mais sous le soleil et la flore de Bali, on se dit qu'on peut bien s'enfiler un cliché ou deux!

Mange, prie, aime, une saine thérapie en cet hiver naissant, à ne pas visionner... le ventre vide!

dimanche 31 octobre 2010

Le temps des enfants

De la visite rare la maison, ce vendredi, pour la nuit et une partie de la journée de samedi: la jolie Daphné traverse le pont de Québec et se pointe le bout du nez chez ses tontons du centre-ville! 

Légers chignements une fois la porte passée, qu'on transforme rapidement en regard fasciné et en sourire timide grâce au djembé de République dominicaine de N: merci aux BBEC pour ce trésor qui fait des malheurs auprès des enfants! Daphné de taper sans nuance à quelques reprises sur le bongo magique: plus de larmes dans ses jolis yeux aux longs cils noirs! Quelques rubans colorés et frisottés d'Au coin du monde achèvent de la conquérir : jamais un 5$ n'aura été si bien investi!

"Tête, épaules, genoux, orteils, genoux, orteils"!

Les parents quittent pour se remplir la panse Chez Victor sans que leur grande fille n'éclate en sanglots, toute à sa découverte des guitares acoustique et électrique, du piano et des multiples possibilités -colliers, bracelets, serpents, pluie de couleurs- qu'offrent les rubans rose, mauve, orange et jaune! La cocotte, après quelques "Est-ce qu'on se met en pyjama, Daphné?" cède subitement, passe en mode contemplatif devant son Baby Nstein tandis que tonton récite machinalement "Tête, épaule, genoux, orteils, genoux, orteils".


Puis voici venue l'heure de gravir les escaliers pour entrer dans le temple du sommeil, la chambre des tontons en l’occurrence, garnie pour l'occasion d'un matelas de sol fleuri couvert de doudous et de livres d'histoire! Tonton, plus que la filleule, ne se lasse pas des jolis livres aux enfants-de-plein-de-races-en-pâte-à-modeler-avec-leurs-instruments-de-musique et Daphné s'endort sitôt le bouquin refermé au son des classiques musicaux de son dodu hippocampe. Un petit cri dans la nuit, un "Tonton est là, Daphné", et la voilà de nouveau aspirée dans les bras caressants de la mystérieuse Morphée.

Elle dort encore??


6h... 6h30...6h45...7h!


Daphné dort encore?? Rendus quasi-anxieux par la liste sans fin de conseils du papa anxieux -pas de thon, pas de beurre d'arachides, appelez-nous si sa température dépasse 37,5-, nous nous demandons si tout va bien dans le petit corps de Daphounette! N. la contemple depuis le lit, je m'installe à ses côtés, nous voilà presque en train de la réveiller pour nous rassurer!


La journée démarre quand même plus tôt qu'à l'habitude en ce samedi matin ensoleillé. Dès le lever de la reine, nous ne nous appartenons plus! Daphné n'en a que faire, que tonton veuille dévorer un pamplemousse après ses 2 bagels, elle a terminé sa toast au creton! Il faut jouer d'astuce pour qu'un des 2 tontons se libèrent pour aller se doucher et s'habiller tandis que l'autre fredonne les "Tête, épaule, genoux, orteils" devant la télé ou construit des châteaux dont les fondations ne franchiront pas le Moyen-Âge, balayées par la tornade Daphné! 


On va dehors!


On n'a qu'à lancer "On va dehors, Daphné?" pour que la machine s'emballe! 


Une fois la cocotte habillée, pas question de commencer à inspecter la maison pour vérifier si on oublie rien! Le gobelet de jus demeurera dans le frigo. Il y a cependant un dieu pour les oncles distraits car tonton a eu le temps de glisser les biscuits au thé dans le sac de couches! Comment font donc tous ces parents monoparentaux, nous demandons-nous sur la route du Parc Jeanne-D'Arc alors qu'à 2, il est parfois difficile de rien échapper?


Sur les Plaines, les tontons ont beau s'extasier: des épouvantails, des citrouilles, des sorcières!, la cocotte demeure blasée. Pas comme avec ses rubans la veille... Seul un chat noir devant l'Hôtel de ville semble l'émouvoir un peu. En fait, elle a bien plus de plaisir à gambader chez Simons et à crier "Ni-co-la" dans les allées du grand magasin! 


Comme un métronome


A-t-elle faim? Pas pour du pâté chinois! "Non", nous répond-t-elle franchement. Une bouchée pour maman, papa, mamie, papie, c'est tout ce que nous lui ferons avaler, que voulez-vous, c'est la réalité des petites familles, nous n'avons plus assez de bouchées pour faire manger les enfants!


12h30: Daphné, réglée comme un métronome, s'écroule sur son matelas pour un "beau dodo". Elle s'endort toute seule, sans se plaindre! Mais au réveil, vers 14h45, c'est plus difficile... La cocotte semble s'ennuyer de ses parents. Tonton la prend, essaie de la faire jouer, mais rien n'y fait. On reste donc immobile sur le fauteuil en contemplant le temps qui passe sur le magnétoscope... 


À l'arrivée des parents, Daphounette retrouve un peu de vie et ne laisse plus ni papa, ni maman lui échapper! Elle aime bien ses tontons... mais avec ses parents de préférence!


Du temps improductif


Que retenir de cette journée?


Que le temps s'écoule vraiment lentement avec un enfant. Le temps est long, pas au sens péjoratif du terme, mais parce qu'il nous voit nous occuper de choses futiles! Visionner un BabyNstein peut être assez aliénant pour un adulte. Tirer des bouts de ruban, jouer 2 minutes du piano, se lever parce que la petite en a assez, revenir 2 minutes ériger une tour, courir la suce, changer la couche... Des tâches lentes, routinières, qui nous donnent l'impression de ne rien accomplir...


Que sont les adultes devenus? Des chercheurs d'accomplissement, façonnés par le productif et la performance. C'est viscéral, il nous faut cocher les tâches accomplies sur une liste, sentir qu'on a été utile. Flâner? On se sent bien trop coupable!


Et voilà qu'une adorable cocotte surgit fans notre vie pour nous rappeler que les journées peuvent aussi être longues et que ça ne fait pas plus de mal! Faire sourire un enfant en faisant une grimace ou chanter J'ai un beau château... le ferais-je chaque jour? Hélas! non, mais il est parfois salvateur d'ajuster sa montre au temps des enfants...

samedi 16 octobre 2010

L'appel du clavier: revue culturelle des dernières semaines

Un journal de voyage inachevé -oui, oui, il faut que je me replonge dans ce carnet Moleskine qui me supplie de le compléter sur ma table de salon-, un blogue négligé... Je fais un bien piètre écrivain en ces semaines de rotation saisonnière ouù la pluie et le froid incitent pourtant au récit. Pourtant...

  • mon premier 5@7 littéraire Québec se livre  jeudi soir dernier, un rassemblement de passionnés du livre de la capitale et d'ailleurs se réunissant sur une base régulière sous l'impulsion des Éditions du Septentrion
  • les échos de la première édition du festival littéraire Québec en toutes lettres qui débute cette fin de semaine
  • l'introduction de la session parlementaire 1957-1958 que j'ai reconstituée à mon arrivée à l'Assemblée nationale en 2000 et qui sera publiée dans quelques mois chez Septentrion à l'intérieur d'un recueil d'histoire parlementaire du Québec (je dois d'ailleurs trouver un titre à cette introduction...)

sonnent comme autant d'appels à la reprise du clavier!

Mon sujet? Une revue culturelle des dernières semaines.

John Lennon sur les hormones

Lancé en décembre 2009 au Royaume-Uni, Nowhere Boy (Il était une fois John, en français) de Sam Taylor-Wood, a enfin fait son apparition hier (15 octobre) sur nos écrans. La bande-annonce enlevante que je visionne depuis des semaines ne trahit pas ses promesses!

