samedi 8 mars 2008

Nos vies en six mots (la suite)



Pierre Foglia a publié cette semaine les résumés en six mots des vies de quelques-uns de ses lecteurs (voir billet précédent).

Parmi ces poèmes brefs :

  • certains expriment beaucoup d'amertume ou de détresse : Je suis morte à ma naissance ou Trois amours, trois enfants, trois absents...

  • un se révèle gourmand : Je veux toujours plus de confiture

  • un autre semble avoir été écrit par un homme comblé : Entouré de fleurs, attends patiemment le pot

  • un dernier s'inspire nettement de l’actualité : Pas encore de la maudite neige !

Une chronique à lire… pour votre propre exercice de synthèse!


Notes en bas de page

Un très joyeux anniversaire :
  • à JC, qui ajoute à sa vie pleine de folie une année d’expérience et de sagesse le 13 mars prochain

  • ainsi qu’à JN, dont je m’ennuie de l’humour et des conseils si judicieux, qui sera fêtée à son tour le 21.

Ces choses qui sont vraies


Chaque semaine, le journaliste indépendant et blogueur Nicolas Langelier frappe dans le mille en décortiquant l’une de ces « dix mille choses qui sont vraies ». Ses cours récits me laissent souvent admiratif, voire jaloux, devant une plume si fine et inspirée. Voilà un journaliste qui sait traduire avec des mots d’une justesse désarmante nos réflexions quotidiennes de consommateurs, d’épicuriens ou de travailleurs pressés.

Des exemples?

Cette dernière chronique m’était particulièrement « rentrée dedans ».

Se souvenant d’abord que, naguère, pour marquer l’entrée dans l’âge adulte, « les aînés de votre communauté, par exemple, vous forçaient à passer trois jours et trois nuits seul dans la savane, disons, ou à marcher nu sur des tisons brûlants », Langelier soutenait que « l’arrivée de l’âge adulte est dorénavant marquée par l’alignement existentiel de trois phénomènes distincts » :

1 "Vous commencez à garder vos reçus aux fins d’impôts": vrai mais que voulez-vous...

2 "Vous mettez de l’argent dans un régime enregistré d’épargne retraite": re-vrai mais il faut bien avoir une pensée pour ses vieux jours...

3 "Vos activités sociales se résument de plus en plus à des soupers et des déjeuners entre amis": oh, ça... ça fait mal!

"Pas des soupers précédant une folle sortie dans un bar, ni des déjeuners avalés au petit matin sans avoir dormi, encore saoul ou les pupilles toujours dilatées. Non, juste un souper, ou juste un déjeuner. Après lequel vous allez vous coucher dans le premier cas, ou faire des courses dans le deuxième."


Dur à avaler, non, ce troisième phénomène? Moi pour qui gagner quelques années était jusqu’à ce jour synonyme de mon toupet qui ne pousse plus et de ma mère qui me le rappelle sans cesse, me suis soudain senti vieillir… pour vrai.


Cuisiner, mon complexe!

« C’est souvent fastidieux, de devoir manger plusieurs repas par jour », constatait encore avec lucidité Langelier le 22 février dernier. Il lit dans mes pensées.

« Que ce soit pour la préparer, la payer ou tout simplement l’avaler, [la nourriture] monopolise beaucoup de temps et d’énergie que nous pourrions consacrer à autre chose ».


Bien d’accord!

Car si le dimanche entre 16 h 30 et 18 h 30, couper des poivrons jaunes ou parer des côtelettes de porc en écoutant les plus récentes trouvailles musicales du réalisateur André Chouinard à la radio de Radio-Canada, ça relaxe, permet de faire le point sur sa vie, planifier sa journée du lendemain, mijoter quelques idées, en semaine, entre 17 h 30 et 18 h, même transporté à l’autre bout du monde par les reporters à l’étranger du magazine radio Désautels, mitonner des petits plats, ça peut devenir lourd!

Entouré d’amis dont les talents pour la cuisine et ses activités connexes s’apparentent à ceux de Pinard, Di Stasio ou Ricardo, je tends de plus en plus à devenir un cuisinier complexé. Même si je ne reçois plus mes proches avec de la sauce à pâte en sachet ou des «smoke meat» achetés, n’est-ce pas JC, je ne maîtrise pas encore tous les raffinements de la béchamelle, que je confie sans scrupule à N., ou de la saisie de steaks pour une cuisson parfaite médium-saignante.


