dimanche 3 avril 2011

Le printemps

Péchés potentiels chez Tutto Gelato
On se souviendra -ou peut-être pas dans le fond!- qu'en 2011, le printemps s'est défait de son jupon de neige et de son foulard de laine ce dimanche 3 avril. Comme bien des concitoyens, je me suis inoculé une dose explosive de sève d'érable et de bourgeons en cette journée luminothérapeutique, vaccin bien moins douloureux que celui contre le tétanos que m'a "imposé" la clinique santé-voyage. 

Vaccin de printemps qui ouvre grand les sens, savant dosage de chaude caresse ensoleillée et d'état mental sensualisant tout ce qui se trame autour de soi! Comme un potier son vase d'argile, l'univers tout entier complote pour façonner un nouvel été, sur fond de campagne électorale et de printemps arabe. Cynisme et espoir!

Prendre le pouls du printemps

Rien de mieux qu'un centre-ville -et celui de Québec est à portée de pas- pour prendre le pouls du printemps en début de saison. La terrasse du Café Krieghoff bondée d'affamés et d'allongés, la rue Saint-Jean couverte de passants les yeux fermés résolument tournés vers le soleil, dans le Faubourg comme dans le Vieux, les premiers cornets réguliers baccio-lampone chez Tutto Gelato dont on se délecte jusque sur le bord de la rue de la Porte et les promeneurs qui soudain ralentissent le pas plutôt que de l'accélérer la tuque vissée sur la tête. 

Et dans l'air, comme un goût de lunettes fumées, d'acheter des accessoires inutiles mais "à'mode" chez Simon's, de prendre une bière Labatt dans un verre-éprouvette géant sur Grande Allée pour se faire voir ou une savoureuse bière de micro-brasserie dorée par le jour sur la sympathique terrasse du Sacrilège.

Soudain -ou peut être encore plus intensément- le goût de chanter, d'écouter des vieux succès kétaines de la liste plaisirs coupables de mon iPod, genre Please don't stop the music de Rihanna, de feuilleter des livres chez Pantoute, de "téter" un suçon au sucre d'érable vendu trop cher sur place d'Youville. 

Le claquement des skates sur la place dépouillée de sa patinoire, la beauté qui s'invite partout même dans le stationnement qui borde le port d'attache du traversier à Lévis, un frisson d'émotions en écoutant Thomas Hellman et Evelyne de la Chenelière réciter de leur voix magnifique des fragments de La concordance des temps, le premier roman de l'auteure de théâtre qui défait les genres et parle de rencontre... Comme au printemps!

Une saison de premières rencontres

Rencontre avec les premiers vélos, ceux des maniaques du guidon, qui s'imposent sur le sol sablonneux sitôt sortis de leur mise au point annuel! Le goût de sortir le mien et soudain l'idée de lui faire enfin une place de choix cette année dans la maison plutôt qu'au beau milieu de mon entrée. 

Je songe aux vacances d'été, je visse mes yeux sur le fleuve déglacé couvert de son coupe-vent émeraude, le soleil ragaillardi découpe au compas les montagnes de Charlevoix aux dos rondis par le froid et Lévis éblouit depuis la mer qui m'y pose. 

Dans ce vieux Lévis que j'aime tant, je marche vers mon propre printemps, nouvelle vie dans notre petite famille, celle d'une coquine pressée qui a décidé de goûter elle aussi à cette saison de sucre et de chocolat! De sa fenêtre de l'Hôtel-Dieu d'où on aperçoit si joliment les bateaux qui parcourent le Saint-Laurent, elle se dit sans doute qu'elle ne saurait plus longtemps se priver de cette chaleur... et d'un cornet régulier 2 saveurs de chez Tutto ou Érico!

samedi 26 février 2011

Le réseau social, un film politique?

Quelle oeuvre, des 10 en lice pour l'Oscar du meilleur film, remportera la récompense cinématographique la plus médiatisée de la planète?

Mon choix ne se porterait certainement pas sur le fade The Social Network - Le réseau social-, de David Fincher, récit intéressant mais sans plus de la controversée naissance du réseau social Facebook. Mes préférences? Le complexe et enivrant Inception -Origine- ou l'angoissant et lumineux Black Swan - Le cygne noir- qui semble déranger plus que séduire l'Académie.

C'est bon, mais...

Êtes-vous de ceux qui, comme moi et quelques amis qui m'entourent, n'avez pu vous empêcher de songer, après avoir vu Le réseau social : c'est bon mais... à ce point-là??