Nowhere Boy se révèle en fait une comédie dramatique classique sur un sujet qui l'est moins: la genèse artistique de John Lennon. Le Beatle au destin tragique est incarné par un Aaron Johnston -dont j'ai fait la connaissance en avril  dernier sous les traits du superhéros raté Kick Ass-, survolté, charismatique, complètement habité par son personnage.

Élevé par une tante -en apparence- froide et rigoriste, le jeune John découvre l'identité de sa véritable mère au cours d'une période plutôt bouleversante de son adolescence et s'initie à la musique au contact de cette femme sensuelle, épicurienne et pleine de vie. Séduit par la musique d'Elvis Presley qu'elle lui fait connaître, le jeune John décide de fonder un groupe de rock et poursuit son apprentissage de la guitare grâce à un Paul McCartney un peu féminin. Le véritable Paul n'aurait pas aimé le film, paraît-il: je comprends pourquoi!

Artistiquement stimulé -c'est mon interprétation- par les émotions découlant des réponses qu'il obtient à mesure qu'il reconstitue le casse-tête de ses origines, John se lance dans la musique à corps perdu tout en tentant de composer avec l'abandon dont il a été victime. Aaron Johnston excelle tout simplement à jouer l'artiste au leadership incontestable qui porte son groupe à bout de bras tout en jalousant le talent de ses comparses John et Paul et l'adolescent déchiré par la vérité qu'on lui balance. Il se déhanche et se donne à fin sur scène, intégrant sans retenue l'influence d'Elvis, notamment dans la danse, sur l'adolescent joueur de banjo, puis de guitare.

Devant un John viril à souhait, les autres futures Beatles paraissent plutôt freluquets à cause de leur apparence physique, Paul, Georges et Pete Best s'effacent complètement devant leur leader. Est-ce voulu? Ce casting a quand même de quoi surprendre.

Vous l'aurez deviné, Nowhere Boy est un film de musique -on est transporté par les airs de rock fin années 50 qui ponctue toute la trame du film- et d'acteurs. Kristin Scott Thomas, que j'adore, joue encore juste le personnage de la tante Mimi, qu'elle aurait toutefois pu développer davantage si le scénariste lui en avait laissé la chance. Des scènes émouvantes la mettant en scène perdent de leur intensité en quelques secondes en raison de répliques un peu clichés ou d'une fin abrupte. Quant à Anne-Marie Duff (Julia, la mère de John), elle séduit par son abandon total à la vie et sa sensibilité à fleur de peau. On se questionne sur la teneur de l'amour qu'elle porte pour son fils: filial ou... érotique?

À voir, malgré une réalisation un peu conventionnelle qui n'enlève rien au rythme soutenu du film et à la grande qualité de ses comédiens.

Incendies le brûlot

Je pense que tous ceux qui ont vu Incendies, de Denis Villeneuve, n'en sortent pas indemne. Sélectionné par le Canada pour représenter notre pays dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger, le 4e film -et 3e représentant aux Oscars de l'ex-gagnant de la Course Europe-Asie de Radio-Canada- a profondément ému les Québécois. À preuve, les 1,4 millions amassés au box-office québécois à ce jour.

On a tout dit sur le film:

  • qualité de la réalisation et du scénario
    • Villeneuve le scénariste possède autant de talent que Villeneuve le "metteur en images"
  • qualité -extrême- du jeu, notamment de Lubna Azabal, sortie d'on ne sait où, inoubliable dans son personnage de la "femme qui chante"
  • qualité de la photographie du fidèle complice de Villeneuve, André Turpin
  • beauté de la musique. 
J'aimerais cependant souligner la qualité du travail d'adaptation de la pièce de Wadji Mouawad, dont est tirée le film, adaptation signée Villeneuve.

Je ne vous ai malheureusement pas parlé dans ce blogue des 3 chefs-d'oeuvre théâtraux de Mouawad vus le 12 juin dernier au Grand théâtre de Québec. Réunies sous le dénominateur commun du Sang des promesses, la trilogie de Mouawad a tenue en haleine une foule particulièrement jeune durant 12 heures.

  • La poésie de Littoral
    • j'ai failli pleurer lors de la scène finale alors que le corps d'un père souhaitant se faire enterrer dans son pays natal, qu'on devine être le Liban de Mouawad, est lancé à la mer par son fils, soutenu par le poids des bottins téléphoniques comprenant tous les noms des victimes de la guerre: ce père qui était gardien de troupeau devient gardien de la mémoire, celle des femmes et des hommes assassinés par la guerre: j'en éprouve encore des frissons juste à l'écrire...
  • L'histoire passionnante de Forêts, qui revisite toutes les tragédies et guerres de l'Occident depuis la 2e moitié du 19e siècle -guerre franco-prussienne de 1870, guerres mondiales, Polytechnique-, à travers une lignée de femmes frappées par leurs propres tragédies
  • Et la claque au visage qu'est Incendies, un appel à la fin de la violence par des hommes ou des femmes qui sauront résister aux sirènes de la vengeance.
On s'en doute, cette pièce, inspirée de la guerre civile libanaise et des massacres de réfugiés palestiniens au début des années 80, conserve son caractère actuel dans un contexte où nul ne semble prêt à faire de compromis pour mettre un terme au conflit israëlo-palestinien. Celui-ci empoisonne la vie de milliers de Palestiniens confinés dans un minuscule bout de terre tout en suscitant anxiété et crainte chez des Israéliens mieux nantis, mais victimes de gestes de désespérance.

Villeneuve, donc, a conservé la "substantifique moelle" d'Incendies, l'appel à la non-violence et au souvenir lancé par Mouawad, la "bonne histoire" aussi de la pièce -car Mouawad est un conteur remarquable, parfois un peu trop littéraire et verbeux, mais un génie de l'histoire. Il l'épure de certains éléments ou de situations qui auraient mal passé au cinéma. 

Le personne du notaire Lebel, qui détend la salle par ses lapsus incohérents dans la pièce, est devenu beaucoup plus sérieux au cinéma sous les traits de Rémi Girard. Avoir conservé les traits d'humour du personnage créé par Mouawad aurait créé des ruptures de ton plus évidentes au cinéma : assiste-t-on à un drame ou à une comédie noire? Au théâtre, ces détentes étaient justifiées.

Il faut voir Incendies, donc, mais aussi lire la pièce de Mouawad. C'est pour assister à sa prochaine création que je me suis abonné au Théâtre du Trident cette année, malgré mes réserves de l'année 2008-2009.

Un Dom Juan sans charisme

Ces réserves ont d'ailleurs été confirmées lors de la première pièce de la saison de la compagnie québécoise, qui célèbre ses 40 ans cette année. Dom Juan, de Molière, m'a beaucoup ennuyé. La faute de la pièce, beaucoup moins "punchée" que le Malade imaginaire, par exemple, à son metteur en scène, dont on ne comprend pas la démarche -à quoi servent ces personnages de la vie de Dom Juan qu'on voit constamment défiler sur scène comme des fantômes en transportant des chaises??- et au comédien pourtant excellent habituellement Hugues Frenette, qui doit livrer des pages et des pages de texte et qui offre un rendu un peu machinal.

Je l'avoue, je me suis endormi. 

J'espère garder les yeux ouverts lors de La face cachée de la lune, de Robert Lepage avec Yves Jacques, que je voulais revoir une 2e fois, d'une création mystère de Wadji Mouawad, et de l'Opéra de Quat'Sous mis en scène par Martin Genest, l'extraordinaire créateur et spécialiste des marionnettes.


lundi 13 septembre 2010

Le flânage comme art de vivre

Notre-Dame-de-Paris

Alors que nous rentrons vers l'automne, à bord de l'avion qui nous conduit à Dorval, je me souviens avec nostalgie du soleil parisien, des températures douces, mais jamais éprouvantes de la capitale française, et de cette pause prise dans notre voyage fébrile pour élever le flânage au rang d'art de vivre!

