samedi 18 février 2012

Ces films oscarisables qu'il faut voir (2)

J'évoquais dans mon précédent billet le prétexte que constitue la très médiatisée course aux Oscars pour voir les films en lice cette année qui m'auraient échappé. Surprise : des 9 films en nomination au trophée du meilleur film, je n'en ai vus que 4 : The Help (La couleur des sentiments), Midnight in Paris, The Descendants et The Artist.

Puritaine, l'Académie des arts et des sciences n'a pas osé primer le troublant Shame (La honte), histoire de désespérance étouffée par le sexe qui m'a révélé Michael Fassbender, et le délicat Beginners (Les débutants), dans lequel l'épicurien Christopher Plummer révèle à son fils son homosexualité... à 75 ans! Un bijou.

Des 5 autres nominés, seul Hugo, de Martin Scorsese, disparu des écrans de la capitale, m'intéresse. Puisque Scorsese est pressenti pour remporter l'Oscar du meilleur réalisateur, j'aurai sans doute la chance de le revoir en 3D. Sinon, dans la course au lauréat, mon cœur balance entre le très touchant et hawaïen Les descendants et la comédie romantico-historique parisienne de Woody Allen.

L'Artiste : sympathique, attendrissant, mais...

Car je dois vous faire une confidence: si je conserve un souvenir sympathique et attendri de L'Artiste, qu'illuminent en noir et blanc les expressifs, extravertis et charismatiques Jean Dujardin, Bérénice Bejo et le chien Uggie, l’œuvre de Michel Hazanavicius est loin de m'avoir laissé nostalgique des films muets de l'Âge d'or hollywoodien. Célébrons l'originalité et l'audace du cinéaste, auteur d'un film sans dialogue et sans couleur qui défie tous les codes du cinéma actuel. D'abord admiratif devant la qualité de la direction artistique du film, je n'ai toutefois pas ensuite été complètement captivé par une histoire entièrement dévoilée dans la bande-annonce du film.

L'Artiste, nous le savons, met en scène -de façon un peu longuette et appuyée - le brusque déclin de l'acteur Georges Valentin (Dujardin), qu'orgueil et mépris pour le "parlant" expulsent brutalement des projecteurs des cinémas américains. Parce que Valentin a refusé de "parler" -à l'écran comme dans son couple, d'ailleurs, métaphore amusante-, il s'enfonce dans un anonymat de plus en plus pathétique à mille lieux du glamour des tapis rouges.

Alors que cette chute s'étire un peu, nous nous émouvons quand même de la pureté de la relation unissant Valentin à une pétillante figurante, Peppy Miller, qu'une personnalité frondeuse -et éloquente- catapulte au rang de superstar. Or, la starlette admire sincèrement Valentin et sera la seule -avec son chien et son ex-chauffeur- a veillé sur cet être sans autre talent que celui du jeu, qu''alcoolisme et pauvreté avalent tranquillement.

Du beau, du bon, mais pas nécessairement du mémorable dans ce récit sur la fragilité d'un comédien qui ne joue plus.

La triste beauté du deuil

Au moins 2 cinéastes américains ont fait du deuil le thème central de leur long métrage cette année, avec beaucoup de pudeur, mais sans artifices ou violons inutiles. Dans Les Descendants, le personnage de George Clooney doit tranquillement réécrire la suite de sa vie d'homme et de père, tandis que la mort aspire lentement sa femme plongée dans le coma. Mike Mills propose plutôt dans Beginners (Les Débutants) une histoire de prime abord surprenante à l'intérieur de laquelle s'entremêlent toutes sortes de petites morts, de renaissances et de rédemptions.

Hal (Christopher Plummer, récompensé pour sa magnifique composition par le Golden Globe du meilleur acteur de soutien et en nomination pour le même prix aux Oscars) savait tout jeune qu'il était gai. Mais alors que s'amorçait la dure bataille pour la reconnaissance des droits des homosexuels aux États-Unis, il a choisi de faire sa vie avec une femme. Il a eu d'elle un fils, Oliver (Ewan McGregor) qu'il aime profondément, et à qui il décide d'avouer son orientation sexuelle une fois l'épouse décédée.

Hal a  alors 75 ans... et entreprend une nouvelle vie. Changement de look, de lectures, d'amis, début d'escapades dans les bars et discothèques gais et d'expériences militantes en faveur de l'avancée sociale de sa communauté. Le père ne cache pas à son fils ses amours, ses relations sexuelles, ses incartades... et son bonheur profond, subitement entaché par la maladie qui le confine à la maison, où son fils le veillera jusqu'à la fin... et le pleurera avec son chien Arthur bien longtemps après le jour fatal. C'est alors qu'il vit ce deuil paternel qu'Oliver rencontre Anna, lumineuse Mélanie Laurent, avec qui il peine à dépatouiller les émotions qui le tenaillent: coup de foudre, passion, affection, chagrin, vide... Trop en même temps?

Les débutants n'est pas un film conventionnel, tant par sa réalisation (les plans sont parfois faits d'images plaquées), son montage (on va et on vient dans le temps, passant du souvenir au réel, du lointain passé à l'actuel, sans toujours avoir tous les repères) et son scénario. Celui-ci recèle debelles trouvailles, notamment la première rencontre entre Oliver et Anna (chimie parfaite entre McGregor et Laurent) qui survient lors d'un party costumé, les choses à la fois naturelles, drôles et légères qu'ils se racontent, les interventions tout à fait pragmatiques du chien Arthur...

D'abord un peu rébarbatif, Les débutants méritent l'attention et se révèle de plus en plus touchant en fin de parcours. Une histoire de soins palliatifs et de profonde affection père-fils racontée sans mélo et sans recherche d'effets. À louer absolument.

Bas les masques!

Carnage, de Roman Polanski, fleurte quant à lui avec un tout autre genre.

Rencontre théâtrale entre 2 couples réunis de force par une histoire d'intimidation entre leurs garçons respectifs, il montre comment, dans la résolution de conflits, les intérêts personnels l'emportent sur la bonne volonté, l'empathie et la générosité. D'abord soucieux d'en venir à une solution fondée sur l'entente cordiale, les 4 New-Yorkais de l'histoire, incapable de reconnaître toute responsabilité à leur fiston, dévoilent rapidement leur mauvaise foi, leur attachement viscéral aux choses matérielles, la futilité de certains choix de leurs existences. Le tout, dans une ambiance complètement jouissive... pour le spectateur!

C'est que Penelope et Michael, hôtes de Nancy et Alan qui n'en finissent plus de vouloir partir, ont le malheur d'offrir clafoutis et alcool. Les échanges dégénèrent rapidement, cette décadence explosive permettant à Kate Winslet de s'illustrer dans le rôle d'une femme étouffée par les obligations liées à l'image, à la réussite et à la maternité et que l'alcool conduit à la lucidité et à la complète transparence. Comme l'actrice britannique a dû prendre plaisir à incarner cette femme froide soudain désinhibée, aux côtés d'une Jodie Foster tout aussi solide en artiste frustrée, en militante de gauche crispée.

Joyeux divertissement qui n'apporte rien sur le plan de la forme, mais dont les dialogues ont de quoi poivrer une soirée fade!

samedi 21 janvier 2012

Ces films "oscarisables" qu'il faut voir

Obtenir une nomination aux Oscars ou remporter la très -trop?-médiatisée statuette n'est pas nécessairement un synonyme de qualité pour les œuvres primées. La saison des récompenses cinématographiques américaines constitue cependant pour moi le prétexte idéal pour voir des films de qualité qui m'auraient échappés au cours de l'année et dont le dévoilement des nominés début 2012 me rappelle l'existence.

Parmi ceux-ci,The Descendants (Les descendants), The Help (La couleur des sentiments) et le tout récent Carnage.

Deuil et petits drames du quotidien

Les descendants a pour thème central le deuil. Celui d'un père, Matt King, incarné par George Clonney, dont la femme est plongée dans le coma à la suite d'un grave accident de bateau. Manque de chance, Matt s'apprêtait à avoir avec Elizabeth cette conversation qui aurait pu relancer leur couple. Père absent avalé par son travail, Matt doit s'effacer derrière sa douleur pour prendre soin de ses 2 filles dysfonctionnelles auprès desquelles il n'a jamais été présent et qu'il ne connaît pas.

À ce deuil de sa vie amoureuse et familiale s'ajoute celui des terres vierges dont ses cousins et lui ont hérité sur l'île d'Hawaï qu'ils habitent. On sent Matt profondément attaché à ces terres, habitées de souvenirs et d'aventures, territoires jusque-là inatteignables de son enfance, alors que ses cousins songent déjà au coup d'argent qu'ils feront en les offrant à de riches promoteurs. 

Clooney en symbiose

La traduction franchouillarde exaspérante de la version française ne nous empêche heureusement pas d'apprécier la très nuancée performance d'acteur de Georges Clooney. Clooney est totalement en symbiose avec son personnage de père dépassé par les événements et d'homme dont les raisons de vivre vacillent. On ne peut qu'être empathique devant sa peine et espérer avec ardeur que les jours qui passent lui apporteront un peu de soleil.