Dans le film de Fincher, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est dépeint comme un "geek" franchement désagréable et sans émotion. On ne s'attache nullement à ce personnage qu'on peut deviner bien campé, mais sans que la performance du comédien Jesse Eisenberg n'émeuve ou ne touche. Une histoire... intéressante, je ne trouve pas d'autre qualificatif, pas nécessairement passionnante. Une réalisation étonnante, hallucinante, hors normes? Non. Et une direction artistique... qu'on ne remarque pas.

On n'oscarise pas toujours des chefs-d'oeuvre...

Au fil des ans, la lice des candidats aux Oscars n'a jamais été uniquement constituée de chefs-d'oeuvre. Récompenses parmi les plus convoitées du monde du 7e art, elles attisent la cupidité des producteurs des grands studios et ne couronnent pas toujours les talents les plus accomplis ou les oeuvre les plus éclatées.

Je me souviens de la controverse qui avait entouré l'attribution du 71e Oscar du meilleur film en 1999 à Shakespeare in Love, film sympathique, mais somme toute assez conventionnel de John Madden. L'oeuvre s'était permise de vaincre, dans la course, les poids lourds Elizabeth, La vie est belle, La mince ligne rouge et Il faut sauver le soldat Ryan. Si ce n'est pas du vol, ça!!

Quant à Gwyneth Paltrow, la comédienne principale de cette comédie romantique historique en costumes, elle avait mérité l'Oscar de la meilleure actrice pour une performance qui était loin d'éclipser celle de Cate Blanchet, l'imposante "reine vierge" d'Elizabeth.

Financer un trophée

La clé de la victoire de ce récit romancé de la création de la pièce Roméo et Juliette? L'argent de Miramax, une filiale de Disney, le studio à l'origine du film, avait-on soupçonné à l'époque. Les propriétaires de cette écurie du cinéma semi-indépendant, les frères Robert et Harvey Weinstein, sont parvenus à positionner plusieurs de leurs poulains dans la course aux statuettes américaines au fil des années. À coup de cocktails et de cadeaux soigneusement offerts?

L'argent, motif à l'origine de l'engouement derrière Le réseau social, son Golden Globe du meilleur film dramatique et son César, obtenu hier soir, du meilleur film étranger en France? Peut-être. Et s'il s'agissait plutôt d'un film politique?

Zuckerberg, le plagieur qu'on craint

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est un "geek" ultra-talentueux et le plus jeune milliardaire au monde en ce moment. Il a fondé un réseau dont les 500 millions de membres, s'ils étaient de nationalité facebookienne, habiteraient le 3e état de la planète en termes de population après la Chine et l'Inde.

Mark Zuckerberg a beaucoup de pouvoir : son réseau, fondé sur l'interaction, prend de plus en plus la forme d'un moteur de recherche social puisque les membres y échangent des liens vers du contenu Web. Facebook dérange sans doute Google, LE moteur de recherche par excellence du moment. C'est un outil de communication devenu incontournable sur lequel les publicitaires ne crachent plus et un stimulant pour le militantisme politique que sont loin d'ignorer les formations politiques et leurs conseillers.

Mark Zuckerberg fait-il des jaloux? Inquiète-t-il par sa puissance virtuelle quasi sans évoque, lui qui est parvenu à éclipser le réseau social My Space et qui s'est hissé dans sa jeune vingtaine au niveau des plus grands des technologies de l'information?

Le réseau social décrit Zuckerberg comme un être profondément antipathique. Pour connaître son heure de gloire, il n'hésite pas à dérober l'idée de la mise en ligne d'un réseau social à des collègues d'Harvard séduits par ses talents de programmeur. Il conçoit "The Facebook" dans leur dos, financé par un ami qu'il n'hésite pas à larguer quelques mois plus tard, et le met en ligne sans même les prévenir. Zuckerberg collabore ensuite avec un "pirate" du Web, le fondateur de Napster, site illégal de téléchargement de musique aujourd'hui fermé. Facebook naît du plagiat et avec l'aide d'un bum.

Raconté ainsi, l'histoire de Zuckerberg questionne sur le sens de l'éthique du personnage, dont plusieurs dénoncent la "loussitude" en matière de protection de la vie privée. Cette volonté du fondateur de Facebook à s'approprier les données mises en ligne par ceux qui le font vivre a d'ailleurs donné naissance au réseau social Diaspora, beaucoup plus soucieux de la protection des renseignements personnels de ces utilisateurs.

Le réseau social, une dénonciation de Zuckerberg, le tout-puissant, qu'encensent les cardinaux de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences?