Des classiques aux découvertes

Nous avions convenu, pour notre étape parisienne, de ne visiter que des sites, monuments ou lieux qui nous étaient inconnus. Promesse pas tout à fait tenue, puisque nous n'avons pu nous empêcher de renouer avec certains classiques:

  • la visite de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, ses lumineux vitraux, ses rosaces et ses gargouilles qu'on entend presque grogner lorsqu'on longe le lieu de culte
  • la ballade incontournable la nuit venue sur les Champs-Élysées depuis l'Arc de Triomphe jusqu'à la Place de la Concorde, pour savourer le sens de la perspective des Français et leur talent dans l'aménagement des grands boulevards. J'avais oublié que la place de la Concorde était si vaste...
  • la tour Eiffel, que nous avons pour la première fois abordée le soir, pour réaliser que Paris, outre ses principaux monuments, demeure plutôt sombre quand la nuit tombe, ses grattes-ciels étant cantonnés au secteur de La Défense et les éclairages des ponts enjambant la Seine se révélant plutôt tamisés.

Vue de Paris, Centre Georges-Pompidou
À ces classiques nous avons ajouté une visite -ou à peine plus!- par jour:
  • visite guidée à pied du quartier Le Marais où nous avons -choix plus que judicieux- posé nos pénates dans un studio minuscule, avec notre bien nommé guide M. Souliers, savant dosage de fausse modestie, d'humour pince sans rire et d'élitisme à la sauce « mais bien sûr, vous savez ça... » et « tout le monde pense que le Louvre a été un palais royal, mais ce n'est PAS un palais royal! Bon, bien sûr, Louis XIII y a vécu et Louis IV un peu, mais... »
  • Centre d'art Georges-Pompidou le samedi, pour nous laisser décontenancer ou séduire par les peintures et sculpteurs  modernes français et d'ailleurs
  • Promenade plantée et Canal Saint-Martin le dimanche, sous les arbres et au bord de l'eau
  • Et mémorable visite de l'Assemblée nationale française, fermée au public, mais dont mes collègues québécois ont réussi à m'ouvrir les portes le lundi.

Mais, je dois l'avouer, mes séances de flânage m'ont apporté presqu'autant de satisfaction que ces nobles activités.

Regarder le monde passer

Canal Saint-Martin
Le vendredi, par exemple, nous sortons petit déjeuner à 11h : malheur à nous, puisqu'il est trop tard pour le premier repas du jour, mais trop tôt pour le déjeuner du midi. Qu'à cela ne tienne, nous nous échouons sur la terrasse du café Le Progrès, dont les chaises, comme la plupart des terrasses parisiennes, sont orientées vers la rue animée, et enfilons un espresso, puis 2! Et quand midi sonne, nous sommes les premiers à nous jeter sur le menu, débutant par une bière, puis par notre repas.

Sous le soleil, les bourgeois bohèmes du Marais défilent élégamment, vêtus de leur complet-cravate ou de leurs atours de travail ou fashionistas l'air en vacances comme nous, mais à la tenue savamment étudiée, de la ganse de la sandale à la boucle de la ceinture! À nos côtés, comme d'autres de leurs compatriotes sur toutes les terrasses ou dans tous les restaurants où nous nous poserons, 2 Françaises semblent tenir la conversion de leur vie, s'écoutant à peine mettre leur tripes sur la table et décomposer avec intensité la vie décevante, difficile, faite de contraintes qu'elles semblent mener.

Quel bonheur, nous comprenons ici ce que nos voisins racontent! Nous qui sommes d'une humeur légère pouvons capter leurs confidences venant de leur fond profond, tandis que bourdonnent les moteurs des scooters et que des Renaud Clio tentent de se stationner, que le garçon nous lance un « C'est parti » et que personne, au Progrès comme ailleurs, ne s'attarde à notre accent « canadien ».

C'est la première fois que je vais à Paris et qu'on m'en parle si peu, voir « si pas », d'ailleurs, exception faite d'un designer de Hong Kong sur la coke ou je ne sais quoi rencontré dans un bar. Il nous a parlé en anglais parce qu'incapable de comprendre notre français « so harsh! » et riant dudit français. On l'a rapidement « flushé ».

La comédie humaine

Place Igor-Stravinski
Séance de flânage toute aussi agréable le samedi après-midi au terme de notre déambulation devant les Picasso, Dali, Fernand Léger, Mirò, Francis Bacon et autres œuvres spectaculaires des peintres et sculpteurs surréalistes, cubistes, fauvistes découverts ou redécouverts entre les murs de l'inédit Centre d'art Georges-Pompidou. J'ai adoré l'édifice vitré offrant de belles vues sur Paris, sa structure exposant sans gêne tuyaux de ventilation, d'eau et autres de différentes couleurs sur sa façade et sa fontaine animant de façon ludique la place Igor-Stravinsky et décorée de figures colorées d'animaux et de machines industrielles sans queue ni tête. Comme le disait avec humour mon ami JSP, « j'ai vu des affaires là... ». 

Donc, flânage rue Saint-Martin, à proximité du Centre, toujours dans le Marais, devant un pain au chocolat et aux amandes et un capuccino. Alors que se termine une manifestation de protestation contre la politique du gouvernement Sarkozy à l'égard des Roms qu'il retourne sans flafla en Roumanie, je vois passer devant moi la faune la plus variée que j'aie jamais eu la chance d'observer! 

Français de souche et d'origine étrangère, Africains, Maghrébins, Asiatiques, Indo-Pakistanais, jeunes punks ou hipsters, retraités bien mis ou hippies, touristes aux sacs bananes-bas blancs-espadrilles impeccables-leggins, bobos chics, rappeurs, rockeurs, granos... Toute la comédie humaine semble s'être donnée rendez-vous sur cette rue de boutiques de souvenirs kitchs, d'affiches de films des années 1920 à aujourd'hui et de gadgets tantôt ingénieux -porte-monnaie de plastique permettant de se baigner sans souci au Village des sports avec ses huards-, tantôt franchement amusants: toutous en forme de barbapapas, par exemple!

Ce jour-là. nous n'en finissons plus de flâner, passant de boutique en boutique, nous étendant sur le square pas trop loin bordant la Tour Saint-Jacques, contemplant la vie, tout simplement, car le Marais regorge d'animation et beaucoup de jeunes familles semblent y loger. Le soir venu, les cafés, les restos et les bars de la rue Saint-Antoine et des rues telles celles de la Vieille Temple s'emplissent systématiquement!

De la Place des Vosges au canal Saint-Martin

Place des Vosges
Flânage encore le dimanche, alors que nous renonçons à une visite de la Conciergerie et de la Sainte-Chapelle -et oui, GB et NT, nous avons fait ça-, pour nous étendre sur le gazon tout frais de la Place des Vosges à 2 pas de l'une de ses fontaines. Cette place royale aménagée pour Henri IV, mais inaugurée par Louis XIII, première place royale de Paris et cœur de la vie du Marais est tout simplement délicieuse! J'y écris mon journal et 2 ou 3 cartes postales.

Et flânage encore le long du canal Saint-Martin, belle découverte au terme de la Promenade plantée qui relie La Bastille à sa première écluse, dans lequel nous ne lançons pas de petits cailloux comme Amélie Poulain, mais que nous remontons comme bien des Parisiens assis sur ses bords, qui participent à un rallye pour l'apprivoiser ou qui se rendent au cinéma situé au bord du Bassin de la Villette dans lequel se termine le Canal. Nous flânons encore dans la librairie et boutique de DVD adjacente au cinéma et encore et encore sur la terrasse surplombant le bassin sur laquelle nous nous offrons une bonne pinte de bière!

