dimanche 10 février 2008
La mère de famille et le papa qui joue dehors
Comparant l'ex-première dame des États-Unis à une mère de famille, Lortie déclare en début de texte que l'équipe Clinton a dû vivre bien des frustrations au lendemain de ce qu'on a appelé le mardi tsunami: "Vous savez comment les mères de famille aiment que ça soit «faittt». Eh bien! ce n'est pas faittt" encore, cette course au titre si convoité.
Si la sénatrice de New-York remporte la bataille, elle devra une fière chandelle aux femmes âgées de 35 ans et plus, à toutes ces mères de famille, croit Lortie. Pourquoi?
"Ce qu'elles voient [en Clinton, ces femmes], c'est le stéréotype de la mère de famille qui règle à coeur de jour les problèmes de la maison, la ramasseuse de dégâts des autres capable de faire six choses en même temps. Pour elles, Hillary c'est celle qui va finalement faire le ménage à Washington."
"Obama, en revanche, est le papa sympathique, celui qui se roule à terre avec les enfants, qui est toujours prêt à aller jouer au parc et à rêver avec eux en observant les étoiles et les papillons."
"Regarder Hillary et Barack faire campagne l'un contre l'autre, c'est comme assister à la bonne vieille dialectique matrimoniale. Voulez-vous voter pour celle qui paie les factures et s'assure que les lits et la vaisselle soient toujours faits? Ou pour celui qui joue dehors? Le problème, c'est qu'on sait tous que pour bien fonctionner, une famille a besoin des deux."
Voilà qui ramène la course ultramédiatisée sur un terrain on ne peut plus concret...!
Repose en paix, Heath Ledger…
Les vies de Bob Dylan (voir le billet Folk aparté) sera l’un des derniers films de ce comédien d’origine australienne, intoxiqué par un cocktail de médicaments le 22 janvier dernier.
Je n’avais pas pris la mesure du talent de Ledger quand je l’ai vu pour la première fois au grand écran dans la comédie Chevaliers (A Knight’s Tale). Il m’a cependant « jeté à terre »dans son interprétation d’un des deux cowboys homosexuels de Retour à Brokeback Mountain, le plus introverti et torturé des deux personnages, celui qui sacrifie son amour pour se conformer aux règles viriles de sa société.
Dans le film de Todd Haynes, Ledger joue l’acteur rebelle grisé par le succès. Son charisme fait mouche, encore une fois. Mais je sens qu’il sera davantage acclamé –de façon posthume, malheureusement- lorsqu’il sévira sous les traits du Joker lors de la sortie de The Dark Knight, le deuxième film consacré au personnage de Batman réinventé par Christopher Nolan.
Les premières aventures de Batman au grand écran, réalisées par Tim Burton et Joel Schumacher entre 1989 et 1997, mettaient en scène des vilains aux costumes soignés et maquillés comme des clowns du Cirque du Soleil. Les premières images de The Dark Knight laissent deviner un Joker loin de l’élégance du personnage de Jack Nicholson : même esprit dérangé, mais apparence beaucoup plus effrayante avec son maquillage complètement raté tracé d’une main frénétique et son costume usé sans éclat. Ledger donne vie à un Joker encore plus effrayant, me semble-t-il.
À la suite du tournage du film de Nolan, Ledger, qui ne dormait que deux heures par nuit durant cette période, aurait déclaré aux journalistes « Je ne parvenais plus à fonctionner. Mon corps était fatigué mais mon esprit continuait à tourner. Des médicaments sur ordonnance ne m’ont pas aidé.» (La Presse, 25 janvier 2008).
Un personnage schizophrène, une rupture mal soignée, des médicaments de toutes sortes : la vie de Ledger a pris fin dans un climat pas très sain. Vraiment dommage.
Folk aparté
Les vies de Bob Dylan (Todd Haynes) : biographie hors normes
Plusieurs semaines se sont écoulées avant que Les vies de Bob Dylan (I’m not there) ne trouve une salle à Québec… en version originale anglaise, pour mon plus grand bonheur! Remarquez que je n’ai pas à me plaindre quand je pense à mes parents et amis rimouskois qui l’attendent sans doute encore.