Zuckerberg, le héros blessé

Examinons la question sous un autre angle.

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est un "geek" ultra-talentueux et le plus jeune milliardaire au monde en ce moment. Il a fondé un réseau dont les 500 millions de membres, s'ils étaient de nationalité facebookienne, habiteraient le 3e état de la planète en termes de population après la Chine et l'Inde.

Mark Zuckerberg est aussi Américain: nommé personnalité de l'année 2010 par le magazine Times -au grand dam de lecteurs et d'observateurs qui lui auraient préféré le fondateur de WikiLeaks Julian Assanges-, il fait sans doute la fierté de concitoyens nationalistes pour qui il incarne la concrétisation du fameux rêve américain. Sans être parti de rien, Mark Zuckerberg est décrit, dans Le réseau social, comme un étudiant d'Harvard, certes, mais qui n'est pas le plus couru et que ne se dépêchent pas d'approcher les membres de mystérieux clubs privés auxquels son ami Eduardo rêve d'appartenir. Partout dans le monde, on se branche sur Facebook, une création d'un génie de Harvard, l'une des plus prestigieuses universités de la patrie d'Obama.

Certes, Le réseau social décrit Zuckerberg comme un plagieur. Mais un plagieur qui viole le droit d'auteur par amour! Pour impressionner cette fille qui n'a rien voulu savoir de lui, honteux rejet mis en scène au tout début du film. Ce désir d'impressionner guide Zuckerberg dans toutes ses actions, nous raconte-t-on, et va jusqu'à le rendre quasi-touchant aux yeux d'une des avocats chargés de sa défense dans les poursuites qui l'opposent à ceux qui lui ont fait confiance. Zuckerberg, le génie blessé?

Et si les Américains encensaient Le réseau social pour rendre hommage à cet "un des nôtres"?

Peut-être, après tout, n'apprécient-ils le film de David Fincher que pour la bonne histoire qu'ils racontent... Mais bon, devant un film plutôt conventionnel, on ne s'empêcher de chercher ce qui plaît tant à celles et ceux qui ont dû, me semble-t-il, craquer pour tellement de meilleurs films cette année. Le pouvoir de l'argent ou... la dénonciation du pouvoir?

Incendies va-t-il gagner?

Dans un article publié ce samedi 26 février dans La Presse, le réalisateur Denis Villeneuve spécule sur ses chances de remporter l'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Incendies. Il salue au passage les efforts de son producteur, Sony Pictures, qui veille à ce que tous les membres de l'Académie aient vu son film... plutôt que d'utiliser pour les convaincre cocktails ou autres mondanités! L'approche Miramax, peut-être?

J'ai lu ou entendu quelque part que Sony aurait plutôt misé sur une autre de ses productions en lice pour le même Oscar, In a Better World, film danois de Susanne Bier, lauréat du Golden Globe du meilleur film étranger. Quoiqu'il en soit, en devenant le 3e réalisateur canadien en lice pour la récompense dans l'histoire des Oscars, Denis Villeneuve est déjà un gagnant comblé.

Mais bon... on aimerait quand même le voir monter sur scène dimanche soir et comptez sur moi pour crier si ça se produit!

samedi 8 janvier 2011

Famille, je te hais...

Ne vous inquiétez pas chers parents, ce n'est pas à ma propre famille que je m'adresse dans ce billet! Son titre évoque plutôt la thématique de 3 films "oscarisables" vus durant ce congé des fêtes prolongé: 
Ces 3 favoris dans la course aux Jutras du cinéma américain et qui se distinguent parmi les nominés des récompenses décernées par la presse étrangère hollywoodienne -les Golden Globe Awards- montrent en effet, avec plus ou moins de nuances, l'impact de liens familiaux trop distants ou étouffants sur le destin des personnages principaux.

Les 3 oeuvres s'appuient également sur d'admirables performances d'acteurs, dont notamment celle, époustouflante, de Nathalie Portman dans Le cygne noir, présente dans toutes les séquences d'un film qu'elle porte sans faiblir sur ses frêles épaules.

Dans l'ombre du roi

Le discours du roi est sans doute celui des 3 qui accorde l'importance la plus diffuse au thème de la famille, quoique...

Le roi en question, Albert, hérite par accident de la couronne de son père Georges VI, qui règne sur le Royaume-Uni. "Victime", en tout cas de son point de vue, de la décision de son frère Edward d'abdiquer son titre pour épouser une Américaine 2 fois divorcée, Albert voit son destin basculer.