Coup de coeur pour Le Marais

J'ai vraiment eu un coup de cœur pour le Marais, notre quartier d'adoption, que l'étroitesse de notre studio nous a incités davantage à visiter, quoiqu'il faisait un temps magnifique. Vivifiant comme quartier, avec sa faune jeune et dynamique, ses bonnes adresses -même si celles recommandées par la plus parisienne des Québécoises, mon amie SI, étaient fermées pour les vacances...-, ses spécialités juives et sa vie débordante. J'ai rarement éprouvé autant de plaisir à « regarder le monde » tout en me gavant de capuccino, définitivement la boisson du voyage dans toutes ses déclinaisons!

Même en Angleterre? Oui, même au royaume du thé, my dear!

Anecdote en terminant: j'ai commis mon seul geste violent du voyage à Paris. Après m'être étalé par terre sur le plancher de notre studio, glissant sur le plancher mouillé, j'ai fait tomber dans un excès de rage le seul rideau isolant la salle du bain de la pièce principale. Ben quoi! J'aurais pu me casser quelque chose!!

samedi 11 septembre 2010

Londres, difficile à apprivoiser

Tower Bridge
Londres ne se laisse pas apprivoiser aussi facilement que Rome, Berlin et Paris.

Prise dans son individualité, dans chacun des sites que nous visitons, dans chacun des restaurants dans lesquels nous nous sustentons, dans notre hôtel pour lequel je ne taris pas d'éloges, Londres a du charme. Mais dans son ensemble...

Qui suis-je pour écrire ceci après 4 jours d'errance londonienne, mais presque chaque immeuble, chaque site ou chaque rue de la capitale anglaise me paraît construit uniquement pour lui-même, pour le mettre en valeur au détriment de ses voisins. Autant de plantes égoïstes se disputant la rare lumière du soleil sous les cimes d'une forêt trop dense...

Bordel urbain

Prenons la City, le cœur financier et historique de Londres. Vue du sol comme du dôme de la cathédrale St-Paul, somptueuse église dans laquelle Charles et Diana ont convolé, le secteur qui a vu naître la ville a l'air d'un enchevêtrement un peu bordélique de grattes-ciels et de lieux de culte dans lequel le château de la Tour de Londres survit tant bien que mal.

On cherche en vain une avenue Unter den Linden ou un boulevard des Champs-Élysées qui mettrait un peu d'ordre dans tout ça et replacerait chacun... à sa place. Une lutte pour le soleil d'une série d'égos de verre, de béton, de marbre, de briques: voilà à quoi ressemble la City.

Des quartiers qui se tournent le dos

Mercredi matin, nous décidons de marcher jusqu'à cette fameuse City pour notre visite à la Tour de Londres. Mauvaise idée... Notre quartier (Shoreditch), l'hôte de restaurants fort appétissants, de bars et de clubs supposément "trendy", bref, l'endroit où il faut être vu, nous répète le Lonely Planet, ne possède aucun charme hors des pistes de danse. Derrière les portes, y a de quoi voir. Mais sur la rue... je préfère encore la 1re avenue de Charlesbourg.

Tour de Londres
Alors qu'on approche les "skycrappers" du quartier financier, aucun pont, aucune place, aucun aménagement quelconque ne relie Shoreditch et Spitafields, notre secteur, à la City, qui lui tourne carrément le dos. Et une fois au royaume des gens d'affaires, aucune voie ne nous montre la direction vers la Tour de Londres qui se révèle pourtant être bien plus qu'une tour: c'est un véritable château-fort, lieu des couronnements, de sépulture... et d'exécutions des monarques anglais.

Sanglantes et fascinantes histoires

Un peu désolant, cette absence de vision d'ensemble, mais qui n'enlève en rien au plaisir de nos visites. Nous passons presque 4 heures entre les remparts de la Tour de Londres, visite d'une journée -et encore, c'est presque pas assez- qui nous ouvre un livre d'histoire si peu poussiéreux fait de légendes sanglantes et de récits fascinants: celui des épouses décapitées du cruel roi Henri VIII, par exemple.

Portés par toute la théâtralité des Yeoman Warder, les Hallebardiers de Sa Majestée, ex-hauts gradés de l'armée anglaise chargés aujourd'hui de faire visiter la Tour, ces récit deviennent parfois dégoûtants lorsque notre guide-comédien nous décrit en détails l'exécution ratée d'un héritier au trône d'Angleterre décapité à 5 reprises par un bourreau alcoolique. Les remparts de la Tour, dont la forteresse initiale a été érigée par Guillaume Le Conquérant au 11e siècle, offre en plus une vue majestueuse sur le Tower Bridge, une des emblèmes de la capitale.


Le complexe réseau du Tube

Abbaye de Westminster
Au premier abord, le métro de Londres, le fameux "Tube", ne nous réconcilie pas avec la ville. Ce métro est sans doute le plus compliqué que j'aie emprunté à ce jour! Reniant tout effort de simplicité, ses quais ne sont pas identifiées par la direction -la station finale- de la ligne que nous voulons utiliser, mais par le nom de la ligne. Il faut donc constamment repérer la station vers laquelle on se dirige sur un des nombreux panneaux précédant chaque quai pour déterminer si on doit choisir la Northbound, Southbound, West or Eastbound Plateform. Faut pas être pressé...

La Nothern Line -celle, évidemment, sur laquelle se trouve la station située à proximité de notre hôtel- possède quant à elle 4 branches! Nouvelle difficulté qui s'ajoute aux mystérieuses absences des noms des stations finales. On doit penser à ne pas jeter son billet puisque sans lui, on dort dans le métro... Et, jour de notre arrivée, une station sur 3 est fermée!

Palais de Westminster (Parlement du Royaume-Uni)
Nous rageons sur l'inefficacité de ce Tube surchauffé -que ça doit être pénible le métro à Londres en janvier...- jusqu'à ce que ma mère m'apprenne qu'une grève a paralysé l'Underground londonien le jour de notre arrivée... Il faut bien être à Londres pour ne pas lire les nouvelles! Quoique celles de la BBC News étant murmurées avec un enthousiasme équivalent à celui des documentaires animaliers de Télé-Québec, on décroche rapidement... Heureusement qu'il y a de vieux épisodes de Friends à la télé le matin pour nous rappeler que celle-ci peut être divertissante!

Des visites mémorables

Je n'ai pas encore déniché de rues réellement séduisantes à Londres, vous savez, celles qui enfilent les vitrines accrocheuses, les bars, les cafés, les restaurants, les boutiques originales, qui débouchent sur des places animées, des réalisations architecturales audacieuses... Mais je me suis extasié par contre devant

  • les magnifiques mosaïques et l'incroyable dôme de la cathédrale St-Paul
  • le gigantesque mémorial à la nation que constitue le majestueux abbaye de Westminster: il faut voir son maître-autel, la lumineuse chapelle dédiée à Henri VII, les nombreux monuments et tombeaux, dont celui de la reine Elizabeth I
  • le palais de Westminster, le Parlement du Royaume-Uni construit sur le modèle d'une cathédrale gothique et dont la Chambre des lords contient le trône doré dans lequel sa majestée prononce le discours... du Trône, des vitraux et des décorations d'une richesse...
  • les pélicans se nourrissant sur l'un des rochers du lac du parc St-James, calme et réconfortant avec ses jardins à l'anglaise, ses sentiers dans lesquels s'est penché le soleil, et son voisin, le Green Park, avec ses chaises longues proposant une vue sur des arbres légèrement pourprés à l'arrivée de l'automne
  • les pelouses immenses de Hyde Park et ses allées de fleurs et de bosquets
  • les installations sans queue ni tête de la galerie d'art moderne -gratuite, il faut le dire- de la Tate Gallery. 
La Cathédrale St-Paul vue de la Tate Gallery
Et le soir venu, Londres en jette, quand même: Picadilly Circus -quoique moins vaste et éclaté que Time Square-, Trafalgar Square et sa colonne Nelson, l'abbaye et le palais de Wesminster et la tour de Londres illuminés, c'est splendide, surtout depuis un des ponts enjambant la Tamise -la Thames, en anglais.