Film extrêmement touchant, Les descendants propose aussi une réflexion sur la mort et les rituels qui l'entourent. Les personnages secondaires, les filles de Matt, l'ami de la plus vieille, un ado inconscient dont on découvre toute la profondeur, les parents d'Elizabeth, sont touchés de diverses façons par le coma de cette femme adorée, mais dont le vernis craque doucement. Ces personnages sont consistants et ceux qui leur donnent vie au diapason du jeu de Clooney.

Tourné à Hawaï, le film d'Alexander Payne présente une facette pas toujours pittoresque de l'île, convoitée par de gourmands promoteurs, pour le malheur des populations qui y vivent depuis des siècles. Une musique "folklorique" - je n'aime pas ce mot, car elle est magnifique, vivante et parfaitement intégrée à la production-  baigne toute l'oeuvre, nous apportant un peu de chaleur dans cette histoire tendre et triste, sans drame spectaculaire, collant plutôt au quotidien des endeuillés de toute sorte.

Enfin, un film de femmes...

Des 3 productions, La couleur des sentiments est sans doute la plus commerciale. Parfois un peu mélo -vous savez, quand dialogues, musique et plans de caméra sont "pensés" pour nous faire verser quelques larmes...-, le film n'en possède pas moins de grandes qualités, à commencer par celle d'être un film de femmes.

Au cours des années, plusieurs actrices ont déploré l'absence, dans les scénarios qui leur sont soumis, de rôles exigeants et complexes. Faire valoir de leurs collègues masculins, petite amie sexy, mère bienveillante, les actrices n'ont guère la chance de s'illustrer sous le ciel d'Hollywood... quoique 2011 se distingue à cet effet. Or, La couleur des sentiments a permis à 3 comédiennes de la distribution, sur les 7 personnages féminins principaux, de décrocher une nomination dans une des catégories d'interprétation des Golden Globes. Ces nominations tout à fait méritées.

Humiliation et sacrifice

Adapté du roman Kathryn Stockett, le film de Tate Taylor -Tate qui??- aborde le thème de la lutte pour la reconnaissance des droits des noirs dans l'état ségrégationniste du Mississipi des années 1960. Sa force? Éclairer ce sujet sous un angle original : délaissant les combats de Martin Luther King et l'engagement des frères Kennedy au pouvoir, la caméra de Taylor se pose sur la ville de Jackson, où une majorité de femmes noires gagnent leur vie en élevant les enfants des blanches bourgeoises... dont elles ont pourtant été les nourrices.

Profondément attachés à ces bébés, qui les privent pourtant de temps passé avec leurs propres enfants, ces bonnes n'en subissent pas moins de nombreuses humiliations: pour éviter de propager les maladies, elles doivent se résigner à fréquenter des toilettes qui leur sont réservées. Il faut d'ailleurs voir le visage sur le dégoût des bourgeoises à l'idée de s'asseoir sur une bolle qu'aurait utilisée une noire...

Si ce quotidien de dévouement, de service, de sacrifices ramène invariablement les femmes noires à leur condition de citoyenne de 2e ordre, il leur offre parfois des occasions de vengeance, moments comiques du film. Mais le lendemain ramène son lot de coups bas, perpétrés par ce club d'amateures de bridges qui organisent hypocritement des activités de financement pour la cause des Africains. Facile de se donner bonne conscience...

Fraîchement rentrée de l'université, journaliste et écrivaine en devenir, Skeeter se désole du sort de ces bonnes et leur offre une tribune pour faire avancer leur condition. C'est à cette aventure que s'intéresse La couleur des sentiments, aventure à laquelle participe Aibileen, bonne silencieuse et résignée, sa "collègue Minny, personnage coloré et indigné, Hilly, "leader" des Blanches qu'on se plaît tellement à haïr et Celia, blanche rejetée par ses pairs qui noue une relation de confiance avec Minny.

Une bonne histoire, un angle pertinent, des actrices convaincues... un spectateur qui s'émeut et s'indigne. En cette saison des récompenses, La couleur des sentiments mérite amplement l'attention qui lui est accordée.

lundi 16 janvier 2012

Faire de la politique autrement

Le 2 mai dernier, plusieurs femmes et hommes politiques québécois ayant consacré une partie de leur vie -voir la majeure, pour certains- à représenter leurs concitoyens ont été brutalement éjectés de leur siège de député. Il a suffi d'un homme, d'un désir plutôt flou de changement. D'où une soudaine volonté, chez les collègues ayant assisté avec frayeur à cette grande brassée de couleurs politiques, de faire de la politique autrement.


La saison des idées...

Le Parti québécois se penchera en février sur des propositions allant en ce sens. Déjà échaudé au Québec par le raz-de-marée adéquiste du printemps 2007 et effrayé par, celui, anticipé, des coalisés de François Legault, le parti renoue avec la saison des idées. Révision du mode de scrutin, possibilité pour les citoyens d'initier des référendums initiés, inscription officielle dans les statuts du parti du vote libre des députés à l'Assemblée nationale, bref, d'ambitieuses réformes dont certaines -pensons à celles liées au mode de scrutin - ne se concrétiseront assurément pas.

En fin de semaine dernière, le Parti libéral du Canada profitait quant à lui de son Congrès biennal pour revoir ses structures et ses statuts. Objectif pour plusieurs: faire plus de place aux citoyens dans la transformation extrême que souhaite s'imposer un parti confiné depuis le 2 mai au rôle ingrat de 2e opposition. On songe notamment à l'organisation de primaires à l'américaine dans laquelle de simples quidams qui ne sont pas membres du parti participeraient au choix de son prochain chef en 2013. Ouverture du parti ou ingénieux mécanisme pour susciter l'attention des médias pendant des mois? Peu importe, on fait de la politique autrement.

Renier la volonté des électeurs

Pendant ce temps, on transfuge à qui mieux mieux, et sans trop de scrupules dans le cas de la députée fédérale de Saint-Maurice - Champlain, Lise St-Denis, élue néo-démocrate le 2 mai.

Dressant peut-être sa carte du ciel politique durant le congé des fêtes, Mme St-Denis s'est soudain découvert un ascendant libéral. Sans doute portée par une vague plutôt qu'élue pour ses qualités de leader, Mme St-Denis n'en a pas moins banalisé son rôle de députée en conférence de presse la semaine dernière, avouant candidement que ses électeurs avaient voté pour Jack Layton. Nouvellement veuve, la députée s'est crue autorisée à sauter la clôture pour courtiser un nouveau chef, fut-il plus au centre qu'à gauche.

Les électeurs du comté de la transfuge fédérale ont assurément voté pour Jack Layton d'abord. Ils ont sans doute été un certain nombre aussi à appuyer son parti et ses politiques, similaires dans certains cas aux politiques libérales, mais tout à fait à l'opposé sur d'autres plans, notamment le rôle de l'armée canadienne.

Conclusion : tandis qu'on aspire, du côté du PLC, à faire plus de place aux électeurs au sein du parti, on encourage une députée de la formation à renier le choix de 97 000 d'entre eux. C'est ça faire de la politique autrement?

Séance de patinage d'un ex-futur souverainiste

Du côté québécois, il faut entendre François Rebello patiner depuis lundi -lire  notamment cette entrevue avec Nathalie Collard de La Presse- pour comprendre que ce que souhaite le député de La Prairie, c'est remporter ses prochaines élections auprès d'un homme politique qu'il admire et respecte, peut-être avant tout pour sa personne que pour ses idées. La gang et les sondages avant les convictions souverainistes? Peut-être...

S'il est élu sous les couleurs d'une coalition elle-même victorieuse au Québec, Rebello peut assurément prétendre à un poste de ministre. Ce même ministre qui, à l'automne 2011, aura assuré sa chef de sa confiance et de son soutien avant de la lâcher quelques semaines plus tard, proclamant sur toutes les tribunes sa foi en la souveraineté avant de joindre les rangs d'un parti qui la range dans le placard pendant au moins 10 ans.

C'est ça, faire de la politique autrement? À qui les électeurs pourront-ils désormais faire confiance?


La volonté des électeurs

Je ne peux m'empêcher de voir d'un bon œil le projet de loi soumis par les néo-démocrates qui obligent les députés qui changent d'allégeance à obtenir l'accord de leurs électeurs lors d'une élection partielle.

Qu'un député démissionne en cours de mandat  pour des questions de principe pour siéger comme indépendant? Aucun problème. C'est presque courageux de sa part quand on sait qu'il perdra alors tout le soutien financier, logistique et en matière de recherche que lui procurait son groupe parlementaire. Il se condamne au silence et à la réclusion. Mais qu'un projet de loi interdise de renier la volonté de ses électeurs en se ralliant à une nouvelle formation politique, l'idée m'enchante de plus en plus.