N’empêche que le film consacré au chanteur américain récompense la patience… à condition de ne pas essayer de tout comprendre et de se laisser transporter par cette proposition originale, celle de révéler des pans de la personnalité de Dylan à travers sept personnages. Leurs histoires, parfois hyperréalistes, parfois délirantes, s’entremêlent au rythme d’un montage soigneusement ficelé nous transportant dans les années 50, 60 et 70, entre l’assassinat de John F. Kennedy et la guerre du Vietnam, les succès des Beatles et la « trahison » de Dylan, qui osa un jour brancher sa guitare…
Judas fait femme
C’est ce personnage de « Dylan le traître », alias Jude Quinn, qu’incarne Cate Blanchett –et oui, une femme!- en nomination pour l’Oscar du meilleur rôle de soutien féminin (!) . Elle donne vie à un chanteur complètement déjanté, drogué et sur les médicaments, peinant à expliquer sa démarche artistique aux journalistes tentant d’en décortiquer chaque élément. À elle seule, Blanchett est plus présente dans le film que ses cinq autres comparses jouant pourtant six personnages!
L’actrice australienne emportera sans doute haut la main l’Oscar pour ce rôle. De mon côté, toutefois, je lance mon chapeau au jeune Marcus Carl Franklin, épatant garçon noir de 11 ans dans le film, incarnation de Woody Guthrie, ce chanteur de folk qui inspira l’œuvre de Dylan.
Franklin est émouvant dans ce corps si jeune qu’on sent handicapé par un lourd vécu. Vulnérable dans son interprétation à la guitare, intrigant par sa mystérieuse quête, lumineux dans son sourire qui cache une peine mal dissimulée : une révélation!
Captivant et déroutant
L’œuvre de Todd Haynes captive à plusieurs points de vue :
- par son scénario, que soutient admirablement la musique du « protest singer »;
- par la composition soignée des plans magnifiques, tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc, comme filmés depuis l’un des trains qui sillonnent ce film;
- par les regards vides de ces inconnus qui contemplent la vie au bord des rails, autant de personnages qu’on devine issus des textes de Dylan.
Cependant, cette production déroute tout autant par ce choix de réaliser une biographie impressionniste du chanteur, loin des « biopic » traditionnels chronologiques et linéraires à la Un homme d’exception.
De plus, si le film décolle sur les chapeaux de roue, avec quelques scènes mettant en vedette le tout jeune Woodie et ses étranges réflexions d’adulte, le documentaire fictif sur le chanteur folk Jack Rollins (Christian Bale, témoin vivant des débuts du chanteur et de sa quête de spiritualité) et le récit de la relation tumultueuse de l’acteur Robbie Clark (Heath Ledger) avec la peintre Claire (Charlotte Gainsbourg), transposition de la relation unissant Dylan à Sara Lownds, il s’étire au final. Je me suis pris à songer à plusieurs reprises : «Ah, ça ferait une belle fin ça…»
Une nécessaire préparation
En somme, pour apprécier pleinement le film, il faut à la fois :
- connaître déjà les personnages créés par Todd Haynes et leur lien avec la vie de Bob Dylan;
- être familier avec l’univers de Bob Dylan, ses chansons et les personnages qui y évoluent (ce que je ne suis pas du tout).
On devine en effet le film rempli de clins d’œil à la poésie de l’artiste, entre autres dans la section consacrée au personnage de Richard Gere (le Dylan période country et folklore, paraît-il), qui évolue dans une sorte de ville western en carton habitée par des personnages de cirque mi-cowboys, mi-indiens, maquillés à outrance, sans doute issu de l’imaginaire du « folk singer ». Pour le néophyte que je suis, ces scènes m’ont semblé…plutôt « fuckées »!
À lire avant d’aller voir Les vies de Bob Dylan
- Certains des articles ou critiques publiés par ces journalistes de Cyberpresse
- L’article I’m not there de l’Encyclopédie Wikipédia
mercredi 6 février 2008
Cinq films, quatre semaines, un défi (prise 3)
Pour la première fois de ma jeune existence ou presque, je veux réussir à voir tous les finalistes au titre de l’Oscar du meilleur film avant que l’Académie n’en couronne qu’un seul, le 24 février prochain.
Suivez ce marathon cinématographique amorcé dans les deux précédents billets.
