samedi 30 mai 2009

Orgie de couleurs


"Barcelone, j´irai un jour pisser sur toi", chante Pierre Lapointe sur Les sentiments humains. "Barcelone, je t´aime trop pour ça!", aurais-je plutôt envie de lui répliquer. Pourquoi? Pour cette orgie de couleurs dans laquelle tu nous a plongés dès notre arrivée, thérapie de lumière qui nous a subjugués malgré le poids du décallage horaire.

À peine étais-je installé sur ce banc de la Ronda del la Universitat, ce samedi 23 mai a 9h, que déjà la capitale catalane se taillait une place de choix dans mon coeur pour cette fete des couleurs :

  • Les verts vifs des palmiers et de tous ces arbres qui recouvrent la cite -pas une rue sans arbres, ici- et des plantes qui se deploient sur les balcons de fer forge
  • Les rose saumon, orange pale, beige et jaune vanille des edifices qui surplombent ces petites ruelles dans lesquelles s´infiltre à peine le soleil ou sur ces grands boulevards aux places publiques debordantes de vie
  • Les mauves, les roses, les rouges, les vert pomme, les bleu royal, les turquoise des t-shirt, des robes, des chemises que porte une faune espagnole decontractee et lezardant sous les rayons du soleil, une cervesa ou une coupe de vin a la main
  • Toutes ces couleurs des etals du marche de San Joseph de la Bocqueria -merci aux BBEC de nous avoir recommande ce marche de l´abondance- , les teintes vives des fruits, des legumes, des bonbons, des jujubes, des chocolats, les poissons, les pieuvres, les anguilles, les langoustines, la viande suspendue, les saucissons, les charcuteries, les fromages, une orgie d´odeurs aussi: nous deviendrons des habitues de ce marche, de ces smoothies et de ces assiettes de fruits exotiques!
  • Les mosaiques et ceramiques colorees des edifices a l architecture audacieuse et brillante
  • Et les etalages de fleurs, les cages d´oiseaux et les artistes costumes de l´avenue animee de La Rambla, encore et toujours de la couleur!
Nous avons passe 4 jours et demi a parcourir Barcelone, decouvrant ces quartiers:
  • de la colline de Montjuic aux plages de la Barcelonita
  • du Berri Gothic, sa cathedrale et son Palais de la Musique de Catalogne aux oeuvres des architectes modernistes de la fin du 19e siecle et du debut du 20e siecle, Gaudi en tete
  • des tours vertigineuses de la Sagrada Familia au quartier branche du El Born -merci EDN pour ton article de Elle Quebec qui nous a conduist vers ce "Soho Barcelonais"'-
  • du stade olympique aux points de vue feeriques sur la ville entre 2 varietes de fleurs inconnues du Jardin Botanique
  • du Park Guell, habite tout entier par les oeuvres de Gaudi, encore lui, a Port Vell, le vieux-port
Des heures a marcher et a nous dire qu´il y a definitivement trop de beaute, ici, a nous forcer a arreter en nous disant qu´on reprendra l éxploration le lendemain, á terminer ces journees de decouverte par un souper et une bouteille de vin... mais jamais avant 21h, heure du coucher de soleil!

Une question encore: pourquoi n´est-ce pas au coeur de cette cite catalane que notre bon maire de Québec, Régis 1er, est venu puiser son inspiration pour une intégration réussie de l´architecture au decor urbain? Car on ne peut evoquer Barcelone sans citer les merveilles de son architecture, tant medievale que moderniste ou contemporaine, s´exalter du charme de chacun de ses quartiers, de la coquetterie de ses places, dans une ville ou meme les banques logent dans de veritables chefs-d´oeuvre de briques ou de pierres!

Farniente a Madrid

De Barcelone du 23 au 27 mai, nous errons desormais dans Madrid, capitale espagnole febrile qui se laisse admirer elle aussi sans trop de difficultes!

Ici, nos vacances ont change d´allure, alors que nous avons eu la surprise d´amenager dans un petit bijou d´appartement au decor moderne, a proximite de la Gran Via et d´un tas de restaurants gourmands. Lever tard, petit dejeuner a la maison, une brassee de fonce, de la musique espagnole pour accompagner notre cafe, et nous voila repartis en quete d´exotisme et encore... de beaute!

Toiles classiques du Musee du Prado, splendeur des salons du Palais Royal, surrealisme parfois un peu choquant des oeuvres de Picasso, Miro et Dali au Centre d´art de la Reine Sophie, vitraux traditionnels et typiquement de notre temps dans la toute recente cathedrale, cafe solo ou con lecce sur la Plaza Mayor...

Un trip bouffe

Et en Catalogne comme en Castille, nous ne negligeons pas notre estomac! Tranquilles dans la journee -sandwich au jambon, salade, bikini (sorte de grilled cheese local), tapas aux portions raisonnables-, nous avons entrepris un veritable periple culinaire chaque soir que ces vacances amenent!

Si le periple a un peu mal commence -tapas gras et trop frits ou pizza et soupe aux fruits de mer sans gout dans un resto touristique de La Rambla-, il s´est revele riches en decouvertes gastronomiques de toutes sortes depuis lundi soir! Chez Origens, Baazar, A Dos Velas ou à La Musa, place au boeuf argentin nappe de sauce au fromage bleu ou au pesto-ail, aux tapas de style pomme verte farcie de viande, sushis appretes a la sauce locale ou cuisses de canard, a une degustation de fromage, de charcuteries et meme de boeuf bourgignon et a toute une declinaison de fondants au chocolat baignant dans des sauces tout aussi chocolatees. Je ne veux plus partir d´ici et recommencer a manger du macaroni!!!