Les députés, responsables du cynisme ambiant?

Mes 10 années passées à l'Assemblée nationale m'ont permis d'apprécier le travail des députés et m'ont inspiré beaucoup d'admiration pour ces femmes et ces hommes qui ne comptent pas leurs heures pour porter les attentes et les projets de celles et ceux qu'ils représentent. Mais je ne peux m'empêcher d'approuver l'éditorialiste André Pratte quand il écrit dans La Presse du 14 janvier 2011 que les politiciens sont les premiers responsables du cynisme qu'ils suscitent, notamment en jouant les vire-capots.

Un sondage mené par La Presse dans le cadre d'un dossier sur les enquêtes consacrées aux "bavures policières" révélait hier que 11% des Québécois font confiance aux politiciens. Je serais curieux d'entendre Mme St-Denis et M. Rebello sur cette piètre cote d'amour de nos politiques...

On croyait voir Barak Obama faire de la politique autrement. Nos attentes étaient vastes comme son pays et nous avons été déçus. L'heure est peut-être venue de miser sur de petits gestes pour rétablir la confiance en nos politiciens.

Nous sommes aussi sans doute "dus", comme citoyens, pour une réflexion sur ce que nous attendons de nos élus : comme leur permettre par exemple d'avoir droit à l'erreur.

dimanche 8 janvier 2012

Ne plus s'appartenir

Premier film de 2012, premier coup de cœur : Shame (La honte), de Steve McQueen, porté par l'extraordinaire comédien Michael Fassbender, m'a captivé et touché, moi que les films "intérieurs" laissent d'ordinaire indifférent. En marge des autres films d'auteur plus grand public que les analystes de la scène du cinéma voient déjà concourir dans les prestigieuses catégories des Oscars - Les descendants avec George Clooney, L'Artiste, Cheval de guerre de Spielberg-, La honte mérite assurément une nomination pour son comédien principal -et seul personnage de premier plan du film-, véritable cercle chromatique de l'émotion.

Un film "pas facile"

Pas facile de promouvoir un film dont le sujet principal, la dépendance au sexe sous toutes ses formes, provoque davantage de malaise et de dégoût que d'empathie. Le défi se corse quand le film en question comporte peu de dialogues, de décors, de personnages. Voilà pourtant en quoi réside selon moi la principale force de l’œuvre : rendre extrêmement attachant un personnage réfugié dans le silence et l'absence, dont le vice -ou la faiblesse, selon le point de vue- noyaute toute sa personnalité.

Fassbender incarne Brandon, trentenaire qui semble exceller sur le plan professionnel, mais dont la vie privée pue le vide, la solitude, la souffrance, la fuite. Ce New-Yorkais abandonné dans la ville du succès se soigne sans pudeur à coup de branlettes dans les toilettes du bureau, de consommation effrénée d'escortes, de séances de "chat" sur des sites pornos ou d'accumulation de matériel illicite sur le disque dur de son ordinateur au bureau.

La honte de ne plus s'appartenir

Respecté par ses pairs qui croient à un virus lorsqu'on découvre toutes les insanités dont il a gavé son ordinateur, Brandon ne s'appartient plus. Animé, dépassé par une rage qui le déshumanise, il est possédé par une fébrilité sexuelle qui ne fait qu'attiser cette fureur sans l'éteindre.

Telle est la honte qui anime le personnage au moment où sa soeur qu'il aurait préféré évité de croiser revient dans sa vie: un abandon total à la satisfaction d'instincts purement animals, qui lui sert à étouffer son incapacité à entrer en relation sérieuse -entendre ici amoureuse- avec des femmes. A moins que ce ne soit le seul moyen qu'il ait trouvé pour "socialiser".

Quasi déshumanisé, Brandon évolue en plus dans un univers aux limites du glacial : la froideur d'un Manhattan dépouillé de toute chaleur, un bureau et un appartement complètement blanc et beige, des trajets de métro qui s'étirent et... le vide, le vide, le vide, plat horizon dans lequel sa soeur et une collègue parviennent à lui administrer quelques électrochocs.


Loin des histoires classiques de rédemption

La honte ne vous plaira pas si vous appréciez les histoires linéaires de type mise en contexte -> élément déclencheur -> dénouement. McQueen propose plutôt une incursion ponctuée de soubresauts dans la vie de Brandon plutôt qu'une histoire plus classique de rédemption qui accompagne le spectateur de l'obscurité vers la lumière. Le film saisit son personnage au moment il où pourrait s'abandonner à une certaine tendresse amoureuse, lui qui est plutôt abonné à la performance sexuelle et à la satisfaction quasi bestiale.

Les scènes qui entourent cette séduisante et douloureuse rencontre - comme la plupart des scènes du film- sont écrites et tournées de façon particulièrement réalistes. J'ai beaucoup apprécié la première sortie au restaurant, alors que les 2 personnages un peu maladroits sont constamment interrompus par un serveur qui déclame le menu du jour, impose plus qu'il ne propose un vin, dérange les personnages à chaque moment crucial de leur conversation, eux qui peinent à s'élancer sur la voie d'une relation. C'en est presque drôle! Et puis la conversation fait place aux aspirations, aux rêves, et on est touché.

La honte, film hors norme aussi parce que plusieurs questions ne suscitent pas les réponses espérées, à commencer par la cause de cette dépendance, voie d'échappement plutôt que problème en soi. Un contexte familial pénible? Cette absence de réponse claire ne m'a pas frustré: le film avance dans l'exposition du vécu plutôt que dans l'introspection.

Du grand jeu

Cette tranche de vie chatouille un temps l'espoir, bascule aussi dans le tragique. Récit d'extrêmes qui privilégie le non-dit, mais que le visage, le corps de Michael Fassbender, complètement à nu dans ce film -au propre comme au figuré- rendent éloquent.

Moi que les non-dit bouleversent rarement, j'ai vu dans les yeux, les expressions de ce comédien se succéder et s'entremêler de multiples nuances : désir, désarroi, joie timide, angoisse, honte, mépris, colère, horreur, désespoir, et ce, de brillante façon. Du grand jeu. Tout cet entrelac d'émotions beaucoup plus complexes que les mots qui servent à les énumérer baigne en plus dans une musique magnifique, dont quelques pièces de Bach interprétées par le pianiste Glen Gould. C'est très beau.

Le puritanisme des élites américaines balaiera-t-il La honte des écrans culturels populaires? Dommage si c'est le cas, car ce film surgit sur nos écrans alors que nous n'avons jamais autant consommé de sexe, à toute heure, sur toutes les plateformes, sur le papier glacé des magazines d'épicerie grand public, dans la chambre des amours d'Occupation double ou dans les vidéoclips des stars du dance et du hip hop, qui participent à une douteuse construction de la perception du corps, du rôle de la sexualité et de la place de l'intimité dans les relations humaines.

Quant à Michael Fassbender, j'ai extrêmement hâte de le revoir dans le rôle du psychiatre Carl Jung, confronté à Sigmund Freud dans Une méthode dangeureuse, prochain film de David Cronenberg, qu'on attend sur nos écrans au Québec le vendredi 13 janvier. À noter: La honte est présenté en version anglaise sous-titrée en français au cinéma Le Clap.

samedi 15 octobre 2011

Souvenirs de la Baie-James

La route vers le village cri de Chisasibi et mon séjour de 2 jours à la Baie-James du 6 au 11 octobre derniers m'ont inspiré... cette autofiction? ces réflexions? impressions? ces mots en fait que je voulais partager avec vous. Je me suis imaginé dans la peau de ces gens qui s'exilent en ce coin de pays pour travailler ou se construire une nouvelle vie. Sans avoir envie de tenter l'aventure, j'ai beaucoup réfléchi à ce qui les motive à tout laisser derrière, ou presque.

***

La nature m'a fait fort.

Chaviré par le vent, bousculé par le sable, noyé dans l'horizon, je supporte le poids de ma fuite pour me tenir droit comme ces épinettes rongées par le feu qui se gorgent de soleil sous les braises des mélèzes translucides.

Je contemple avec fierté et respect les barrages de pierres, cerbères rigides et effrontés embrassant la mer qu'ils contiennent sans efforts, parfaitement immobiles et sages. Je songe au génie humain qui a érigé cette muraille sans faille et pense que le même homme qui a parqué les Cris dans des villages et a substitué la télévision à leurs traditions est aussi souffle de grandeur et tombeur de roc. Guerrier samouraï au nord du nord.

Je soigne le désarroi et la solitude, le cœur autant que le corps, là où fracture, foulure et entorse se confondent avec les plaies de l'histoire et le choc du diesel et de l'iPhone. Je serai baume débordé, infusion, tendresse, pour les leurs comme pour les miens. Je serai rose et martini, coulant sous tes yeux, vert parfois à ta table, inventif et rêveur, distrait par l'immensité dissimulant parfois le vide, te couvant soudain de toute mon empathie, découvrant plus tard d’un blizzard de pluie ou de neige le spectacle dont je rêve, les flammes ahurissantes des aurores boréales et des tranchées d'étoiles que d'invincibles courants jets dirigent vers la mer mère.