Une corvée à planifier

J’entretiens un rapport amour-haine avec la cuisine.

J'aime manger, surtout les jours de la semaine, quand le dîner au Mini-Débat de l'hôtel du Parlement est l’occasion de rencontres sociales ou de passionnantes reconstitutions historiques sur l’affaire Dreyfuss ou la conquête de la Grande-Bretagne signées GG.

Mais de deux choses l’une :

  • d’une part, j’aimerais pouvoir, la fin de semaine, me contenter du déjeuner et du souper, sans devoir interrompre une journée de loisirs, de corvées ou de créations par un nécessaire en-cas que je peine à constituer, puisque samedi est aussi le jour du réfrigérateur vide. Le repas comme contretemps dans la détente, donc.


  • d’autre part, cuisiner pour moi est loin d’être un loisir évident, comme le constatent un jour sur deux ces amis ou collègues qui me complexent par leur boîte à lunch si appétissante et variée et ces recettes de cuisine qu’ils concoctent entre deux bains.

Cuisiner s’apparente chez moi à travailler ou à m’entraîner : une activité que je pratique presque uniquement la semaine, savamment planifiée, exigeant de l’énergie -surtout pour la pourtant si simple étape de la liste d’épicerie-, et me laissant tantôt comblé par la découverte de talents insoupçonnés, tantôt découragé par l’absence évidente… de goût.

Je sais qu’un souper préparé la veille m’attend quand je quitte le travail? Ma soirée est faite! Sinon, ma journée sera réfléchie en conséquence : quitter plus tôt le boulot pour consacrer une demi-heure au filet de porc, penser à couper les légumes pour le riz du lendemain, acheter de la crème 35% en revenant du bureau… Moi qui planifie sans cesse au travail enfile encore mes habits de chargé de projet à la maison!

SOS Cuisine

JC, pour qui mettre au four une recette de muffins un samedi matin constitue un plaisir qui se compare à celui de se baigner dans les vagues agitées d’une mer antillaise, nous a suggéré une piste de solution : nous abonner au site SOS Cuisine.


Ce site transmet chaque semaine à ses abonnés recettes et liste d’épicerie permettant de les exécuter, en plus de leur proposer quelques tâches à accomplir à l’avance –le dimanche entre 16 h 30 et 18 h 30 par exemple- afin que leur semaine gustative n’en soit que plus réussie.

Nous l’essayons cette semaine : je vous en reparle.

samedi 1 mars 2008

Ailleurs

Je le répète, planifier, ou à tout le moins rêver à son prochain voyage constitue un efficace antidote au blues hivernal! Mon collègue JSC l’a compris, lui qui roule déjà sur les côtes de Croatie.


Vous vous sentez téméraires dans vos projets de voyage outremer en 2008? Le journaliste spécialisé en voyage André Désiront révèle qu’un magazine en ligne intitulé Concierge.com inscrit au palmarès des cinq destinations les plus tendances de l’année :


  • Le Mozambique –pour les safaris et la plongée en apné

  • Sainte-Lucie

  • Le Monténégro

  • L’Équateur

  • La Sicile

J’avoue que je ne lèverais le nez sur aucune de ces sorties!

En banlieue de New-York

Le quatuor d’urbaines glamour et branchées de Sex and the City ou les six «amis à vie» maladroits et attachants de Friends poussaient les hauts cris lorsqu’un membre de leur fratrie osait envisager l’idée de quitter l’île de Manhattan pour "s'exiler" en banlieu. Pour ces New-Yorkais purs et durs, cet exode avait beau annoncé le début de la vie de famille, il constituait surtout une mise à l'épreuve douloureuse de solides liens d'amitié.

Or, la chronique Planète de Désiront publiée samedi dernier nous apprend que certaines de ces banlieues ou quartiers autrefois peu courus de la Grosse Pomme deviennent de plus en plus prisées des touristes! Exit Soho, Chelsea et Greenwich Village dans les itinéraires de voyage, place :

  • aux boîtes de jazz et à la soul cuisine, celle des anciens esclaves noirs, de Harlem –secteur qu’on savait déjà en voie de "réhabilitation";

  • au quartier Williamsburg de Brooklyn, remis à la mode grâce aux entrepôts convertis en restaurants, en friperies, en galeries d’art et en bars de jazz -jazz et branchitude sont décidément synonymes chez les New-Yorkais;

  • et aux quartiers multiethniques du Queens qu’on traverse grâce à la ligne de métro n°7.