Incarnant pourtant davantage l'homme d'État que son frangin frivole, "Bertie" s'effraie là où d'autres aurait jubilé, handicapé par un défaut de bégaiement qui nuit à sa prestance de souverain. Albert n'a plus d'autre choix que de corriger ledit défaut, au contact d'un énième spécialiste, un orthophoniste féru de théâtre qui dépasse la simple diction pour s'attaquer aux sources du problème.

Si la relation entre Albert et son spécialiste constitue le cœur du film, l'origine du trouble de bégaiement du prince, enfin mise en mots durant sa "thérapie", est plutôt touchante: confié dès l'enfance par ses parents à une nourrice qui ne l'aimait pas, couvrant plutôt l'ainé Edward de toute son attention, Albert vit difficilement ce manque d'affection et grandit à l'ombre d'un frère dont la lumière suffit à éclairer toute la cour. Ce second n'a jamais pu faire valoir ni le son de sa voix, ni le message qu'elle avait à livrer.


Firth au sommet de son art

La version française du film, la seule projetée à Québec, ne permet sans doute pas d'apprécier l'ampleur de la performance de Colin Firth, au sommet de son art dans ce rôle d'introverti dont la froideur dissimule mal l'angoisse qui l'anime. Cette version n'en révèle pas moins le grand comédien qu'est Firth, qui se glisse dans la peau de ce bègue blessé sans faire dans la caricature. Dans ce film somme toute classique dont l'atout principal, outre la performance du "roi", est le scénario, on croit immédiatement à la relation de confiance et de complicité qui s'engage avec le Dr Lionel Logue comédien laissé pour compte que campe aussi avec aplomb l'Australien Geoffrey Rush.

Le discours du roi ne mérite pas la récompense suprême du meilleur film, mais on voit mal comment Colin Firth pourrait échapper le prix de meilleur acteur le 27 février prochain.

Chercha le noir, tua le blanc

Œuvre à la fois bien écrite et magnifiquement filmée -c'est mon film préféré des 3-, Le cygne noir nous conduit sur des chemins beaucoup plus tordus. Ce long métrage est construit presqu'exclusivement autour du personnage de Nina Sayers, joué par une Nathalie Portman au sommet de sa forme après, paraît-il, une année de cours intensifs de ballet - c'est ce qu'affirmait ce vendredi 7 janvier le chroniqueur de cinéma Marc-André Lussier à l'émission de Christiane Charette.

Nina, étoile montante de la compagnie de ballet au sein de laquelle elle atteint des sommets de perfection technique, souffre du mal inverse de celui du prince Albert. Surprotégée par sa mère, elle-même ex-danseuse, chez qui elle habite toujours, Nina dort aux côtés des toutous et de la boîte à musique de son enfance dans un cocon blanc et rose bonbon. Prise en charge complètement par sa maman, elle compose pourtant mal avec les exigences physiques qu'impose à son corps le métier auquel elle se dévoue sans retenue.

Or, cette perfection physique et technique qu'incarne la danseuse Nina la fragilise dans la course au rôle de reine des cygnes qu'elle tente de décrocher dans Le lac des cygnes, le ballet que s'apprête à monter sa compagnie. L'obstacle: Thomas Leroy, metteur en scène séducteur et manipulateur rendu par un Vincent Cassels qui inquiète réellement dans ce rôle d'artiste ambitieux sacrifiant une à une les danseuses lui permettant de gravir les marches vers la gloire.

Thomas lui offrirait bien le rôle... mais Nina, toute désignée pour "danser" le cygne blanc innocent, candide et pur, peine à incarner le pouvoir de séduction toxique, l'érotisme ensorceleur propres au personnage du cygne noir auquel elle doit aussi faire croire sur scène. Tout le film repose sur le travail insatiable de recherche de cette force "diabolique", dans laquelle Nina doit absolument puiser, au prix de sa santé mentale, menacée qu'elle est par la nouvelle danseuse de la troupe qui, bien que se bourrant d'hamburgers ou arrivant en retard aux répétitions, charme le metteur en scène par sa sensualité exacerbée.