Car il y a elle, où que j'aille. Et il y a toi.

De moins en moins flou, de moins en moins obtus, de plus en plus saule et chocolat, de plus en plus sourires sur mes embâcles, puis soudain glaces qui craquent et s’écartèlent et martèlent en moi le tambour pesant de l'irréversible : inatteignable? Il y a le lichen et le buisson, il y a les courbes et les méandres.

Et il y a toi et toi. Pylône et loup.

Il y a toi dans la chapelle usée et défraichie mais quand même tournée vers dieu ou sa mère, il y a toi dans les vifs et les pastels des bancs de fleurs et des visages de marbre du cimetière mexicain, il y a de ton air de fête dans ce trio de chiens joueurs qui me frôlent affectueusement, il y a de tes quêtes dans ce labrador enfant qui réclame mes mains et de ta force perdue dans cet autre chien boiteux qu'on domine sans vergogne. Il y a mon collier autour de tes pensées et des leurs.

Je suis capteur de rêves à peine énoncés. Je suis ronces et encens, griffes épicées et charnelles, caresse vaporeuse, rage d'assiégé derrière un sourire de crème. Nous sommes guitare et harmonica, mélèzes cendrés et sapins rapiécés, nous sommes survivants du feu qui a nettoyé nos vies comme une pierre ponce. Cailloux échappés dans La Grande, cierges d'aiguilles, quelques lettres un peu plus alignées dans un délire de messages textes.

Tu es la tente dans laquelle j'apprends à chasser et pêcher et frapper et boire les enseignements du ciel.

Je suis don de moi dans un cratère du monde. Je suis un air de folk en terrain de rock. J'ai des yeux de perles et mon corps est une écorce couverte d’images encore mal esquissées. Mon chemin est de larmes et d'asphalte, de mousse et de ruisseaux, de courbes et de mausolées, de kayaks et de dorés. Je suis pêcheur de sel et de houblon et tu es derrière la chaloupe.

Là-bas.

Où l'aube terreuse et froide me tient chaud et où le ciel qui fusionne avec la mer me berce de ses dérives mauves et orangers. Je suis l'Irlande et l'Orient, je suis perchaude et ciment. Je suis une âme d'automne au pays du langoureux désarroi.

Il y a moi, toi, et il y a eux. Vous.

Il y a dans vos yeux des trainées d'exploits, des récits de souffrances et de détresses, mais aussi de comètes faites déesses et d'hommes dieux. Il y a des chasses haletantes et des pêches harassantes derrière l'impassibilité de vos regards, mais aussi la fierté de la survivance aux hivers arides. On y voit sombre, mais loin, loin dans le temps, loin au temps des flammes ensorcelées de légendes, de besaces débordantes d’anecdotes sur les pins et les bosquets, lutins frivoles quittant vos lèvres comme autant de défis lancés à l’intemporel et à l’immortel. Il y a eux piqués, plantés, ensachés, démontés dans cette nature maternante, englobante, vertigineuse. Il y a eux qui réclament mes soins et dont je me nourris. Ils portent ce je ne sais quoi, je cherche ce je ne sais trop : nous sommes là, ensemble.

Mais parfois je pars et je reprends la route.

Aujourd’hui, sur la route de la Baie-James, l'automne est une main d'enfant trempée dans des pots de gouache qui s'étourdit sur une feuille de papier. La route est un long ruban d’asphalte qui appelle l'évasion, les proches que l'on retrouve au sud, la chance de s'approvisionner avec gourmandise et raffinement pour impressionner les amis temporairement délaissés autour des fourneaux. Je sais que la route ainsi délassée sera réconfort au retour, fragment d’horloges de bitume sur lequel déployer doutes et douleurs, dilemmes et espoirs.

Au loin, un avion atterrit je ne sais où. Comme moi. Et dans le filet troué de mes pensées la même question à deux revers. Tantôt « Qu’est-ce que je fuis »?, tantôt « Pourquoi suis-je si bien ici? ».

samedi 17 septembre 2011

Facture consistante pour assiette à moitié pleine

Jean-Luc Boulay, chef du Saint-Amour
J'ai tenté de déterminer au cours des dernières semaines la teneur du sujet qui me ferait renouer avec ce blogue, laissé en friche depuis le 3 avril... Ce matin, j'ai le goût d'y revenir et j'hésite : resto ou cinoche? Je choisis la bouffe!

Gastronomie et bistro : le nouveau couple princier

Le chef et co-propriétaire du restaurant gastronomique Le Saint-Amour, de Québec, inspire ce billet. En entrevue le 17 septembre avec Catherine Lachaussée à l'émission Samedi de prendre le temps, Jean-Luc Boulay a notamment évoqué la tendance des bistros gastronomiques, thème au coeur du défi, justement, de la finale de l'émission Les chefs à laquelle M. Boulay prenait part comme juge. Le plus costaud des 3, c'est ça!

Devinez quoi? On apprend dans cette captivante entrevue que le spécialiste du foie gras planifie justement l'ouverture d'un tel bistro chic dans le Vieux-Québec le 3 janvier 2012. Il imitera ainsi son collègue des Chefs, Normand Laprise, qui sustente déjà avec sa Brasserie t! les amateurs du genre de passage dans le quartier montréalais des spectacles, en plus de combler les gastronomes puristes -et en moyen!- au Restaurant Toqué!.

Le Bistro B
À Québec, l'ex-chef du Panache, François Blais, vient d'ouvrir son bistrot gastronomique sur la rue Cartier, le Bistro B. Le menu y change à tous les jours paraît-il... Les propriétaires du Toast!, l'une des tables les plus réputées de la capitale, ont quand à eux investi dans le Simple Snack Sympathique, qui, sans nécessairement se définir comme un bistrot, propose sur la rue Saint-Paul des plats recherchés et soigneusement travaillés à prix moindre que chez le grand frère: "crab cake", tartares, pièces de viande, pétoncles.

Les restos: plaisir coupable... et assumé

Je ne suis pas un spécialiste de la restauration.

Je me suis par contre découvert au cours des dernières années une passion pour les restos. J'aime les essayer, les évaluer, les critiquer. J'ai mes préférés, mais j'y retourne rarement... quoique Je salive plutôt à l'idée d'en essayer de nouveaux.

Ce n'est pas que je sois un goûteur émérite. Je dirais que, de mes 5 sens, le cancre, c'est le goût. Celui que je gagnerais à développer.

En salle à manger, je me plais par contre énormément à décortiquer le décor, les accessoires, l'ambiance, la musique, le service, la présentation des assiettes, l'originalité du menu, le goût général et à chercher ce je ne sais quoi de plus dans l'assiette bacon-oeufs miroirs-toasts beurrés par exemple.

J'aime...

  • l'éclairage orangé qui baigne d'une lumière chaleureuse le bar du Hobbit
  • les accessoires d'école de rang et les photos jaunies du Bonnet d'âne
  • les cigarettes Popeye et les bédés d'Astérix à l'entrée de Chez Victor
  • les salières-poivrières sophistiquées en forme de bloc du resto de l'Hôtel Pure
  • la mosaïque sur les tables du Sacrilège
  • le look chalet d'après-ski de luxe du Panache
  • les projections multimédia du Cercle
  • l'ambiance de café européen de Chez Bügel. 


Mais je me régale aussi bien sûr du burger Méditerranéen de Chez Victor, des plats de poisson nappés de légumes multicolores du Hobbit, de la baguette Victor Hugo du Bonnet d'âne, de la salade niçoise du Temps perdu ou de l'Entrecôte Saint-Jean, de la pizza au saumon fumé du Grand Café.

(Vous me pardonnerez ma paresse: je n'ai pas eu le courage de chercher les hyperliens de toutes ces adresses...)

Le moitié plein qui coûte cher

Le Cercle
S'il y a quelque chose que je n'apprécie pas des restos, par contre, c'est de payer cher pour un nom, un design, un personnel un peu plus sophistiqué et pour... des assiettes à moitié pleine.

Un jeudi soir au Cercle, je suis affamé, il est 20h30, j'opte pour le poisson du jour que nous a vendu avec des mots gourmands l'excellente serveuse. Résultat? Une assiette un peu fade, résolument blanche et surtout, un petit tas de poisson.

Au SSS, une semaine plus tard: un ami commande des pâtes et doit se contenter de 2 ou 3 linguinis -je caricature...- , nos entrées sont minuscules, le dessert devient indispensable pour éteindre les supplications de notre estomac, nous qui nous sommes pourtant gavés de pain dès le début du repas. Et je ne parle pas du vin dont les coûts dépassent évidemment largement ceux des mêmes bouteilles vendues à la SAQ. Je suis à moitié satisfait et franchement en rogne par le coût élevé de ma facture pour un repas qui n'en était même pas un de fête particulière, sinon de célébrer le plaisir constant que j'ai à côtoyer mes amis.