La Londres de tous les jours

Que dire encore sur Londres? 
  • Que la foule sur les trottoirs et sur les rues me rappelle parfois Tokyo -il y a VRAIMENT du monde ici...
  • Que les Londoniens ont la gentillesse d'écrire sur les pavés, à l'intention des piétons, Look left ou Look right, quand on regarderait plutôt à droite ou à gauche avant de traverser les rues
  • Que notre hôtel, le Hoxton, m'enchante avec son petit déjeuner frugal -yogourt, jus d'orange, banane- servi chaque matin à notre porte, son café et sa cafetière disponibles dans les chambres, son hall avec fauteuils de cuir et foyer dans lequel on peut commander bières et martinis, son restaurant et sa terrasse centrale et son poste d'équipements informatiques commandité par Apple auquel j'ai pu expérimenter un iPad, wow!!
  • Que c'est un mythe d'affirmer encore qu'on mange mal, ici: les pubs se sont transformés en "gastropub", gastro pour gastronomie, pas pour maladie...
  • Que notre cuisine -nos déjeuners toasts-oeufs-bacon-saucisses-fèves au lard, notre pâté chinois, nos petits pois et nos patates bouillies- est définitivement d'inspiration british
  • Que la ville des Rolling Stones, de Blur et de Amy Winehouse voue un véritable culte à la culture: une publicité sur 2 dans le métro -et croyez-moi, nous l'avons surexploité le métro, parce qu'un peu déçus par le paysage urbain- fait l'annonce d'un spectacle, d'un opéra, d'un film, d'une exposition... ou d'un musical.
You got to pick a pocket or two

Numéro final du musical Oliver!
Je savais Londres capitale des comédies musicales et son public exigeant. Mais force est de constater qu'à proximité du bondé Leicester Square, siège des revendeurs de billets à rabais, on peut s'extasier devant toutes les catégories de musicals! Des musicals de haute réputation Phantom of the Opera, Chicago, Evita et Les Misérables au "nouveau classique" Billy Elliot en passant par Dirty Dancing (!!), Flashdance (!!!) et Legally Blonde -Oh my god...-, l'offre est large.

Inspirés par la publicité élogieuse faite par Laurent Ruqier et ses invités lors de l'émission française On n'est pas couchés, N nous dirige vers Oliver!, l'histoire du célèbre orphelin de Charles Dickens, Oliver Twist, mise en musique au début des années 1960 dans le plus pur style broadwayien. Confortablement installés sur le côté du Theatre Royal -nous avons payé nos billets moitié prix, mais voyons pourtant parfaitement la scène-, nous avons une vue imprenable sur le chef d'orchestre qui dirigera de main de maître ses musiciens campés dans la fosse. Je comprends alors ce qui manquait à Notre-Dame-de-Paris, un orchestre sur place.

Séduits par ce théâtre et ses corbeilles à l'ancienne, nous sommes prêts, quoiqu'un peu sceptiques... Nous serons soufflés dès le numéro d'ouverture par cette trentaine d'enfants vêtus de leur uniforme gris défraîchis chantant "Food, glorious food", exécutant dans une parfaite synchronicité leurs pas de danse au cœur de la misérable cuisine de leur orphelinat, tandis que défilent devant eux les plats réservés aux riches directeurs de l'établissement.

Oliver! raconte la sortie de cet orphelinat du pauvre Twist, vendu à une entreprise de pompes funèbres, puis, en fuite, tombant aux mains d'une bande de voleurs. Une cinquantaine de comédiens, de danseurs, de chanteurs rendent sur scène le Londres victorien de la 2e moitié du 19e siècle et quand je dis "rendent", c'est qu'on s'y croirait complètement!

La production avait de toute évidence les moyens de ses ambitions. Elle a engagé des artistes extrêmement talentueux, dont le chef de la bande des voleurs, Fagin -au départ joué par Rowan "Mr Bean" Atkinson, son assistante Nancy et surtout, surtout, le jeune dauphin initiant Oliver à la tire de rue. L'équipe s'est aussi fait plaisir en se payant des décors, des costumes et des accessoires tout aussi nombreux que réalistes et a pu compter sur un soutien technique sans faille.

Deux numéros mémorables nous plongent dans le Londres populaire, puis le Londres des riches de l'époque dans une enfilade de chorégraphies et de solos. Défilent tour à tour sur scène des clowns, une ballerine, un homme fort, de bruyants marchands et leurs étals, des gendarmes, une laitière, une vendeuse de roses, des enfants de bonnes familles et tout ce beau monde chantent et dansent dans un sans faute qui a soulevé le public... sans toutefois le conduire jusqu'à l'ovation. Les Londoniens sont plus réservés que les Québécois sur le "standing", mais tout aussi enthousiastes et vont même jusqu'à huer le méchant Bill!

Picadilly Circus
Nous sortons du théâtre conquis en chantant joyeusement les "Consider yourself", "Oliver" et "Who will buy". Ces chansons remplaceront-elles les vers d'oreille des Belles-Soeurs dont nous peinons à nous débarrasser? Visiter Rome, Berlin, Paris et Londres en chantant "Y ont les beaux pots, t'sais les beaux pots, en fer chromé", "Des toasts, du café, du bacon, des oeufs", "A l'ose à soir, se présenter" et "C'est B-14 qui m'manque", c'est pas chic!

vendredi 3 septembre 2010

Ich bin Berliner

Porte de Brandebourg, Berlin.

Je suis devenu un Berlinois.

Non pas à la manière dont John F. Kennedy, président américain de passage à Berlin-Ouest, le proclamait du haut du balcon de l'hôtel de ville en 1963: JFK – qui soit dit en passant, s'était plutôt exclamé, « Ich bin ein Berliner - Je suis un beignet! » à cause d'une erreur de syntaxe dans son discours- évoquait alors le symbole de résistance au communisme incarné par l'ouest de l'ancienne capitale allemande. Je suis un Berlinois = je suis un homme libre = j'appartiens au monde libre, à sa démocratie, à son capitalisme, à sa bienheureuse existence faite de toute absence d'oppression.

Et moi, pourquoi suis-je berlinois? 

Parce que j'ai définitivement adopté la capitale allemande. Capitale du pays d'Angela Merkel, de Bertold Brecht, de Beethoven et de Siemens, comme du design et de l'architecture, Berlin est une ville résolument tournée vers l'avenir, le changement, la modernité, la « contemporanéité ». Cette foi en l'avenir semble constituer une essence essentielle à son développement, celui-ci se voulant constamment ancré dans l'audace, l'originalité, l'innovation.

Le bienheureux petit déjeuner

Et je suis aussi un Berlinois parce que les Allemands vouent un véritable culte au petit déjeuner.

Château Bellevue (Palais présidentiel)
Au Baxpax Hostel, où nous avons établi nos quartiers, nous profitons pour 5,50 euros chaque matin d'un consistant déjeuner buffet à volonté, accompagné d'un café américain tout aussi à volonté et -cadeau des dieux- d'un jus d'orange!!

Pain kaiser ou sésame frais, confiture, beurre bien dodu, toasts, yogourt aux pêches ou aux cerises -bon, pas mes saveurs favorites, mais yogourt quand même-, céréales, salade de fruits, viandes froides, fromage, tomates, concombres, salade, la table est bien mise sous le bar du Cosmo Lounge, qui nous a accueilli chaque matin au son de sa musique doucement trip-hop, souvent planante, mais parfois un peu trop techno ou rock à notre goût. Comme au lendemain de notre nuit au Watergate où la même musique techno que celle sur laquelle nous avions dansé nous a tendu les bras à notre arrivée au déjeuner alors qu'un concerto pour piano de Bach aurait très bien fait l'affaire!