Je n’ai visité New-York qu’à une seule reprise, lors de la plus mauvaise période de l’année sans doute, celle du Jour de l’an.

Déprimant « party » du 31 décembre où JC, SP, N. et moi nous sommes retrouvés plantés debout dans une rue étroite de la métropole, bien loin de la foule massée dans Time Square, encadrés de flics et "vibrant" au son de la musique de Mariah Carrey sur écran géant par une soirée affreusement humide… mais coup de cœur pour une ville à l'architecture élégante et raffinée, où se côtoient le luxe et l'art, pour les publicités lumineuses excessives de Time Square, pour le plaisir tout simple qu’elle offre de la découvrir à pieds.

Nous avions bien essayé d’assister à une messe gospel dans Harlem le 2 janvier… mais tous les détenteurs de guides Voir, Lonely Planet et Let’s go y avaient pensé avant nous!


Webographie responsable

Parlant de voyage, un mot pour vous présenter le site Ekimondo, une référence, paraît-il, en matière de tourisme responsable, découvert grâce au journaliste Simon Diotte.

Qu’est-ce que le tourisme responsable?

« C’est un terme un peu fourre-tout qui inclut les règles du tourisme équitable (qui s’inspire du commerce équitable) du tourisme solidaire (où les voyageurs contribuent à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales ) et de l’écotourisme (qui vise à découvrir un milieu naturel en préservant son intégrité) » (Jean-Simon Chartier, coproducteur d’Ekimondo)

Nos vies en six mots

Le chroniqueur Pierre Foglia convie aujourd’hui ses lecteurs à un formidable exercice de synthèse que lui a soufflé un journal de l’État d’Alabama, chez nos voisins du Sud.


S’inspirant du même exercice qu’on aurait proposé à l’auteur Ernest Hemingway, le journal a plongé bien des lecteurs dans d'existentiels tourments en les incitant à « raconter leur vie en six mots »!


Pathétique exemple parmi les 15 000 reçus : « Found true love, married someone else ». Ça secoue un peu.


Et moi, me suis-je dit? Quels mots sélectionnerais-je pour résumer ma courte existence? Quelque chose comme « Souvent en retard, mais au rendez-vous » ou « Compagne fragile, la confiance, la clé. »


Ne me demandez pas de vous expliquer ces choix purement intuitifs!

Rêver de sangria

Premier mars.


Il neige encore une fois sur Québec. Doucement, par romantiques bourrasques… mais avec assurance! En ce temps pascal, N. me choisit comme fond musical La passion selon Saint Mathieu, de Bach, alors que j’aurais bien besoin des notes parfumées au rhum et à l’ananas sucré et juteux des 25 ans de succès de la Compagnie Créole!

Moi qui attends chaque année l’hiver avec impatience, rêvant de promenades sur les Plaines enneigées et de chocolats chauds au café Chez Temporel, moi qui m’enfuis sur les pistes de ski de fond de la région chaque fin de semaine et qu’un paysage de sapins enneigés et de ruisseaux sifflotant joyeusement entre deux rivages glacés séduit autant qu’un coucher de soleil sur le fleuve en plein été… commence à en avoir un peu ras-le-bol des congères et de la glace noire! Je me surprends à évoquer de plus en plus régulièrement mon ex-collègue JD et sa « maudite marde blanche »!


Un hiver monochrome

Ce n’est pas tant les multiples couches de neige qui obscurcissent de plus en plus les fenêtres de mon salon, compromettant la croissance de mes fragiles plantes vertes, déjà malmenées par un jardinier malhabile. Ce n’est pas le froid non plus. Car avouons que nous n’y avons pas goûté tant que ça cette année. Je blâme plutôt l’absence de soleil en cet hiver définitivement monochrome!

Car la blanche saison, j’aime m’y frotter pour ces délicieuses journées où la température se pose autour de -10°C; le ciel frôle le bleu royal et la lumière est vive. On avance dans le bois sans se préoccuper de la morsure du vent, la tête aux mésanges qui volent à notre rencontre en quête de graines de tournesol. La neige glisse sous nos skis recouverts d’un chimique glaçage de Swix verte, les pentes sont lisses, le soleil réconfortant.