J'ai vécu la même chose au Il Theatro du Capitole en juin, lors d'un souper tardif, là où on dîne pourtant à un prix extrêmement raisonnable: les pâtes, la viande, les desserts, tout y est savoureux, mais le soir, on passe les portions dans le tordeur!


Le bistro : un choix d'affaires

La Brasserie t!
J'ai compris en écoutant Jean-Luc Boulay que le bistrot gastronomique n'est pas qu'une tendance inventée par un chef ou un critique en quête d'une expression à la mode. Les restaurants gastronomiques ne sont pas rentables, affirme le co-propriétaire du Saint-Amour. Les ingrédients de plus en plus raffinés qui servent de matières premières aux artistes de la cuisine, la vaisselle, les nappes, ça coûte cher. Les bistros gastronomiques seraient plus payants. Moi, je commence à songer à les éviter...

On mange très bien au Cercle et au SSS. Ce ne sont pas toutes les assiettes qui sont faméliques. Je ne réclame pas de me rouler par terre en sortant d'un resto, loin de là: la trentaine ne me permet plus d'ingérer jusqu'à plus soif du gras, du beurre et du sucre! Mais je ne veux plus avoir faim en quittant une "bonne table". "L'expérience" de déguster un verre de vin blanc au son d'une musique lounge sous un luminaire aux formes aussi étranges que fascinantes ne me rassasie pas totalement... même si une diététiste me dirait sans doute que je devrais songer à m'en contenter!

Pendant que mon crab cake ne fait même pas le poids d'un cup cake, des restos comme le Bonnêt d'âne et le Hobbit -bon, il commence à nous tomber sur les nerfs, ce blogueur, avec ces restos de quartier- offrent des plats diversifiés, pour tous les repas, pour toutes les bourses et toutes les envies -encas à la carte ou table d'hôte élaborée- à des prix justes. On s'y sent comme chez soi, dans un décor chaleureux, entourés d'oeuvres d'art d'artistes du coin ou de ces ardoises et minuscules vélos aux airs d'école des Filles de Caleb, et c'est tout ce qui compte.

Le SSS
La tendance des bistrots gastronomiques nous vient d'ailleurs. Je l'ai expérimentée au Fatty Crab, à New-York cet été, notamment. Autrefois critiquée par sa cuisine fade, Londres en jette aujourd'hui aux gourmands grâce à ses "gastros pubs".

Des bistros de qualité, j'en suis. Mais s'il-vous-plaît, les chefs, ne négligez pas ce concept qui me semble incontournable en affaires: le rapport qualité-prix.

Au son de...

Ce billet a été écrit grâce à l'Internet sans fil d'Orléans Express et au son de Misteur Valaire, un groupe que j'ai découvert cet été à Expo Québec. Je préfère leur plus récent album et ses cuivres ensoleillés. En spectacle, ça bardasse et ça déménage, dans un chaos soigneusement mis en scène.

dimanche 3 avril 2011

Le printemps

Péchés potentiels chez Tutto Gelato
On se souviendra -ou peut-être pas dans le fond!- qu'en 2011, le printemps s'est défait de son jupon de neige et de son foulard de laine ce dimanche 3 avril. Comme bien des concitoyens, je me suis inoculé une dose explosive de sève d'érable et de bourgeons en cette journée luminothérapeutique, vaccin bien moins douloureux que celui contre le tétanos que m'a "imposé" la clinique santé-voyage. 

Vaccin de printemps qui ouvre grand les sens, savant dosage de chaude caresse ensoleillée et d'état mental sensualisant tout ce qui se trame autour de soi! Comme un potier son vase d'argile, l'univers tout entier complote pour façonner un nouvel été, sur fond de campagne électorale et de printemps arabe. Cynisme et espoir!

Prendre le pouls du printemps

Rien de mieux qu'un centre-ville -et celui de Québec est à portée de pas- pour prendre le pouls du printemps en début de saison. La terrasse du Café Krieghoff bondée d'affamés et d'allongés, la rue Saint-Jean couverte de passants les yeux fermés résolument tournés vers le soleil, dans le Faubourg comme dans le Vieux, les premiers cornets réguliers baccio-lampone chez Tutto Gelato dont on se délecte jusque sur le bord de la rue de la Porte et les promeneurs qui soudain ralentissent le pas plutôt que de l'accélérer la tuque vissée sur la tête. 

Et dans l'air, comme un goût de lunettes fumées, d'acheter des accessoires inutiles mais "à'mode" chez Simon's, de prendre une bière Labatt dans un verre-éprouvette géant sur Grande Allée pour se faire voir ou une savoureuse bière de micro-brasserie dorée par le jour sur la sympathique terrasse du Sacrilège.

Soudain -ou peut être encore plus intensément- le goût de chanter, d'écouter des vieux succès kétaines de la liste plaisirs coupables de mon iPod, genre Please don't stop the music de Rihanna, de feuilleter des livres chez Pantoute, de "téter" un suçon au sucre d'érable vendu trop cher sur place d'Youville. 

Le claquement des skates sur la place dépouillée de sa patinoire, la beauté qui s'invite partout même dans le stationnement qui borde le port d'attache du traversier à Lévis, un frisson d'émotions en écoutant Thomas Hellman et Evelyne de la Chenelière réciter de leur voix magnifique des fragments de La concordance des temps, le premier roman de l'auteure de théâtre qui défait les genres et parle de rencontre... Comme au printemps!

Une saison de premières rencontres

Rencontre avec les premiers vélos, ceux des maniaques du guidon, qui s'imposent sur le sol sablonneux sitôt sortis de leur mise au point annuel! Le goût de sortir le mien et soudain l'idée de lui faire enfin une place de choix cette année dans la maison plutôt qu'au beau milieu de mon entrée. 

Je songe aux vacances d'été, je visse mes yeux sur le fleuve déglacé couvert de son coupe-vent émeraude, le soleil ragaillardi découpe au compas les montagnes de Charlevoix aux dos rondis par le froid et Lévis éblouit depuis la mer qui m'y pose. 

Dans ce vieux Lévis que j'aime tant, je marche vers mon propre printemps, nouvelle vie dans notre petite famille, celle d'une coquine pressée qui a décidé de goûter elle aussi à cette saison de sucre et de chocolat! De sa fenêtre de l'Hôtel-Dieu d'où on aperçoit si joliment les bateaux qui parcourent le Saint-Laurent, elle se dit sans doute qu'elle ne saurait plus longtemps se priver de cette chaleur... et d'un cornet régulier 2 saveurs de chez Tutto ou Érico!

samedi 26 février 2011

Le réseau social, un film politique?

Quelle oeuvre, des 10 en lice pour l'Oscar du meilleur film, remportera la récompense cinématographique la plus médiatisée de la planète?

Mon choix ne se porterait certainement pas sur le fade The Social Network - Le réseau social-, de David Fincher, récit intéressant mais sans plus de la controversée naissance du réseau social Facebook. Mes préférences? Le complexe et enivrant Inception -Origine- ou l'angoissant et lumineux Black Swan - Le cygne noir- qui semble déranger plus que séduire l'Académie.

C'est bon, mais...

Êtes-vous de ceux qui, comme moi et quelques amis qui m'entourent, n'avez pu vous empêcher de songer, après avoir vu Le réseau social : c'est bon mais... à ce point-là??

Dans le film de Fincher, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est dépeint comme un "geek" franchement désagréable et sans émotion. On ne s'attache nullement à ce personnage qu'on peut deviner bien campé, mais sans que la performance du comédien Jesse Eisenberg n'émeuve ou ne touche. Une histoire... intéressante, je ne trouve pas d'autre qualificatif, pas nécessairement passionnante. Une réalisation étonnante, hallucinante, hors normes? Non. Et une direction artistique... qu'on ne remarque pas.

On n'oscarise pas toujours des chefs-d'oeuvre...

Au fil des ans, la lice des candidats aux Oscars n'a jamais été uniquement constituée de chefs-d'oeuvre. Récompenses parmi les plus convoitées du monde du 7e art, elles attisent la cupidité des producteurs des grands studios et ne couronnent pas toujours les talents les plus accomplis ou les oeuvre les plus éclatées.

Je me souviens de la controverse qui avait entouré l'attribution du 71e Oscar du meilleur film en 1999 à Shakespeare in Love, film sympathique, mais somme toute assez conventionnel de John Madden. L'oeuvre s'était permise de vaincre, dans la course, les poids lourds Elizabeth, La vie est belle, La mince ligne rouge et Il faut sauver le soldat Ryan. Si ce n'est pas du vol, ça!!

Quant à Gwyneth Paltrow, la comédienne principale de cette comédie romantique historique en costumes, elle avait mérité l'Oscar de la meilleure actrice pour une performance qui était loin d'éclipser celle de Cate Blanchet, l'imposante "reine vierge" d'Elizabeth.