Dans les restaurants de Berlin, on sert régulièrement le déjeuner jusqu'à 13h- comme à notre hôtel les samedi et dimanche-, 15h, et même parfois jusqu'à 17h ou même... 24 heures par jour !! Quant au brunch du dimanche, il s'agirait d'une institution qui se prolongerait sur plusieurs heures, offrant aux convives tout le temps nécessaire pour échanger sur la semaine passée ou à venir tout en dégustant un savoureux repas.

J'adore le petit déjeuner... j'adore Berlin!!

Contraste saisissant

Place publique sur Hackescher Markt
On ne saurait imaginer contraste plus saisissant entre Rome et Berlin en cette fin du mois d'août.

Rome, désertée par ses habitants écrasés par la chaleur, vit des touristes qui la parcourent paisiblement sous le poids d'un soleil de plomb, mais bénéficiant d'un magnifique ciel bleu, se traînant sans presse d'un site touristique à l'autre.

Berlin, après avoir connu un mois de juillet exceptionnellement chaud, paraît-il -des journées de 40°C, non merci...-, vit un mois d'août plutôt frais, le mercure dépassant rarement les 19-20°C chaque jour. Un été à oublier en somme, et nous ne nous sommes malheureusement pas prélassés sur la terrasse située sur le toit du Baxpax, y buvant goûlument cocktail sur cocktail au bord de sa piscine! Les nuages, la bruine, les averses, le soleil pointant entre 2 cumulus ou au travers d'un ciel d'un menaçant gris fer ont remplacé le plein soleil et la chaleur... pour notre plus grand bonheur!

Ceci dit, nous n'avons pas baigné sous les averses chaque jour. Le soleil trouait un ciel paresseusement nuageux presque en début ou en milieu de chaque après-midi, offrant une soirée jamais totalement claire, mais souvent colorée par les rayons du soleil couchant et transpercée de quelques étoiles par-ci par là.

Tiergarten
Nous avons notamment traversé sous le soleil le parc urbain Tiergarten -chanté par Rufus Wainwright-, profitant d'une halte au bord de sa Neue See. Lac aux chaloupes rouges bordés de chaises longues joyeusement rayées, offrant de se blottir dans leurs couvertures rouges et vertes, et des tables de bois extérieures d'un café et d'un restaurant. Le vent secouait alors les arbres hauts, le soleil dorait nos pintes de bière, de la musique folk un peu nostalgique s'écoulait des haut-parleurs installés dans les arbres et nos regards se tournaient tous vers le lac pour nous gaver du soleil s'affaissant tranquillement derrière la forêt. Moment magique, comme les vacances nous en réservent souvent, autour des couples s'enlaçant ou des amis discutant sur les coussins du quai surplombant le lac, pause en fin de journée qui nous a fait dire, à N et moi: « C'est beau, une belle journée d'octobre! »

On range les babouches, on sort le foulard!

À Berlin, nous avons rangé les babouches, la casquette et les bermudas pour sortir nos jeans, nos coupe-vent, notre parapluie et nos espadrilles. Autour de nous, les Allemands portent allègrement l'écharpe. Ayant légèrement froid au cou -quoi, ça existe encore, en cette terre déréglée la notion d'avoir froid??-, je m'en procure une à rabais chez H&M, grande chaîne américaine dont les Berlinois semblent friands: peut-être parce qu'ils ont un penchant pour la tenue vestimentaire à peu de frais, sans griffe et d'une élégance misant sur l'agencement original ou l'accessoire inédit?

Sony Center
Sur les strasse -les rues- et les platz -les places publiques- triomphent aussi la canadienne, le kangourou, le blouson militaire, l'imperméable ou autre paletot que toutes ces épaules que l'on croise déclinent dans des teintes de gris et de noir. Et bien sûr règne ici le jeans dans toute sa splendeur, classique, taille basse dévoilant soigneusement le boxer, skinny ou dans une coupe que je n'ai jamais vue ailleurs, celle de la culotte de cheval en denim! On porte ici la création de Levi Strauss -un Allemand- dans des teintes de marine, de noir et de gris... et parfois dans des couleurs plus vives, bleu royal, jaune, rouge, comme cette mode qu'a tenté de nous proposer en vain Simons cet été!

Bienvenue au pays de l'Adidas Semba, de la casquette de laine et du veston de tweed! Je n'ai jamais célébré l'entrée dans l'automne avec autant de bonheur! J'ai l'impression de respirer l'air pur dans une capitale que le Lonely Planet nous décrit pourtant comme polluée et la fraîcheur ambiante me redonne de l'énergie après 5 belles journées sous un soleil parfois un peu harassant.

Du taxi à la rue

Météo contrastante, donc, style de vie et ambiance aussi!

Hachesche Höfe, labyrinthe de cours aux façades colorées.
Nous prenons rapidement le pouls de cette différence en sautant dans un taxi à notre arrivée vendredi soir à l'aéroport de Schönefeld. C'est un chauffeur bien plus calme et concentré qui nous conduit sans manœuvres hasardeuses à notre hôtel, situé dans le quartier de Mitte-Scheunenvirtel, l'ex-quartier juif de Berlin.

Tout le contraire de la conduite émotive italienne, qui nous incitait souvent à nous accrocher à la porte arrière du véhicule ou à simplement détourner le regard de la route. « Ça pas de bon sens... », ne pouvait s'empêcher de constater la Québécoise nous accompagnant dans le taxi nous reconduisant de l'aéoport de Fiuminicio à la Penzione Panda, à Rome.

Le chauffeur qui nous a cueilli sur la Via della Crocce, rue de notre hôtel, pour nous déposer à l'aéroport Ciampino s'est quant à lui successivement permis de ralentir pour lancer de jolis mots doux à une belle longeant le trottoir, pour ensuite engueuler un chauffeur qu'il venait de couper avant de s'engager à -très- vive allure sur l'autoroute menant à Ciampino! Le tout après quelques minutes de conduites à la Schumacher entre 2 ronds-points du centre-ville.

Berlin est-elle plus grise que Rome?

Tour de télévision d'Alexanderplatz
On y trouve en fait une variété de façades, plus diversifiées qu'au cœur de la ville de Berlusconi, certaines pastel comme dans la capitale italienne, jaune, saumon, rosé, d'autres plus sobres, blanches, anthracite, ivoire, toutes s'étirant sur quelques étages et affichant une apparente rectangularité, quoique une vue de Berlin du haut de la tour de radio d'Alexanderplatz nous a révélé une cité plate construite en blocs triangulaires ou circulaires ou carrés, bref, de façon parfois chaotique, comme Rome et Paris.

C'est toutefois le culte du design, de l'art contemporain et d'une décoration tantôt épurée, tantôt recherchée, qui me surprend et m'emballe dès notre première soirée, faisant toute la différence avec Rome, véritable musée antique en plein air un peu figé dans le temps. Chaque restaurant, chaque bar, chaque café de Berlin semble s'être donné pour mission de créer son propre style, sa propre ambiance, de se distinguer de ses voisins pour nous convier autour d'une bière ou d'un repas tantôt dans une antre chaleureuse, tantôt dans un bar à vin épuré, autour d'une bougie ou sous des abats-jours plus modernes ingénieusement décorés.

Des terrasses stylisées

Cette recherche de style transparaît notamment dans l'aménagement des terrasses dont sont dotés presque tous les établissements et qu'occupent bruyamment les Berlinois même en ces soirées de 15 à 20 degrés ou en ces journées plus fraîches parfois dépourvues de soleil.