Un fantasme de sangria


Mais de ces journées un peu moroses de tempête… j’en ai assez.

Je me surprends à fantasmer sur des images de pique-nique estival, une bouteille de vin ou de sangria au milieu de la table. Je rêve ardemment de légumes en papillote cuisant sur le barbecue qui parfumera notre future terrasse… et même de tout-inclus dans le sud en juillet!

Et moi qui ignore habituellement ces articles de malheur de novembre prédisant un hiver frisquet ou d’avril annonçant un été pluvieux et humide, je me suis laissé aller au découragement ce matin en parcourant les prophéties météorologiques des experts interviewés par la journaliste Catherine Handfield de La Presse :

  • deux semaines de temps plus froid que la normale à compter de mercredi prochain;
  • le temps doux qui se ferait attendre jusqu’à la mi-avril;
  • la neige qui nous narguera encore toutes ces semaines;
  • d’autres « bordées » à venir en raison d’une « machine à dépression » encore « bien vivante » (effrayante métaphore du météorologue Réjean Ouimet);
  • et, comble de malheur, les éternels rivaux d’Environnement Canada et de Météo Média s’accordant sur ces noirs oracles.

Combien, pour un tout-inclus en avril?

Remarquez que tout à mes travaux dans notre future maison, je n’aurai pas le loisir de goûter aux chaudes journées printanières de toute façon.

Tiens, voilà que je me sens un peu mieux!

samedi 23 février 2008

Cinq films, quatre semaines, un défi (suite et fin)

À quelques heures de la 80e cérémonie de remise des Oscars, je boucle enfin ce défi que je me suis imposé –sans trop rechigner, tout de même!-, celui de visionner toutes les œuvres finalistes au titre de l’Oscar du meilleur film avant que l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences n’en couronne qu’un seul.

Vous découvrirez ce que j’ai pensé de Juno, Il y aura du sang et Expiation dans trois précédents billets. Au terme de cette course à la perle cinématographique américaine de l’année, je considère qu’il s’agit des trois films les plus intéressants du prestigieux top 5 de l’Académie. Et qu’un film original et audacieux comme I’m not there : Les vies de Bob Dylan, malgré son dénouement qui s’étire, aurait assurément mérité une place parmi les concurrents au titre du meilleur film.

Et je pense enfin que des perles, il doit s’en cacher de plus précieuses dans d’autres catégories que celle du long métrage car, et à mon humble avis, Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme des frères Coen et Michael Clayton, de Tony Gilroy, sont loin d’être des candidats inspirants.

Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme (Ethan et Joel Coen) : …

Il n’y pas que la traduction française du titre de la plus récente production des frangins sans doute les plus estimés du cinéma américain qui étonne : la sélection au rang de meilleur film de l’année de No Country for Old Men laisse tout aussi perplexe.

Quoiqu’après avoir assisté, en 1998, au triomphe de la sympathique comédie romantique Shakespeare in love de John Madden devant quatre poids lourds :
  • Il faut sauver le soldat Ryan et La mince ligne rouge, qui avaient redonné ses lettres de noblesse au film de guerre par leur réalisme morbide et l’humanité de leurs personnages de soldats dont on mettait enfin en scène la terreur et l’impuissance;
  • le premier volet de la fascinante biographie de la reine anglaise Elizabeth, celui de son ascension au trône d'Angleterre;
  • et le magnifique La vie est belle, touchante fable d’un père qui transforme en conte de fée le séjour de son fils et le sien dans un camp de concentration...

on ne se surprend plus de rien! Quelle année quand même, celle de 1998... Disons que le triomphe des amours de l’auteur de théâtre anglais avait dû coûter cher à la maison de production Miramax!

Les choix de la conservatrice -et corruptible?- Académie ne nous font plus tomber en bas de notre chaise. Et puis, avouons-le, nous dormirons quand même dimanche soir si la dernière œuvre des frères Coen remporte le trophée tant convoité…

Peu de matière

Ce long préambule n’a qu’un seul objectif : masquer le peu de matière que j’ai à partager sur le film noir des deux frères vu il y a deux semaines –et pour lesquels des sous-titres ont été indispensables à la compréhension de l’accent texan.