Souffrir pour son art

Succombant inévitablement à l'angoisse que distille le film, je n'en ai pas moins été ébloui par le jeu de Nathalie Portman, comme par le portrait d'un réalisme troublant -qu'a d'ailleurs salué à Christiane Charette l'ex-danseuse étoile des Grands ballets canadiens, Geneviève Guérard- de l'univers de la danse classique:
  • souffrance imposée aux pieds des danseuses par les exigences de pointes et de pas parfaits
  • discipline soutenue tant dans l'entraînement que dans la préparation du corps comme de l'équipement, qui éclipse presque le plaisir de danser
  • rivalités mesquines entre les membres de la troupe pour l'obtention des rôles prestigieux... 
Voir danser Nina est à la fois un ravissement -la musique du Lac des cygnes, solennelle, dramatique et aérienne, est sublime- et un coup au cœur: respiration saccadée, pas quasi inhumains ou complexes... on a tellement mal pour elle!

Au final, on assiste à une représentation aussi inoubliable que riche en rebondissements du ballet maudit, filmée avec une intensité et un soin remarquables. À la fois beau et insupportable...

Rater son entrée dans l'âge adulte

Tenue à distance par sa mère d'une société néfaste pour elle, Nina est-elle victime de son expérimentation trop rapide et trop vive des "maux" dont maman a voulu la préserver?

Car le ballet de Tchaïcovsky, au lieu de la couronner, la propulse plutôt sans ménagement dans l'âge adulte. Cette adolescence explosive ne la laissera sans doute pas intacte.

Famille étouffante

La famille est cette fois le thème central du film Le coup de grâce.

Entraîné à la boxe par son demi-frère Dick, Micky Ward performe à l'ombre de son aîné, la fierté de la petite ville de Lowell. Celui qui a couché sur l'arène le mythique boxeur Sugar Ray se complaît dans l'admiration de toute une ville, elle qui semble fermer les yeux devant sa lente déchéance provoquée par des abus de crack. Soulignons ici la performance éclatante de Christian Bale dans le rôle du boxeur déchu qui, quoiqu'attachant par sa sociabilité et sa détermination, nous fait rager par son insouciance et son incapacité à miser sur sa gloire passée.

Micky, juste mais exaspérant de bonté Mark Walhberg, tolère pourtant les excès de son frère entraîneur à la veille d'un combat déterminant pour sa jeune carrière. Il fait preuve d'autant d'indulgence face à la complaisance de sa mère, sa gérante, qui protège de façon honteuse le délinquant de la famille, jusqu'à compromettre la carrière de son plus jeune.

La rencontre avec sa copine Charlene, ex-athlète au caractère beaucoup plus trempé que le sien, puis un événement tragique convainc Micky de la nécessité de briser les liens familiaux pour se consacrer à sa carrière sous l'égide d'une nouvelle équipe. Mais doit-il, pour enfin briller sans que son frère ne l'éclipse, nécessairement s'exiler et abandonner complètement sa famille? Ou seulement s'affirmer, modifier la teneur des liens fusionnels qui l'unissent à sa tribu? Dans sa nouvelle équipe, ne dépose-t-il pas les armes une nouvelle fois?

Comme Le cygne noir, Le coup de grâce, dans lequel le ballet cède le pas à la boxe, pose la question de la nécessaire et seine affirmation de soi: celle qui permet d'imposer ses choix sans renier qui l'on est et celles et ceux qui, parfois peut-être maladroitement, ont jeté les bases de nos valeurs et façonner notre personnalité.

mardi 28 décembre 2010

Bonnes adresses

Le temps des fêtes est non seulement propice au ski de fond, à la lecture, au cinéma, au visionnement interminable de séries en DVD -c'est sur Musée Eden et Les Tudor que je jette mon dévolu cette année!-, mais aussi à l'exploration de bonnes adresses! En voici quelques-unes...

Un nouveau Victor en basse-ville

Amateurs des burgers sophistiqués de Chez Victor, sachez que le maître es boeuf vient d'ouvrir une nouvelle succursale à proximité de la Gare du Palais. Si celle-ci "n'accotera" jamais ma préférée, celle, chaleureuse et animée, de la rue Saint-Jean, la p'tite dernière possède un atout de taille: ses chaises aux dossiers pastels colorés? Heu... oui, mais surtout sa salle à manger amplement fenestrée offrant une imprenable vue sur la gare du Palais et le quartier alentour.

Attention: cet été, ces fenêtres qui s'ouvriront sur la fontaine conçue par Daudelin, pièce maîtresse du quartier de la gare, seront courues!

Petites douceurs sur Saint-Joseph

Depuis octobre, je parcours abondamment la rue Saint-Joseph, dont les boutiques ultrachics font de plus en plus place à des commerces locaux et abordables. J'écume presque aussi souvent la reine du centre-ville de la capitale que mes amies SI, AG et LG, ce qui n'est pas peu dire...