Juno (Jason Reitman) : le choix de la lucidité
Dans son commentaire en réaction au billet Cinq films, quatre semaines, un défi, Seb écrivait qu'il avait apprécié Juno, mais qu'il ne s'agissait pas selon lui "d'un candidat à toute épreuve". N'empêche que, si je partage en partie cet avis, ce film réalisé par un Montréalais se démarque nettement de la masse cinématographique hollywoodienne.
Juno, c'est l'histoire d'une adolescente du même nom, devenue enceinte "par accident" au lendemain d'une aventure avec son meilleur ami. Son désarroi devant cette maternité inattendue s’exprime dans des gestes anodins, pointe au détour de conversations sur la musique ou la bande dessinée, en trame de fond de réflexions parfois naïves, mais toujours ancrées dans le quotidien, loin des grandes considérations théoriques sur l’avortement et l’adoption.
En effet, à l’intérieur de ce récit, peu éclats de voix, pas de grands élans dramatiques, de parents au bord de la crise de nerf, de père absent ou violent. Ce choix de scénarisation a notamment déplu à la chroniqueuse Marie-Claude Lortie, pour qui le film banalise des problématiques qui auraient gagné à être approfondies.
Là n'est pas le propos de Juno, qui souhaite raconter avant de provoquer, qui choisit d'aborder le sujet de la maternité chez les jeunes par le destin intime d'un personnage, plongé au coeur d'une histoire lucide, sensible et pétillante, à l’image de l'attachante Juno, brillamment interprétée par la canadienne Ellen Page. Celle-ci est d'ailleurs en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice.
En campant avec aplomb un personnage dont l'adolescence n'a pas effacé toute la candeur, mais que la vie force à la maturité, Page crève l'écran. Il faut dire qu'elle est bien servie par le scénario de Diablo Cody et ses répliques teintées d’un humour contagieux, qui laisse tout de même deviner une tristesse dissimulée à laquelle la douceur et le dépouillement du folk font écho.
La musique comme un personnage
J’aime les films dans lesquels la musique prend la forme d’un personnage. Dans Il y aura du sang, elle accentuait les désordres de l’esprit du héros sous la forme de cordes parfois discordantes et grinçantes, animales presque, de percussions angoissées, d'une partition de piano à double sens.
Juno fait plutôt la part belle à la chanson folk dépouillée. À l’intérieur du petit monde de cette adolescente délurée, cette musique que j’ai redécouverte s’inscrit dans le même esprit de sobriété que celui du film, avec ses paroles à la poésie toute simple :
"If I was a flower growing wild and free, all I want is you to be my sweet honeybee"
Chansons de printemps délicieuses et réconfortantes.
lundi 4 février 2008
Webographie
Selon une étude réalisée par Ipsos Descarie et publiée dans Infopresse, nous "magasinons" généralement nos vols dans les sites de :
- Air Canada (34%)
- Expedia.ca (33%)
- Voyagesarabais.com (10%)
- WestJet (8%)
- Sympatico/MSN (2%)
Bonne recherche si vous avez la chance de décoller bientôt!
Cinq films, quatre semaines, un défi (prise 2)
Suivez ce marathon cinématographique amorcé dans le billet de samedi dernier.
Il y aura du sang (Paul Thomas Anderson) : Du pétrole et des hommes
La conquête de nouveaux territoires à exploiter, la soif jamais assouvie de pétrole, l’argent qui aveugle, la foi qui manipule et s’accole au pouvoir : au bout du compte, Il y aura du sang (There Will Be Blood), campé au tournant du 20e siècle dans la rude Californie, décrit ce qu’est devenue la société américaine du nouveau millénaire, du moins à son sommet.
Parions que l’Académie n’a pas décodé ainsi ce western aride, là où derrière la grandeur des horizons se dissimulent la petitesse de l’âme humaine, sa solitude et sa sécheresse de cœur.
Souvent jugés conservateurs, les membres de la noble institution y ont peut-être vu un hommage aux « self-made man » qui, à coup de pelles et de pioches, ont construit les États-Unis d’Amérique. C’est le cas du personnage de Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis), héros de l’histoire, pétrolier ambitieux mais sans moyens qui se hisse au sommet de l’échelle sociale… à coup de haine, de rage, de sacrifices, terrassé par une folie qui le propulse vers ses plus bas instincts.