L’histoire? Celle d’un homme téméraire qui, se pointant par hasard sur les lieux sanglants d’une transaction de drogue ayant mal tourné, s’empare d’un somptueux magot… au grand déplaisir de l’affreux tueur campé par un effrayant Javier Bardem –en lice, avec raison, pour l’Oscar du meilleur acteur dans un rôle de soutien-, et dont l’arme favorite est une sorte de pompe à oxygène aux multiples usages. Comme quoi une arme originale peut vous mener loin…

On se tire beaucoup dessus dans ce film, comme l’a constaté Seb dans son commentaire, film donnant également la parole à un shérif philosophe, le vieil homme du titre, j’imagine, impuissant à contrôler les pulsions de mort des personnages et dépassé par toute cette violence.

Un engouement de cinéphile?

J’ai beau cherché, je ne comprends pas l’engouement :

  • pour ce film dont ni le scénario, ni la façon dont il est filmé, ne révolutionnent, il me semble, l’histoire du cinéma;
  • pour l'oeuvre des frères Coen en général.

Un portrait sans complaisance de l’Amérique profonde? Un savant dosage de drame et d’humour grinçant?

Les journalistes Marc-André Lussier, de La Presse, et Karl Filion, de Cinoche.com, ont en tout cas vu dans ce « western moderne » quelque chose qui m’a échappé :

Lussier : "Tout, dans ce film, est stupéfiant : le récit, le ton, la mise en scène, la direction photo (travail sublime de Roger Deakins), sans oublier l'interprétation de haut vol d'une distribution d'ensemble (même ceux qui ont de tout petits rôles) de laquelle émerge notamment un Javier Bardem étonnant. […] No Country for Old Men, un titre qui fait écho à la chute d'un monde où aucun code d'honneur n'a plus cours… "

Fillion : "Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme oppose modernité et tradition sans bêtement comparer jeunes et vieux. Les cowboys se déplacent en voiture et utilisent des silencieux, c’est la nouvelle réalité toute simple de ce pays qui n’est le pays de personne, cette terre aride où on fait ce qu’on a à faire et c’est tout, peu importe les conséquences."

Aimer avec sa tête

J’avance une hypothèse.

Dans plusieurs disciplines artistiques, la sélection des chefs-d’œuvre tient souvent à une série de critères esthétiques ou formels qui échappent à l’amateur. On a porté aux nues 2001, l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick. Or, un de mes souvenirs les plus tenaces de cinéma consiste en ce soir de début janvier 2001 au cours duquel mon père, ma mère et moi roupillons à l’unisson chacun bien calé dans notre fauteuil devant ce film profondément ennuyant.

Il faut peut-être, pour l’apprécier, connaître à fond l’histoire du cinéma, savoir que les effets spéciaux de 2001… étaient tout à fait novateurs? que le thème était au diapason des préoccupations de l’homme de 1968, qui venait à peine ou qui allait enfin faire ses premiers pas sur la lune? que le réalisateur utilisait pour la première fois une caméra X ou une lentille y?

On aimera une œuvre parce qu’elle nous touche, on l'appréciera sans doute aussi de façon plus rationnelle en connaisseur, parce qu’au moment de sa création, elle s’inscrit en règle contre les normes esthétiques qui font alors l’unanimité :

  • le tableau offre une nouvelle perspective ou opte pour des sujets jamais esquissés à ce jour ou qui s’élèvent contre les valeurs d’une société;
  • l’auteur d’une pièce de théâtre propose une œuvre beaucoup plus ancrée dans la réalité que ses contemporains, offrant enfin une voix à des groupes trop longtemps ignorés;
  • un auteur pond le premier roman ne comptant pas une seule virgule ou aucune lettre "e" dans ses 300 pages.

Cent ans plus tard, les historiens de l’art, les metteurs en scène, les littéraires craqueront pour ces œuvres de « contre-culture » ayant renouvelé les codes en vigueur dans leur discipline. L’amateur comme moi, qui ne saisit pas toutes ces nuances, préfèrera être simplement ému, tenu en haleine, ébloui par les "belles images" ou assis sur le bout de son siège tant l'histoire est enlevante.