J'aime
  • l'ambiance créative -et le nouveau 3e étage- de la Brûlerie Saint-Roch, le royaume du portable
  • les smoothies, la crêpe farcie jambon/oeuf/fromage/sirop d'érable, les bénés, les soupers qui s'étirent, les projections multimédia et les sympathiques et affables serveurs du Cercle
  • la qualité du design actuel des vêtements québécois de chez Blank
  • mon chapeau de fausse fourrure et ma chemise lousse de fin de semaine de chez Urban Outfiters, paradis du vintage et du look à la fois doudoune et branchouille
  • la verve du personnel et la cuisine abordable du bistrot français Les Bossus
  • l'Hôtel Pur et sa salle à manger ouverte pour les déjeuners, dans laquelle le regard se perd dans les immenses fenêtres mettant si bien en valeur l'église Saint-Roch
  • les pâtisseries miniatures garnies de pipettes de la pâtisserie Loukoum Cupcake
  • les souliers originaux de La Godasse
  • la succursale basse-villoise de la librairie Pantoute et tous ces commerces qu'il me reste encore à découvrir...
Des verrines sucrées

Un autre secteur en ébullition à Québec? Celui entourant le tout nouvel édifice Jules-Dallaire, de Sainte-Foy, à l'intérieur duquel s'est posé le resto plaisir Paris Grill après son départ de la rue Hochelaga. Bistrot français intéressant, il m'a surtout séduit par ses desserts en verrine. Portion raisonnable, mais toute aussi gourmande des savantes "cochoncetées" souvent obèses. À surveiller en janvier 2011: le spécial tartes flambées pour les budgets des fêtes écorchés.

Seul détail agaçant avec le personnel des restos plaisir: leur attitude de vendeur à la commission. Au Cochon Dingue, comme chez Bryndt, au Lapin Sauté ou du côté du Paris Grill, leur insistance à nous offrir entrée, soupe, digestif, bien qu'enrobée d'humour, est parfois franchement "fatiquante".

Et pour 2011?

De nouvelles adresses à découvrir sur la rue Saint-Jean côté Faubourg:

  • La Brûlerie Saint-Jean, petite soeur de l'ainée de Saint-Roch
  • Le Comptoir, qui marque le retour du smoke meat sur la rue bohême
  • Les sushis du Yuzu qui se pointent en face de l'Intermarché
Je vous souhaite une année 2011 sous le signe du péché... de gourmandise!!

La voix des disparus

Je possède un livre de recettes un peu particulier. Ce livre, jamais publié, est le résultat d'un patient travail de recherche, de saisie et de coordination accompli par mon amie d'enfance MB.

À la suite du décès de sa mère, une cuisinière hors pair et dévouée, MB y a réuni les recettes de cette dernière, les siennes et celles de 2 de ses tantes. Patiemment, elle en a « numérisées » un grand nombre, puis les a imprimées, classées et indexées.

Je me considère privilégié d'avoir reçu une copie de ce livre qui vaut à mes yeux bien plus qu'un recueil de Ricardo ou Di Stasio. Il constitue en quelque sorte une lente antidote à un deuil éprouvant.

Se souvenir d'une voix

Ce samedi 18 décembre, c'est un peu ému que j'ai parcouru ce recueil gourmand au son du dernier disque d'Arcade Fire. Je me souvenais de Françoise, la mère de MB... tout en songeant au premier Noël sans Louis, le père de N. Un Noël finalement rempli de son souvenir, à la fois nostalgique et sous le signe de la solidarité et de la solidité des liens d'une famille que je me prends souvent à admirer.

À la demande de MB, j'ai eu le privilège de rédiger et de lire un hommage à Françoise lors de ses funérailles. Quand j'ai amorcé l'écriture du texte, un premier souvenir s'est imposé de lui-même: sa voix, forte, enthousiaste, qui habitait toute la pièce où elle se trouvait, cette voix dont ont hérité M et F que je côtoie davantage, cette voix aimante et chaleureuse qui portait loin toute l'affectation qu'elle éprouvait pour son conjoint et ses 3 enfants.

J'entends souvent Louis depuis son décès. Cette semaine, je me rappelais ce matin de 25 décembre 2005, dans ma cuisine de la rue Cartier. SB, les enfants et lui avaient dormi chez nous après un mémorable réveillon et tandis que je faisais aller lavette et essuie-vaisselle, il m'accompagnait du refrain de C'est Noël de sa voix juste et puissante.