Divans coussinés de blanc, de noir ou de rose des lounges, statues aux bras déployés d'un établissement indien duquel s'éparpillent des projecteurs rouges et jaunes, chaises de plastique à la IKEA, chaises hamac, fauteuils en rotin, chaises tissées, lampions rouges religieux ou ampoules rouges, jaunes, oranges, bleues et vertes suspendues sobrement à un fil cerclant la terrasse, large parasol carré, palmiers ou plantes en pots, fines lumières blanches de Noël, mobiliers de bois rappelant le style du magasin Mà à Québec: on trouve de tout sur ces terrasses franchement invitantes, l'une d'elle, appartenant à un fleuriste, proposant même un savant entrelacs de tables, de fleurs fraîches et de plantes en pot! Tout ou presque se déguste sur ces terrasses, d'un cappuccino préparé avec soin à un café Starbuck en passant par un snack vite fait, un souper s'étirant sous les lampes ballons blanches ou une bière qu'on dépose sur une nappe à carreaux.

Édifice de la DZ Bank, conception de l'architecte Frank Gehry
À Berlin, donc, l'originalité se manifeste jusque dans les terrasses, qu'on aperçoit entre les vitrines de magasins de meubles aux lignes recherchés ou de boutiques de vêtements délicatement fripés, suspendus, agencés dans des décors variés, dont l'un de supermarché, de galeries d'art contemporain affichant leurs toiles bariolées ou leurs sculptures improbables sur les conventionnels murs blancs ou entre les salons d'exposition des voitures Bugati, Fiat ou Volkswagen qu'on expose comme des produits de beauté ou des fringues stylisées.

Et il n'y a pas que les vitrines, autant d'œuvres d'art, qui soient reines de la nuit puisque l'Oranienaburger Strasse, la grande avenue située à proximité de notre hôtel, fait également la part belle aux prostituées! Elles sont grandes – une chose d'ailleurs à dire sur les Allemands: ils sont VRAIMENT grands et il n'est pas rare de se faire regarder de haut par une géante de 6 pieds 3 ou un grand sec blond repoussant les 6 pieds 5-, bottées jusqu'aux genoux, minces et portent fièrement la perruque coupée au carré mauve ou blanche. De belles filles qui nous abordent avec leur « Allô » -surprise, la salutation allemande se prononce exactement comme en français-, nous déclinant sans doute ensuite une indécente proposition -qu'on repousse évidemment... Ça me désole un peu en fait de voir ces jeunes filles à la rue...

J'ai rarement vu des prostituées solliciter aussi ouvertement des clients sur une grande artère, comme si des putes défilaient impunément sur la Grande Allée. Je dois le dire, elles me rendent un peu mal à l'aise, ces travailleuses du sexe.

Autre différence frappante entre Rome et Berlin? La langue!

Coupole de verre du Reichstag, le Parlement fédéral allemand
L'italien est une langue chantée, on se repose longuement sur une syllabe avant de jeter les suivantes en l'air, avec force voyelles comme les o et les i. L'allemand est plus articulé, plus posé, mais me procure un sérieux casse-tête. Tandis que N, doué pour les langues, renoue sans peine avec ses notions de la langue de Goethe apprise au Cégep, me disant, « ah, ça, ça veut dire ceci », je m'embrouille un peu dans la prononciation. C'est que z se prononce comme s, s comme ch, ch comme h... J'exagère un peu, mais l'allemand, qu'on réussit un peu à lire en raison de sa ressemblance avec l'anglais et le français, dépayse quand même! Quoiqu'on s'excuse ici en disant « Sorry... ».

Une bonne grosse cuisine d'hiver

Et la cuisine, outre le petit déjeuner?

Bye bye le régime méditerranéen fait de pastas, de gelati et d'huile d'olive, bonsoir la bonne grosse cuisine d'hiver confort food! La bouffe allemande, délicieuse, pèse lourd sur l'estomac avec ses vurst -saucisses- baignant dans une sauce au curry ou glissées dans un pain à la moutarde, servies avec choux mariné et pommes de terre bouillies. Cette cuisine, servie dans des portions raisonnables, fait la part belle à la viande -veau, agneau, porc, boeuf...-, aux patates -maman, tu serais enchantée!-, aux soupes et aux légumes d'hiver et pour digérer entre 2 repas de cette nourriture jamais trop grasse tout de même, un dönner, croisement entre le chiabatta et le shick taouk introduit à Berlin par l'importante communauté turque.

Surprenant: on mange -et on vit- pour à peu près rien, ici, et on nous sert de délicieux repas soupe-plat-principal-dessert-vin-eau-café pour un prix aussi bas que 21 euros. Je suis définitivement un Berlinois.

Pour cette propension au bien manger pas cher, à tout ce que je viens de vous écrire, mais aussi pour cette métropole culturelle qu'est la capitale, forte de ses 400 galeries d'art, de ses 3 opéras, de son orchestre philarmonique réputé, de ses 47 salles de théâtre, de ses 2000 groupes de musique, de ses 700 créateurs de mode et de sa Berlinale, son festival de cinéma qui se classe dans le top 5 des manifestations mondiales du 7e art avec Cannes, Venise et Toronto. De plus, le cycliste en moi constate qu'on roule abondamment en vélo, à Berlin, on chevauche la monture de Lance Armstrong en complet, en tailleur ou en tenue décontractée sur une des nombreuses pistes cyclables qui longent les avenues fréquentées comme les plus tranquilles. En somme, facile de se rendre travailler à vélo, d'autant plus qu'un service de prêt de bicyclettes -moins flamboyant que les bixis montréalais quand même!- y est instauré.

Monument aux victimes de l'Holocauste
Seule nuisance omniprésente: non, pas les grandes chaînes américaines -bien qu'on croise de temps en temps Subway, Dunkin Donuts et toute une pléiade de Starbucks, dont je suis fan je l'avoue, mais plutôt les graffitis. Des graffitis loin d'être artistiques couvrent le moindre mur d'un squat abandonné, mais aussi plusieurs façades tout à fait propres. Aucun lieu ne semble repousser les bombes aérosol des grafiteurs qu'on ne peut qualifier ici d'artistes de la rue et il a fallu penser à recouvrir les stèles de béton du Monument aux victimes de l'holocauste d'un enduit spécial pour les protéger des inscriptions spontanées.

Quoiqu'il en soit, cette épidémie urbaine ne jette en rien un voile sur le plaisir que j'ai eu à parcourir Berlin, ville épicurienne qui, paraît-il, ne se refuse aucun plaisir, sexe, alcool, drogue, et dans laquelle on boit sans problème dans le métro et sur la rue! On commence à clubber vers minuit, les clubs sont ouverts toute la nuit et parfois jusque tard l'après-midi dans le lendemain et prendre le métro à 3h à Berlin constitue toute une expérience, puisqu'on y côtoie autant de gens -des fêtards la plupart- qu'à Montréal à 22h! Dans la file d'attente du club Watergate, des Allemands nous ont même offert une Beck du « 6 packs » qu'ils tenaient à la main! Wow.

J'aurais aimé découvrir davantage Berlin et nous aurions pu y passer encore des jours sans nous lasser. Mais je suis définitivement devenu un Berlinois.

vendredi 27 août 2010

L'art au service de la Parole

Vue de la chapelle Sixtine
Alors que nous terminons notre dernière journée entière à Rome, et notre dernière journée officielle de l'été avant de nous rafraîchir sous les 15 degrés de Berlin, c'est 2 pèlerinages entrepris au cours des 3 derniers jours que nous complétons aussi : pèlerinage dans la Rome antique et pèlerinage artistico-religieux au royaume de l'Église catholique, le Vatican. Point culminant de ces 3 jours d'intenses découvertes, une œuvre majeure, la chapelle Sixtine, qu'on découvre au milieu de la visite des Musées du Vatican.