Financer un trophée

La clé de la victoire de ce récit romancé de la création de la pièce Roméo et Juliette? L'argent de Miramax, une filiale de Disney, le studio à l'origine du film, avait-on soupçonné à l'époque. Les propriétaires de cette écurie du cinéma semi-indépendant, les frères Robert et Harvey Weinstein, sont parvenus à positionner plusieurs de leurs poulains dans la course aux statuettes américaines au fil des années. À coup de cocktails et de cadeaux soigneusement offerts?

L'argent, motif à l'origine de l'engouement derrière Le réseau social, son Golden Globe du meilleur film dramatique et son César, obtenu hier soir, du meilleur film étranger en France? Peut-être. Et s'il s'agissait plutôt d'un film politique?

Zuckerberg, le plagieur qu'on craint

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est un "geek" ultra-talentueux et le plus jeune milliardaire au monde en ce moment. Il a fondé un réseau dont les 500 millions de membres, s'ils étaient de nationalité facebookienne, habiteraient le 3e état de la planète en termes de population après la Chine et l'Inde.

Mark Zuckerberg a beaucoup de pouvoir : son réseau, fondé sur l'interaction, prend de plus en plus la forme d'un moteur de recherche social puisque les membres y échangent des liens vers du contenu Web. Facebook dérange sans doute Google, LE moteur de recherche par excellence du moment. C'est un outil de communication devenu incontournable sur lequel les publicitaires ne crachent plus et un stimulant pour le militantisme politique que sont loin d'ignorer les formations politiques et leurs conseillers.

Mark Zuckerberg fait-il des jaloux? Inquiète-t-il par sa puissance virtuelle quasi sans évoque, lui qui est parvenu à éclipser le réseau social My Space et qui s'est hissé dans sa jeune vingtaine au niveau des plus grands des technologies de l'information?

Le réseau social décrit Zuckerberg comme un être profondément antipathique. Pour connaître son heure de gloire, il n'hésite pas à dérober l'idée de la mise en ligne d'un réseau social à des collègues d'Harvard séduits par ses talents de programmeur. Il conçoit "The Facebook" dans leur dos, financé par un ami qu'il n'hésite pas à larguer quelques mois plus tard, et le met en ligne sans même les prévenir. Zuckerberg collabore ensuite avec un "pirate" du Web, le fondateur de Napster, site illégal de téléchargement de musique aujourd'hui fermé. Facebook naît du plagiat et avec l'aide d'un bum.

Raconté ainsi, l'histoire de Zuckerberg questionne sur le sens de l'éthique du personnage, dont plusieurs dénoncent la "loussitude" en matière de protection de la vie privée. Cette volonté du fondateur de Facebook à s'approprier les données mises en ligne par ceux qui le font vivre a d'ailleurs donné naissance au réseau social Diaspora, beaucoup plus soucieux de la protection des renseignements personnels de ces utilisateurs.

Le réseau social, une dénonciation de Zuckerberg, le tout-puissant, qu'encensent les cardinaux de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences?

Zuckerberg, le héros blessé

Examinons la question sous un autre angle.

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est un "geek" ultra-talentueux et le plus jeune milliardaire au monde en ce moment. Il a fondé un réseau dont les 500 millions de membres, s'ils étaient de nationalité facebookienne, habiteraient le 3e état de la planète en termes de population après la Chine et l'Inde.

Mark Zuckerberg est aussi Américain: nommé personnalité de l'année 2010 par le magazine Times -au grand dam de lecteurs et d'observateurs qui lui auraient préféré le fondateur de WikiLeaks Julian Assanges-, il fait sans doute la fierté de concitoyens nationalistes pour qui il incarne la concrétisation du fameux rêve américain. Sans être parti de rien, Mark Zuckerberg est décrit, dans Le réseau social, comme un étudiant d'Harvard, certes, mais qui n'est pas le plus couru et que ne se dépêchent pas d'approcher les membres de mystérieux clubs privés auxquels son ami Eduardo rêve d'appartenir. Partout dans le monde, on se branche sur Facebook, une création d'un génie de Harvard, l'une des plus prestigieuses universités de la patrie d'Obama.

Certes, Le réseau social décrit Zuckerberg comme un plagieur. Mais un plagieur qui viole le droit d'auteur par amour! Pour impressionner cette fille qui n'a rien voulu savoir de lui, honteux rejet mis en scène au tout début du film. Ce désir d'impressionner guide Zuckerberg dans toutes ses actions, nous raconte-t-on, et va jusqu'à le rendre quasi-touchant aux yeux d'une des avocats chargés de sa défense dans les poursuites qui l'opposent à ceux qui lui ont fait confiance. Zuckerberg, le génie blessé?

Et si les Américains encensaient Le réseau social pour rendre hommage à cet "un des nôtres"?

Peut-être, après tout, n'apprécient-ils le film de David Fincher que pour la bonne histoire qu'ils racontent... Mais bon, devant un film plutôt conventionnel, on ne s'empêcher de chercher ce qui plaît tant à celles et ceux qui ont dû, me semble-t-il, craquer pour tellement de meilleurs films cette année. Le pouvoir de l'argent ou... la dénonciation du pouvoir?

Incendies va-t-il gagner?

Dans un article publié ce samedi 26 février dans La Presse, le réalisateur Denis Villeneuve spécule sur ses chances de remporter l'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour Incendies. Il salue au passage les efforts de son producteur, Sony Pictures, qui veille à ce que tous les membres de l'Académie aient vu son film... plutôt que d'utiliser pour les convaincre cocktails ou autres mondanités! L'approche Miramax, peut-être?

J'ai lu ou entendu quelque part que Sony aurait plutôt misé sur une autre de ses productions en lice pour le même Oscar, In a Better World, film danois de Susanne Bier, lauréat du Golden Globe du meilleur film étranger. Quoiqu'il en soit, en devenant le 3e réalisateur canadien en lice pour la récompense dans l'histoire des Oscars, Denis Villeneuve est déjà un gagnant comblé.

Mais bon... on aimerait quand même le voir monter sur scène dimanche soir et comptez sur moi pour crier si ça se produit!

samedi 8 janvier 2011

Famille, je te hais...

Ne vous inquiétez pas chers parents, ce n'est pas à ma propre famille que je m'adresse dans ce billet! Son titre évoque plutôt la thématique de 3 films "oscarisables" vus durant ce congé des fêtes prolongé: 
Ces 3 favoris dans la course aux Jutras du cinéma américain et qui se distinguent parmi les nominés des récompenses décernées par la presse étrangère hollywoodienne -les Golden Globe Awards- montrent en effet, avec plus ou moins de nuances, l'impact de liens familiaux trop distants ou étouffants sur le destin des personnages principaux.

Les 3 oeuvres s'appuient également sur d'admirables performances d'acteurs, dont notamment celle, époustouflante, de Nathalie Portman dans Le cygne noir, présente dans toutes les séquences d'un film qu'elle porte sans faiblir sur ses frêles épaules.

Dans l'ombre du roi

Le discours du roi est sans doute celui des 3 qui accorde l'importance la plus diffuse au thème de la famille, quoique...

Le roi en question, Albert, hérite par accident de la couronne de son père Georges VI, qui règne sur le Royaume-Uni. "Victime", en tout cas de son point de vue, de la décision de son frère Edward d'abdiquer son titre pour épouser une Américaine 2 fois divorcée, Albert voit son destin basculer.

Incarnant pourtant davantage l'homme d'État que son frangin frivole, "Bertie" s'effraie là où d'autres aurait jubilé, handicapé par un défaut de bégaiement qui nuit à sa prestance de souverain. Albert n'a plus d'autre choix que de corriger ledit défaut, au contact d'un énième spécialiste, un orthophoniste féru de théâtre qui dépasse la simple diction pour s'attaquer aux sources du problème.

Si la relation entre Albert et son spécialiste constitue le cœur du film, l'origine du trouble de bégaiement du prince, enfin mise en mots durant sa "thérapie", est plutôt touchante: confié dès l'enfance par ses parents à une nourrice qui ne l'aimait pas, couvrant plutôt l'ainé Edward de toute son attention, Albert vit difficilement ce manque d'affection et grandit à l'ombre d'un frère dont la lumière suffit à éclairer toute la cour. Ce second n'a jamais pu faire valoir ni le son de sa voix, ni le message qu'elle avait à livrer.


Firth au sommet de son art

La version française du film, la seule projetée à Québec, ne permet sans doute pas d'apprécier l'ampleur de la performance de Colin Firth, au sommet de son art dans ce rôle d'introverti dont la froideur dissimule mal l'angoisse qui l'anime. Cette version n'en révèle pas moins le grand comédien qu'est Firth, qui se glisse dans la peau de ce bègue blessé sans faire dans la caricature. Dans ce film somme toute classique dont l'atout principal, outre la performance du "roi", est le scénario, on croit immédiatement à la relation de confiance et de complicité qui s'engage avec le Dr Lionel Logue comédien laissé pour compte que campe aussi avec aplomb l'Australien Geoffrey Rush.