D'ailleurs, ne me faites pas croire que tous ceux qui déclarent aimer 2001, l’odyssée de l’espace sont sincères. Il existe des connaisseurs… comme des snobs qui n’oseraient avouer pour rien au monde que dans le fond, leur film préféré, c’est Footlose…

Michael Clayton (Tony Gilroy) : à n’y rien comprendre

Quand le premier geste que vous posez après avoir vu un film est de vous précipiter sur une critique, non pas pour revivre, à travers le texte d’un autre, le coup de cœur que vous venez d’éprouver, mais pour comprendre tout simplement le scénario de l'oeuvre, ça regarde mal! Vous n’avez pas saisi les nuances de l’anglais des personnages? Non! Vous n’avez même pas compris qui ils sont, quels sont leurs motifs ni dans quelle galère ils se sont embarqués.

N. et moi avons vécu cette situation après avoir vu Michael Clayton. Je me disais, tout au long du film, qu’une mystérieuse clé allait enfin m’éclairer, qu’on allait m’expliquer quelle était exactement la mission de l’avocat Clayton (joué par George Clooney, en nomination dans ce rôle pour l’Oscar du meilleur acteur), coincé entre un collègue plaideur devenu fou et les intérêts de sa firme. J’ai appris en lisant deux critiques que le personnage du très crédible George vivait une crise existentielle. Ah ouin?

J’ai rarement ressenti une telle impression d’être tenu à l’écart d’un film dont l’histoire pourrait me captiver mais… je n’y comprends que dalle! Vous tenez à voir cette œuvre déjà sortie en DVD? Renseignez-vous d’abord sur ce qu’elle raconte!

mercredi 13 février 2008

Notes en bas de page

Mes meilleurs voeux de bonne fête à ma soeur S., qui célèbre ce vendredi 15 février son 30e anniversaire. N'est-ce pas que nous étions adorables sur cette photo, prise dans un magnifique appartement de Lyon tout de brun décoré?

Chère soeur, que cette année soit riche en projets les plus fous -autres que la pose de céramique ou le tirage de joints!- et qu'elle t'apporte surtout de nombreuses occasions de dépassement.



Dans mon entourage, février est un mois fertile en naissance : on conçoit décidément beaucoup en mai! Un très joyeux anniversaire, donc, à plusieurs de mes proches :

  • AL, qui, je l'espère, émergera le 18 de ses cahiers d'histoire et de ses reportages du Téléjournal pour déguster les si délicieux fudges ou dominos de ses parents.

  • LC, jeune maman que je compte bien visiter avant qu'elle ne vieillisse d'une année le 22 février!

  • mes cousines MHP et GP, qui grandissent en tandem... et en sagesse aussi le 22.

  • sans oublier la petite R qui soufflera sa première bougie le 28 -ouf! elle aurait pu naître le 29...

Ma première activité du 400e

L'Assemblée nationale a concocté une programmation variée à l'occasion des fêtes du 400e anniversaire de la ville de Québec. L'Assemblée m'a surtout permis de participer -enfin!- à ma première activité des célébrations historiques, le lancement d'une édition spéciale des Cahiers annuels de la Société des Dix.


Fondée en 1935, cette société est constituée de chercheurs en sciences humaines (historiens, sociologues, archéologues, ethnologues, etc.), tous aussi brillants que passionnés par leur discipline. J'ai la chance de côtoyer régulièrement l'un de ces 10, sans doute le plus humble et le plus généreux de ses connaissances (!), mon collègue et ami historien et bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Assemblée, Gilles Gallichan.


Chaque année, la Société des Dix publie des Cahiers portant sur divers sujets. Le numéro de cette année en est un spécial puisqu'il est consacré au 400e anniversaire de notre capitale.


Si, sur papier dans ce 61e numéro, Gilles "fait la lumière sur des débats entourant la désignation, pour un temps, de Québec comme capitale du Canada-Uni", entre 1840 et 1867, il a encore une fois démontré, jeudi dernier, ses talents de communicateur en nous racontant comment la perte du statut de capitale de Québec à cette époque a donné naissance à l'expression encore employée de nos jours de "vieille capitale". Une expression démodée, voire quétaine, pense Gilles, dont je vous invite à écouter la courte conférence qui a séduit tous les participants, y compris le maire Régis Labeaume!


On peut notammer se procurer le plus récent numéro des Cahiers des Dix à la Librairie Laliberté, située à la Pyramide de Sainte-Foy, ou le commander en ligne.