L’or noir qui corrompt
Le film mérite assurément de se qualifier par la beauté de ses plans immenses, ses jeux d’ombre et de lumière et des scènes fortes, sans parole où tout est dit : je songe ici à ce gros plan sur le visage de Plainview contemplant l’or noir qui jaillit enfin du puits et sur lequel on distingue, malgré la tragédie qui vient de frapper un de ses proches, toute la cupidité qui l'anime.
Mais Il y aura du sang séduit d’abord par la composition magistrale de Daniel Day-Lewis, totalement habité, jusque dans son regard fiévreux, par son personnage tantôt paternaliste à l’excès, tantôt quasi démoniaque, toujours complexe, dont on saisit difficilement les valeurs :
- aime-t-il ce fils dont il fait son trop jeune associé?
- l’utilise-t-il pour servir ses desseins?
- quels motifs l’opposent si farouchement au jeune pasteur de l’Église de la 3e révélation qui croise constamment son chemin?
- a-t-il un compte à régler avec Dieu?
Il y aura… deux vainqueurs
Doit-on s’attacher à ce personnage ô combien fort mais difficilement aimable? Fascinant, en tout cas, de découvrir son univers, celui de l’exploitation pétrolière à peu de moyens, sinon celui de l’énergie humaine, stimulée par l’espoir de la richesse, compromise par la douleur atroce des travaux de forage où l’homme s’enlise dans la boue et s’effondre sous la pierre.
Y aura-t-il du sang?
Le 24 février, il y aura très certainement deux vainqueurs, l’un dans la catégorie du meilleur film, l’autre dans celle du meilleur acteur.
samedi 2 février 2008
Cinq films, quatre semaines, un défi
Pour la première fois de ma jeune existence ou presque, je veux réussir à voir tous les finalistes au titre de l’Oscar du meilleur film avant que l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences n’en couronne qu’un seul, le 24 février prochain. Suivez ce marathon cinématographique par l’intermédiaire des prochains billets.
Une parenthèse pour me réjouir du fait que la prestigieuse Académie n’ait pas retenu L’âge des ténèbres du québécois Denys Arcand parmi les rangs des finalistes à l’Oscar du meilleur film étranger (voir billet Pas du même avis que l’Académie). Arcand avait cuisiné des dialogues savoureux pour son Déclin de l’empire américain. Sa plus récente production n’était pas, selon moi, à la hauteur de son talent, mais le reflet peu invitant de son cynisme.
Une deuxième parenthèse pour souligner la sélection de Persepolis parmi les meilleurs films d’animation. L’emportera-t-il sur Ratatouille? On ne peut pas accuser l’Académie de sélectionner des films issus du même moule, en tout cas!
Expiation (Joe Wright): La fin qui ne vient jamais
Passons rapidement sur Expiation (Atonement), dont la fin, pourtant tout sauf conventionnelle pour un drame classique du genre, m’a tout autant surpris que déçu.
Drame bien filmé, notamment dans la première partie se déroulant au cœur d’un manoir anglais, propriété d’une famille noble qu’on devine sur le déclin, au début des années 1930. Soigneusement reconstituées, les pièces et les jardins sont témoins d’un drame impliquant deux sœurs et un employé de la maison dont les enjeux nous échappent, présentés de divers points de vue.
Puis, la guerre éclate : la vie des protagonistes bascule. Tantôt sur le front, témoin de l’attente désespérée de soldats anglais blessés et à moitié fous sur les côtes françaises, au lendemain de la conquête allemande de juin 1940, noyant leur douleur en attendant que leur armée daigne les rapatrier. Tantôt à Londres, où les deux sœurs échappent à leur destin en s’engageant comme infirmières dans l’armée pour soigner ces militaires dont on a fauché la jeunesse. Le drame va-t-il échouer sur un de ces lits d’hôpital?
Le générique final? Ben voyons donc! Il y en avait pour au moins une heure encore à dénouer les fils de l’intrigue!
Ah, je ne me savais pas si romantique et désireux de voir un film se conclure par de grandes embrassades ou des sanglots bien sentis…