Le lancement et la conclusion d'une carrière

C'est au son des "No foto" et des "Please stand up" insistants des gardiens italiens et de leur "shhhiiii" lancés avec la régularité d'un métronome pour maintenir le caractère sacré de ce lieu de tourisme que nous sommes entrés dans la chapelle qui a accueilli les premières et dernières œuvres d'un grand peintre, Michel-Ange. Lui se définissait pourtant d'abord comme un sculpteur!

Œuvres de jeunesse sous la forme des peintures de la fresque de la chapelle:

  • récit de la Genèse, donc de la Création de l'homme et de la perpétuation du péché originel d'Adam et d'Ève jusqu'au déluge vécu par Noé en punition
  • images des grands prophètes de la foi catholique et de Sibylles païennes, prophétesses dans la mythologie grecque. 
Choisi par le "rebelle" pape Jules II alors qu'il n'avait jamais peint avant d'imaginer ces fresques, Michel-Ange, à la fois artiste surdoué et féru d'histoire biblique, y peint des tableaux qui semblent s'élancer hors de la voûte tellement ils paraissent animés.

Lutter contre le protestantisme

Au soir de sa vie, l'artiste toscan signe à 72 ans le Jugement dernier, gigantesque toile sur pierre s'élevant au-dessus de l'autel de la chapelle sacrée, du haut de laquelle le Christ contemple les élus s'élevant vers le ciel guidés par les anges et les damnés embarquant sur le fleuve les menant à l'enfer. Chef d'œuvre esthétique, la fresque servait d'avertissement en ces temps de maraudage de la religion protestante et de l'offensive inquisitrice de l'Église: éloignez-vous de la foi et vous brûlerez éternellement dans les flammes de l'Enfer!

Anecdotes:
  • dans ce récit de fin du monde, Michel-Ange n'a pu résister à se mettre en scène, sous les traits d'un apôtre du Christ, Saint-Barthélemy, tenant entre ses mains une étrange et flasque peau humaine
  • les parties intimes des corps nus et souvent viriles de ce Jugement furent pudiquement recouverts dans les années suivant son dévoilement par un élève de Michel Ange sous les ordres du pape Pie IV.
Un livre d'histoire aux couleurs qui explosent

L'art au service de la Parole.

Telle est la chapelle Sixtine, livre d'histoire plein de vie aux teintes de jaune, de rouge, d'orangé, de vert, de bleu, de brun, nuances de beige et de rose, qui, fraîchement restaurées de 1990 à 1994, explosent en racontant "l'histoire de l'humanité", entendre ici l'histoire du peuple élu. De la création de la lumière aux tableaux comparant la vie de Moïse, sauveur du peuple juif tenu en esclavage en Égypte, à celle de Jésus, aux images des papes qui ont succédé à Saint-Pierre et aux ancêtres du Christ, c'est une série de tableaux ayant pour sujet le corps de l'Homme, source de péché mais aussi d'espérance, qu'ont peint les artistes ayant travaillé à la décoration de la capella.

Si les sujets éblouissent, la technique employée pour réaliser les fresques a de quoi surprendre: utilisée aussi par le peintre Raphaël, elle consiste à peindre directement sur l'enduit fraîchement utilisé pour couvrir  les murs, d'où le mot "fresco". La peinture sèche en même temps que l'enduit et devient partie prenante du mur à recouvrir.

Aujourd'hui, la chapelle, visitée certes par des milliers de touristes, constitue également un haut lieu de la vie politique vaticanaise, puisque c'est en ses murs feutrés que sont élus les papes lors des conclaves rassemblant les cardinaux à Rome. Marc Ouellet y sera-t-il un jour élevé au rang de Souverain pontife? Dieu nous en garde. J'aurais d'ailleurs dû allumer un lampion à cet effet sous la coupole bienfaitrice de la basilique Saint-Pierre...

Trésors de l'humanité

La chapelle Sixtine ne constitue qu'un des nombreux trésors de l'humanité qu'abritent les Musées du Vatican, enfilade de salles et de galeries dans lesquelles on pourrait déambuler une semaine durant, surprenamment contemporains dans leur pavillon d'accueil. Guidé par un personnel efficace, nous y entrons rapidement, nous équipons d'un audioguide en français, avons accès facilement aux toilettes, boutiques et restaurants. Nous peinons seulement, au terme d'une visite de près de 4 heures, à en trouver la sortie!

Dès le début de la visite, je suis soufflé par les pièces du Museo Gregoriano  Egizio, consacré aux pièces rapportées d'Égypte sous l'empire romain. Nous y admirons des hiéroglyphes remontant à 2600 avant Jésus-Christ, des sarcophages de marbre et de bois dont les couleurs sont admirablement conservées ainsi qu'une foule de menus objets et statuettes provenant du pays de Cléopâtre. À côté de ces pièces, l'exposition Fascinantes momies égyptiennes du Musée de la civilisation de Québec doit paraître d'un pâle intérêt! Si les centaines de statues de marbres de l'Antiquité romaine du Museo Pio-Clemento, elles aussi en parfait état ou presque me semblent aussi spectaculaires, cette plongée au coeur de la civilisation égyptienne obsédée par le culte des morts m'a vraiment ravi. Quoique les sculptures romaines de la Salle des animaux possèdent aussi leur charme, parfois ludique!

Éblouis par la richesse des pièces des premiers musées, nous accélérons le rythme de notre visite en nous basant sur les recommandations de notre cher Lonely Planet, traversant de toute façon tous les musées et y jetant un oeil au moins attentif. Encore des statues de divinités antiques dans le Museo Chiaramonti, sculptures, candélabres de marbre et tapisseries dans les Galleria dei Candelabri et degli Arazzi, et les superbes et immenses cartes géographiques -40 en fait- aux couleurs vives de la Galleria delle Carte Geografiche, représentant les différentes régions de l'Italie de l'époque (1580 à 1583), cartes "régionales" coiffées par 2 tout aussi imposantes de l'Italie antique et de celle de la Renaissance. Le plafond de cette galerie, couvert de fresques évoquant la vie des Saints et l'histoire de l'Église, est presque aussi beau.

J'avoue en fait avoir davantage porté d'attention à cette magnifique galerie qu'aux pourtant célèbres chambres du peintre Raphaël, décorées par lui ou sur sa supervision, pourtant oeuvres majeures des musées vaticanais.  Richement ornées, elles servaient d'appartements aux papes, dont Jules II, encore lui, qui décidément, faisait confiance à la jeunesse puisque c'est à un jeune Raphaël de 25 ans qu'il en confia la décoration!

À la suite de notre visite de la chapelle Sixtine, la beauté nous attendait encore dans une série d'autres musées, dont la Pinacoteca et ses 460 toiles, et parmi elles quelques chef-d'oeuvres de Raphaël, et dans une série de salles consacrée à l'art contemporain religieux, inaugurée par le pape Paul VI -celui qui interdit la pilule contraceptive dans les années 1960- pour notamment réconcilier les artistes avec l'Église, artistes que celle-ci avait brimé dans leur créativité pour en canaliser le talent à des fins de propagande.

Que retenir de cette visite des Musées du Vatican?

Que la richesse de l'Église fait honte? Qu'elle n'aurait pas dû "s'emparer" de tous ces trésors et devrait plutôt les retourner à certains pays, dont l'Égypte? J'y vois plutôt une chance inouïe que l'Église catholique et ses papes aient constitué ces musées et rendent toutes ces pièces accessibles au public -on peut presque y toucher, je me demande sincèrement comment toutes ces œuvres sont conservées dans un musée dont les fenêtres sont parfois ouvertes, les pièces ensoleillées et la température peu contrôlée. Pour aussi peu que 13 euros, on accède à de véritables trésors, par lequel on appréhende des civilisations entières.

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