Car Louis savait chanter. Rarement interprétait-il une chanson du début à la fin, parsemant plutôt les conversations de « Couroucou Paloma » ou de « Rire aux larmes », mais j'ai rapidement compris d'où N tenait ses talents de chanteur et de musicien. Louis avait de l'oreille et du rythme et poussait régulièrement la note au son des 1600 morceaux de sa turlutte, longue partition de sa cavale en Alaska l'été dernier.

« Bonjour, jeune homme! »

J'entends Louis presque chaque fois que nous entrons dans sa résidence de Cap-Rouge.

Je me souviens de ces soupers du dimanche soir alors qu'il venait le premier à notre rencontre. « Suzie, c'est Ti-Nico! », lançait-il à la ronde! Et puis j'entends 
  • ce « Bonjour, jeune homme! », qu'il m'adressait solenellement
  • ses «Suzie, il mange tous nos biscuits!» un peu paniqué quand son Ti-Nico se jetait dans les boîtes de craquelins en attendant le premier service
  • ses « Et puis, comment va l'Assemblée nationale? » ou le Conseil du trésor ou la CSST, selon nos employeurs du moment
  • ses méchantes expressions chaque fois qu'était prononcé le nom d'un certain député de notre noble assemblée...
Et j'entends aussi ses éclats de voix lorsque nous abordions des sujets de conversation plus controversés comme les droits de chasse des autochtones, le développement durable ou la gestion des forêts au Québec.

Je l'entends autant que je le vois. J'entends cette voix assurée comme j'entends encore celle de Françoise caresser son Denis de petits mots d'amour.

Et je me dis, après avoir vécu la mort de si près, dans ses coulisses qu'elle a si tristes, que j'aurais pu être davantage présent pour MB. Lui cuisiner ces plats savoureux que nous ont généreusement concoctés les amis des parents de N dans les jours suivant le départ de Louis. Ou juste écouter, car on a tant besoin de parler pour évoquer le souvenir des disparus, pour qu'il vive encore longtemps... 

Je pense qu'en 2002, la mort avait encore quelque chose d'irréel pour moi, que j'en ressentais mal tout le poids. Aujourd'hui, je perçois davantage le vide irréel qu'elle provoque.

Combattre silence et oubli

Je me souviens de cette mère endeuillée de Rimouski, membre d'un groupe de parents ayant vécu la mort d'un enfant, qui m'avait confié lors d'une entrevue au Progrès Écho que le silence des proches à la suite d'un tel drame pouvait causer davantage de blessures que de soulagement. Et je me souviens aussi de la scène tellement forte de l'avant-dernier épisode de la série télévisée américaine Six Feets Under, ce toast à l'un des personnages disparus tellement émouvant.

Les décès qui nous parlent encore ne feront jamais tinter de joyeuses mélodies. Mais ils sont l'occasion parfois inespérée de réconciliations et souvent de rencontres humaines dans ce qu'elles ont de plus loyales, amicales et complices.

Profitez bien de ce temps des fêtes pour exprimer à vos proches tout l'amour qu'ils vous inspirent, en mots comme en gestes. On ne contrôle hélas! pas ni le moment, ni le lieu de leur ultime départ...

lundi 6 décembre 2010

La consommation du thé

Des plaisirs de la vie qui se laissent déguster sur les rues Saint-Jean la bohême et Saint-Joseph l'urbaine ces temps-ci, le thé est sans doute le plus tendance! La maison de thé Camellia Sinensis, sise notamment sur la Jospeh, anime ce goût du thé qui côtoie chez de plus en plus celui du café. 

Initié au thé autre que Salada par mon beau-frère, ma belle-mère et des amis, N. et moi avions envie de nous payer une théière pour nous y mettre aussi! Petite séance de repérage sur Saint-Jean, pour constater que c'est Camellia qui offre au centre-ville l'éventail le plus complet de théières. Dans un magasin bondé, N. et moi en repérons une pas trop chère et attrapons un vendeur pour qu'il nous l'emballe.

Trop simple.

Le monde du thé est à l'image de celui du vêtement, de la quincaillerie, du vin, de l'huile d'olive... Tellement, tellement de choix, pour tellement, tellement de goûts et tellement, tellement à se procurer pour tellement, tellement apprécier... Les impératifs de la consommation -vous ne pourrez pas l'apprécié à sa juste valeur si vous ne possédez pas ceci ou cela...- ont aussi rattrapé le monde du thé.

Une théière pas chère? C'est bien, mais celle que nous avons choisie convient uniquement aux thés noirs, qui y laisseront au fil des infusions de charmants dépôts. Ceux-ci nuiront aux infusions de thé vert, ou blanc, ou autres. On nous dirige donc vers la théière de fonte, chinoise ou japonaise, pour un maximum de qualité... et à prix plus élevé, évidemment.