Le discours du roi ne mérite pas la récompense suprême du meilleur film, mais on voit mal comment Colin Firth pourrait échapper le prix de meilleur acteur le 27 février prochain.

Chercha le noir, tua le blanc

Œuvre à la fois bien écrite et magnifiquement filmée -c'est mon film préféré des 3-, Le cygne noir nous conduit sur des chemins beaucoup plus tordus. Ce long métrage est construit presqu'exclusivement autour du personnage de Nina Sayers, joué par une Nathalie Portman au sommet de sa forme après, paraît-il, une année de cours intensifs de ballet - c'est ce qu'affirmait ce vendredi 7 janvier le chroniqueur de cinéma Marc-André Lussier à l'émission de Christiane Charette.

Nina, étoile montante de la compagnie de ballet au sein de laquelle elle atteint des sommets de perfection technique, souffre du mal inverse de celui du prince Albert. Surprotégée par sa mère, elle-même ex-danseuse, chez qui elle habite toujours, Nina dort aux côtés des toutous et de la boîte à musique de son enfance dans un cocon blanc et rose bonbon. Prise en charge complètement par sa maman, elle compose pourtant mal avec les exigences physiques qu'impose à son corps le métier auquel elle se dévoue sans retenue.

Or, cette perfection physique et technique qu'incarne la danseuse Nina la fragilise dans la course au rôle de reine des cygnes qu'elle tente de décrocher dans Le lac des cygnes, le ballet que s'apprête à monter sa compagnie. L'obstacle: Thomas Leroy, metteur en scène séducteur et manipulateur rendu par un Vincent Cassels qui inquiète réellement dans ce rôle d'artiste ambitieux sacrifiant une à une les danseuses lui permettant de gravir les marches vers la gloire.

Thomas lui offrirait bien le rôle... mais Nina, toute désignée pour "danser" le cygne blanc innocent, candide et pur, peine à incarner le pouvoir de séduction toxique, l'érotisme ensorceleur propres au personnage du cygne noir auquel elle doit aussi faire croire sur scène. Tout le film repose sur le travail insatiable de recherche de cette force "diabolique", dans laquelle Nina doit absolument puiser, au prix de sa santé mentale, menacée qu'elle est par la nouvelle danseuse de la troupe qui, bien que se bourrant d'hamburgers ou arrivant en retard aux répétitions, charme le metteur en scène par sa sensualité exacerbée.

Souffrir pour son art

Succombant inévitablement à l'angoisse que distille le film, je n'en ai pas moins été ébloui par le jeu de Nathalie Portman, comme par le portrait d'un réalisme troublant -qu'a d'ailleurs salué à Christiane Charette l'ex-danseuse étoile des Grands ballets canadiens, Geneviève Guérard- de l'univers de la danse classique:
  • souffrance imposée aux pieds des danseuses par les exigences de pointes et de pas parfaits
  • discipline soutenue tant dans l'entraînement que dans la préparation du corps comme de l'équipement, qui éclipse presque le plaisir de danser
  • rivalités mesquines entre les membres de la troupe pour l'obtention des rôles prestigieux... 
Voir danser Nina est à la fois un ravissement -la musique du Lac des cygnes, solennelle, dramatique et aérienne, est sublime- et un coup au cœur: respiration saccadée, pas quasi inhumains ou complexes... on a tellement mal pour elle!

Au final, on assiste à une représentation aussi inoubliable que riche en rebondissements du ballet maudit, filmée avec une intensité et un soin remarquables. À la fois beau et insupportable...

Rater son entrée dans l'âge adulte

Tenue à distance par sa mère d'une société néfaste pour elle, Nina est-elle victime de son expérimentation trop rapide et trop vive des "maux" dont maman a voulu la préserver?

Car le ballet de Tchaïcovsky, au lieu de la couronner, la propulse plutôt sans ménagement dans l'âge adulte. Cette adolescence explosive ne la laissera sans doute pas intacte.

Famille étouffante

La famille est cette fois le thème central du film Le coup de grâce.

Entraîné à la boxe par son demi-frère Dick, Micky Ward performe à l'ombre de son aîné, la fierté de la petite ville de Lowell. Celui qui a couché sur l'arène le mythique boxeur Sugar Ray se complaît dans l'admiration de toute une ville, elle qui semble fermer les yeux devant sa lente déchéance provoquée par des abus de crack. Soulignons ici la performance éclatante de Christian Bale dans le rôle du boxeur déchu qui, quoiqu'attachant par sa sociabilité et sa détermination, nous fait rager par son insouciance et son incapacité à miser sur sa gloire passée.

Micky, juste mais exaspérant de bonté Mark Walhberg, tolère pourtant les excès de son frère entraîneur à la veille d'un combat déterminant pour sa jeune carrière. Il fait preuve d'autant d'indulgence face à la complaisance de sa mère, sa gérante, qui protège de façon honteuse le délinquant de la famille, jusqu'à compromettre la carrière de son plus jeune.

La rencontre avec sa copine Charlene, ex-athlète au caractère beaucoup plus trempé que le sien, puis un événement tragique convainc Micky de la nécessité de briser les liens familiaux pour se consacrer à sa carrière sous l'égide d'une nouvelle équipe. Mais doit-il, pour enfin briller sans que son frère ne l'éclipse, nécessairement s'exiler et abandonner complètement sa famille? Ou seulement s'affirmer, modifier la teneur des liens fusionnels qui l'unissent à sa tribu? Dans sa nouvelle équipe, ne dépose-t-il pas les armes une nouvelle fois?

Comme Le cygne noir, Le coup de grâce, dans lequel le ballet cède le pas à la boxe, pose la question de la nécessaire et seine affirmation de soi: celle qui permet d'imposer ses choix sans renier qui l'on est et celles et ceux qui, parfois peut-être maladroitement, ont jeté les bases de nos valeurs et façonner notre personnalité.

mardi 28 décembre 2010

Bonnes adresses

Le temps des fêtes est non seulement propice au ski de fond, à la lecture, au cinéma, au visionnement interminable de séries en DVD -c'est sur Musée Eden et Les Tudor que je jette mon dévolu cette année!-, mais aussi à l'exploration de bonnes adresses! En voici quelques-unes...

Un nouveau Victor en basse-ville

Amateurs des burgers sophistiqués de Chez Victor, sachez que le maître es boeuf vient d'ouvrir une nouvelle succursale à proximité de la Gare du Palais. Si celle-ci "n'accotera" jamais ma préférée, celle, chaleureuse et animée, de la rue Saint-Jean, la p'tite dernière possède un atout de taille: ses chaises aux dossiers pastels colorés? Heu... oui, mais surtout sa salle à manger amplement fenestrée offrant une imprenable vue sur la gare du Palais et le quartier alentour.

Attention: cet été, ces fenêtres qui s'ouvriront sur la fontaine conçue par Daudelin, pièce maîtresse du quartier de la gare, seront courues!

Petites douceurs sur Saint-Joseph

Depuis octobre, je parcours abondamment la rue Saint-Joseph, dont les boutiques ultrachics font de plus en plus place à des commerces locaux et abordables. J'écume presque aussi souvent la reine du centre-ville de la capitale que mes amies SI, AG et LG, ce qui n'est pas peu dire...

J'aime
  • l'ambiance créative -et le nouveau 3e étage- de la Brûlerie Saint-Roch, le royaume du portable
  • les smoothies, la crêpe farcie jambon/oeuf/fromage/sirop d'érable, les bénés, les soupers qui s'étirent, les projections multimédia et les sympathiques et affables serveurs du Cercle
  • la qualité du design actuel des vêtements québécois de chez Blank
  • mon chapeau de fausse fourrure et ma chemise lousse de fin de semaine de chez Urban Outfiters, paradis du vintage et du look à la fois doudoune et branchouille
  • la verve du personnel et la cuisine abordable du bistrot français Les Bossus
  • l'Hôtel Pur et sa salle à manger ouverte pour les déjeuners, dans laquelle le regard se perd dans les immenses fenêtres mettant si bien en valeur l'église Saint-Roch
  • les pâtisseries miniatures garnies de pipettes de la pâtisserie Loukoum Cupcake
  • les souliers originaux de La Godasse
  • la succursale basse-villoise de la librairie Pantoute et tous ces commerces qu'il me reste encore à découvrir...
Des verrines sucrées

Un autre secteur en ébullition à Québec? Celui entourant le tout nouvel édifice Jules-Dallaire, de Sainte-Foy, à l'intérieur duquel s'est posé le resto plaisir Paris Grill après son départ de la rue Hochelaga. Bistrot français intéressant, il m'a surtout séduit par ses desserts en verrine. Portion raisonnable, mais toute aussi gourmande des savantes "cochoncetées" souvent obèses. À surveiller en janvier 2011: le spécial tartes flambées pour les budgets des fêtes écorchés.