 Et puis il y a les gobelets, qu'on ne vend pas avec la théière chez Camellia pour offrir à chacun la possibilité de créer son propre kit exclusif, et ainsi de positionner clairement sa personnalité lors de ses cérémonies du thé! Et puis il y a encore le trivet, sur lequel poser la théière pour éviter les dégoulis de boisson chaude... et l'infuseur, parce qu'on ne fout pas du thé comme ça dans une théière japonaise... et la bouilloire... OK, ça suffit, notre bouilloire de plastique va faire la job!

Toujours est-il que notre initiation au thé s'est révélée plus complexe que prévu... mais le chaud breuvage demeure tout de même bien réconfortant une fois l'équipement entre nos mains!

Envie d'une expérience plus simple? À La maison des 100 thés, sur chemin Sainte-Foy, on se prend beaucoup moins la tête: on vend ensemble théière,  plaque pour la déposer et gobelets pour le déguster. N'empêche qu'il y a un je ne sais quoi chez Camellia, là où un jeune moustachu arborant un chandail des Oilers flirte avec une charmante jeune femme autour d'une tasse de thé. Ce que cette boisson millénaire possède comme propriétés, quand même...

Oh oui: nous avons organisé notre première "cérémonie du thé" hier -une bien grande expression pour dire que nous avons reçu des amis autour d'un thé et de biscottis!-, sans kimono, ni scones, ni costumes de geisha. Malheur à nous!

dimanche 5 décembre 2010

La Dolce Farniente

Intense piqûre du voyage hier soir en visionnant le très beau film Eat Pray Love (Mange prie aime), plus particulièrement son volet Mange! Parfois un peu mielleux, multipliant à certains moments les conseils de vie à la Paulo Coehlo -L'Alchimiste-, EPL est à mon avis bien filmé, exploite à fond une trame musicale bigarrée -de Eddie Vedder à la Flûte enchantée en passant par Bebel Gilberto et Neil Young- et surtout, m'a fait sentir profondément vivant!

Journaliste au tournant de sa vie, qu'elle a, nous semble-t-il, vécu davantage par procuration qu'en toute entièreté, occupée à plaire à un et à l'autre et fuyant dans l'esbrouffe du quotidien sa quête d'elle-même, Liz laisse tout derrière elle pour renouer avec corps et coeur à Rome, en Inde et à Bali. Son périple s'ouvre, comme le titre du film l'indique, sur un volet Mange, alors que le personnage de Julia Roberts s'installe dans la capitale italienne pour s'empiffrer de pâtes, de pizzas, de gelatos et autres douceurs avec des amis qui lui veulent du bien.

Des images magnifiques et authentiques -j'ai bel et bien vu dans la Ville Éternelle ce qu'on nous montre à l'écran- de la terrasse du Château Sainte-Ange, face au Vatican, d'un lever de soleil au-dessus de la Basilique Saint-Pierre-de-Rome, de la splendeur du Colisée, du café San-Eutstachio où paraît-il, on sert le meilleur café de Rome et que nous avons aussi savouré, d'un match de foot suivi en pleine rue à Naples: l'Italie nous interpelle par sa sensualité et son épicurisme! Des scènes de bouffe et de vin en plein air et une reconstitution romaine de la Thanksgiving: la Dolce Farniente, quoi, qui rebrancherait n'importe qui sur son moi -et son foie- profond!

En Inde, le volet "Prie" complexifie l'histoire de Liz, dont on peine à saisir tous les enjeux de la quête, noyés qu'ils sont dans une pénible recherche de Dieu à travers la méditation et les conseils un peu trop écrits d'un condisciple texan que le culte d'une gourou a placé sur sa route. L'Inde chaotique se laisse quand même contempler dans ses marchés d'épices et ses mariages aux saris vifs et colorés, dans ses temples aux offrandes abondantes ou sa pauvreté tellement déstabilisante.

À Bali, place à l'amour avec -pas malchanceuse du tout, la Julia- un Javier Bardem incarnant un Brésilien hypersensible et blessé lui aussi par la vie. On a droit à toutes les grandes vérités sur l'amour, à la peur qu'il faut confronter pour mieux s'engager, mais sous le soleil et la flore de Bali, on se dit qu'on peut bien s'enfiler un cliché ou deux!

Mange, prie, aime, une saine thérapie en cet hiver naissant, à ne pas visionner... le ventre vide!