Seul détail agaçant avec le personnel des restos plaisir: leur attitude de vendeur à la commission. Au Cochon Dingue, comme chez Bryndt, au Lapin Sauté ou du côté du Paris Grill, leur insistance à nous offrir entrée, soupe, digestif, bien qu'enrobée d'humour, est parfois franchement "fatiquante".

Et pour 2011?

De nouvelles adresses à découvrir sur la rue Saint-Jean côté Faubourg:

  • La Brûlerie Saint-Jean, petite soeur de l'ainée de Saint-Roch
  • Le Comptoir, qui marque le retour du smoke meat sur la rue bohême
  • Les sushis du Yuzu qui se pointent en face de l'Intermarché
Je vous souhaite une année 2011 sous le signe du péché... de gourmandise!!

La voix des disparus

Je possède un livre de recettes un peu particulier. Ce livre, jamais publié, est le résultat d'un patient travail de recherche, de saisie et de coordination accompli par mon amie d'enfance MB.

À la suite du décès de sa mère, une cuisinière hors pair et dévouée, MB y a réuni les recettes de cette dernière, les siennes et celles de 2 de ses tantes. Patiemment, elle en a « numérisées » un grand nombre, puis les a imprimées, classées et indexées.

Je me considère privilégié d'avoir reçu une copie de ce livre qui vaut à mes yeux bien plus qu'un recueil de Ricardo ou Di Stasio. Il constitue en quelque sorte une lente antidote à un deuil éprouvant.

Se souvenir d'une voix

Ce samedi 18 décembre, c'est un peu ému que j'ai parcouru ce recueil gourmand au son du dernier disque d'Arcade Fire. Je me souvenais de Françoise, la mère de MB... tout en songeant au premier Noël sans Louis, le père de N. Un Noël finalement rempli de son souvenir, à la fois nostalgique et sous le signe de la solidarité et de la solidité des liens d'une famille que je me prends souvent à admirer.

À la demande de MB, j'ai eu le privilège de rédiger et de lire un hommage à Françoise lors de ses funérailles. Quand j'ai amorcé l'écriture du texte, un premier souvenir s'est imposé de lui-même: sa voix, forte, enthousiaste, qui habitait toute la pièce où elle se trouvait, cette voix dont ont hérité M et F que je côtoie davantage, cette voix aimante et chaleureuse qui portait loin toute l'affectation qu'elle éprouvait pour son conjoint et ses 3 enfants.

J'entends souvent Louis depuis son décès. Cette semaine, je me rappelais ce matin de 25 décembre 2005, dans ma cuisine de la rue Cartier. SB, les enfants et lui avaient dormi chez nous après un mémorable réveillon et tandis que je faisais aller lavette et essuie-vaisselle, il m'accompagnait du refrain de C'est Noël de sa voix juste et puissante.

Car Louis savait chanter. Rarement interprétait-il une chanson du début à la fin, parsemant plutôt les conversations de « Couroucou Paloma » ou de « Rire aux larmes », mais j'ai rapidement compris d'où N tenait ses talents de chanteur et de musicien. Louis avait de l'oreille et du rythme et poussait régulièrement la note au son des 1600 morceaux de sa turlutte, longue partition de sa cavale en Alaska l'été dernier.

« Bonjour, jeune homme! »

J'entends Louis presque chaque fois que nous entrons dans sa résidence de Cap-Rouge.

Je me souviens de ces soupers du dimanche soir alors qu'il venait le premier à notre rencontre. « Suzie, c'est Ti-Nico! », lançait-il à la ronde! Et puis j'entends 
  • ce « Bonjour, jeune homme! », qu'il m'adressait solenellement
  • ses «Suzie, il mange tous nos biscuits!» un peu paniqué quand son Ti-Nico se jetait dans les boîtes de craquelins en attendant le premier service
  • ses « Et puis, comment va l'Assemblée nationale? » ou le Conseil du trésor ou la CSST, selon nos employeurs du moment
  • ses méchantes expressions chaque fois qu'était prononcé le nom d'un certain député de notre noble assemblée...
Et j'entends aussi ses éclats de voix lorsque nous abordions des sujets de conversation plus controversés comme les droits de chasse des autochtones, le développement durable ou la gestion des forêts au Québec.

Je l'entends autant que je le vois. J'entends cette voix assurée comme j'entends encore celle de Françoise caresser son Denis de petits mots d'amour.

Et je me dis, après avoir vécu la mort de si près, dans ses coulisses qu'elle a si tristes, que j'aurais pu être davantage présent pour MB. Lui cuisiner ces plats savoureux que nous ont généreusement concoctés les amis des parents de N dans les jours suivant le départ de Louis. Ou juste écouter, car on a tant besoin de parler pour évoquer le souvenir des disparus, pour qu'il vive encore longtemps... 

Je pense qu'en 2002, la mort avait encore quelque chose d'irréel pour moi, que j'en ressentais mal tout le poids. Aujourd'hui, je perçois davantage le vide irréel qu'elle provoque.

Combattre silence et oubli

Je me souviens de cette mère endeuillée de Rimouski, membre d'un groupe de parents ayant vécu la mort d'un enfant, qui m'avait confié lors d'une entrevue au Progrès Écho que le silence des proches à la suite d'un tel drame pouvait causer davantage de blessures que de soulagement. Et je me souviens aussi de la scène tellement forte de l'avant-dernier épisode de la série télévisée américaine Six Feets Under, ce toast à l'un des personnages disparus tellement émouvant.

Les décès qui nous parlent encore ne feront jamais tinter de joyeuses mélodies. Mais ils sont l'occasion parfois inespérée de réconciliations et souvent de rencontres humaines dans ce qu'elles ont de plus loyales, amicales et complices.

Profitez bien de ce temps des fêtes pour exprimer à vos proches tout l'amour qu'ils vous inspirent, en mots comme en gestes. On ne contrôle hélas! pas ni le moment, ni le lieu de leur ultime départ...

lundi 6 décembre 2010

La consommation du thé

Des plaisirs de la vie qui se laissent déguster sur les rues Saint-Jean la bohême et Saint-Joseph l'urbaine ces temps-ci, le thé est sans doute le plus tendance! La maison de thé Camellia Sinensis, sise notamment sur la Jospeh, anime ce goût du thé qui côtoie chez de plus en plus celui du café. 

Initié au thé autre que Salada par mon beau-frère, ma belle-mère et des amis, N. et moi avions envie de nous payer une théière pour nous y mettre aussi! Petite séance de repérage sur Saint-Jean, pour constater que c'est Camellia qui offre au centre-ville l'éventail le plus complet de théières. Dans un magasin bondé, N. et moi en repérons une pas trop chère et attrapons un vendeur pour qu'il nous l'emballe.

Trop simple.

Le monde du thé est à l'image de celui du vêtement, de la quincaillerie, du vin, de l'huile d'olive... Tellement, tellement de choix, pour tellement, tellement de goûts et tellement, tellement à se procurer pour tellement, tellement apprécier... Les impératifs de la consommation -vous ne pourrez pas l'apprécié à sa juste valeur si vous ne possédez pas ceci ou cela...- ont aussi rattrapé le monde du thé.

Une théière pas chère? C'est bien, mais celle que nous avons choisie convient uniquement aux thés noirs, qui y laisseront au fil des infusions de charmants dépôts. Ceux-ci nuiront aux infusions de thé vert, ou blanc, ou autres. On nous dirige donc vers la théière de fonte, chinoise ou japonaise, pour un maximum de qualité... et à prix plus élevé, évidemment.

 Et puis il y a les gobelets, qu'on ne vend pas avec la théière chez Camellia pour offrir à chacun la possibilité de créer son propre kit exclusif, et ainsi de positionner clairement sa personnalité lors de ses cérémonies du thé! Et puis il y a encore le trivet, sur lequel poser la théière pour éviter les dégoulis de boisson chaude... et l'infuseur, parce qu'on ne fout pas du thé comme ça dans une théière japonaise... et la bouilloire... OK, ça suffit, notre bouilloire de plastique va faire la job!

Toujours est-il que notre initiation au thé s'est révélée plus complexe que prévu... mais le chaud breuvage demeure tout de même bien réconfortant une fois l'équipement entre nos mains!

Envie d'une expérience plus simple? À La maison des 100 thés, sur chemin Sainte-Foy, on se prend beaucoup moins la tête: on vend ensemble théière,  plaque pour la déposer et gobelets pour le déguster. N'empêche qu'il y a un je ne sais quoi chez Camellia, là où un jeune moustachu arborant un chandail des Oilers flirte avec une charmante jeune femme autour d'une tasse de thé. Ce que cette boisson millénaire possède comme propriétés, quand même...

Oh oui: nous avons organisé notre première "cérémonie du thé" hier -une bien grande expression pour dire que nous avons reçu des amis autour d'un thé et de biscottis!-, sans kimono, ni scones, ni costumes de geisha. Malheur à nous!