Ils nous ont finalement eus...

Je m´en mefiais depuis le debut du voyage, les redoutant un peu, les apercevant dans cet homme solitaire un peu louche ou ce jeune voyou, attachant solidement mon sac a dos sur la taille ou tatant regulierement mes poches... Ils nous ont finalement bien bernes... ces 2 voleurs qui ont profite de notre seance de creme solaire sur la Plaça de Catalunya!

Beaucoup d´adrenaline mais plus de peur que de mal... Les voleurs ont mis la main sur nos passes de train -le plus gros butin-, sur des vetements, les lunettes et le Ipod de N, mais le sac North Face achete au Vietnam ne contenait ni argent, ni cartes, ni passeport, et nous avions des copies de nos billets d´avion. Juste une petite deception de perdre certains objets, dont notre guide Lonely Planet... dont nous avons finalement trouve une version plus recente!- et la frustration de s´etre fait avoir par ce voleur qui a reclamait du feu tandis que son complice invisible volait le sac a mes pieds. Grrrrr...

A part cet episode, tout se passe pour le mieux: beaucoup de soleil et beaucoup de bonheur! Seuls bemols? Ca manque de toilettes publiques et d´abreuvoirs ici, mais quand on planifie bien ses excursions...!

mercredi 6 mai 2009

À la rencontre d'Amadeus




Brève mais agréable virée montréalaise, en fin de semaine dernière, pour assister, à la suggestion de N. le mélomane, à une représentation de la pièce Amadeus, de Peter Shaffer, à l'affiche du Théâtre Jean-Duceppe. Cette pièce est à l'origine du film du même nom, une œuvre de Milos Forman lauréate de 8 oscars en 1984... qui débutait par la symphonie no25 de Mozart que vous entendrez en cliquant sur la vidéo précédant ce billet.

Outre l'occasion de vivre une première expérience au théâtre dans la métropole -quoique la salle Octave-Crémazie du Théâtre du Trident de Québec n'ait rien à envier à la résidence de la Compagnie Jean-Duceppe-, j'étais curieux de découvrir comment le texte ayant inspiré l'exubérant film de Milos Forman pouvait vivre dans le cadre beaucoup plus dépouillé d'une scène. René-Richard Cyr signait la traduction en français et la mise en scène de la pièce, qu'il a, dit-il, épuré de certains personnages, tandis que les comédiens Benoît McGinnis et Michel Dumont défendaient les 2 rôles principaux.

Une relation amour-haine

Amadeus raconte la relation amour-haine qui se noue entre le jeune compositeur Mozart, musicien tout aussi surdoué que frivole aux idées révolutionnaires, et le compositeur Antonio Salieri, conservateur épris de morale ayant sacrifié sa vertu à Dieu pour que le Créateur fasse de lui un compositeur reconnu et acclamé. L'arrivée de Mozart à la cour de Vienne en 1781 bouleverse les plans de Salieri, qui se détourne de Dieu pour provoquer sa chute de son rival.

René-Richard Cyr a su admirablement condenser la pièce de Shaffer pour en retenir l'essentiel, la déchirante jalousie qui anime Salieri à l'égard du prodige qu'est Amadeus. Le texte est sobre, agrémenté, comme dans le film de Forman, de la magnifique musique de Mozart.

Dans le rôle de Salieri, Michel Dumont m'a semblé manqué un peu d'intensité et d'expression, lui dont la vie bascule pourtant à l'arrivée du jeune Mozart à la cour de l'empereur. Benoît McGennis incarne un Mozart beaucoup plus étincelant, dont le caractère volage est accentué par ses costumes criards. Un tête-â-tête intelligent mais qui se révèle un peu trop froid, dans une mise en scène somme toute classique sur une scène sombre ayant peut-être contribué à éteindre quelques ardeurs.

La pièce de l'année

Amadeus demeure néanmoins la meilleure pièce que j'aie vue au terme d'une saison théâtrale passée cette année au Trident. Une première... qui ne sera sans doute pas répétée.

Doté de beaucoup de moyens, la compagnie a programmé des pièces variées qui m'ont laissé généralement... indifférent. Une nouveauté de Robert Lepage dans laquelle la forme dominait le fond, une pièce de Claude Gauvreau dont l'écriture à la limite de l'absurde m'a endormi et le personnage de Don Juan revisité par Éric-Emmanuel Schmitt, qui fait du héros un... homosexuel, marqué par une seule vraie relation amoureuse, masculine, à laquelle on ne croit pas du tout. D'autant plus que Don Juan était incarné par un comédien dénué de tout charisme.

J'aime le théâtre.

Le croisement d'une pièce bien écrite et près de mes préoccupations, de comédiens dont le jeu frise l'authenticité et d'une mise en scène originale qui exploite l'imaginaire plutôt que de tout montrer peut me toucher davantage que bien des films. Devrais-je magasiner mes pièces plutôt que d'offrir toute ma saison à un seul théâtre? Expérimenter de nouveaux lieux de diffusion, Le Périscope ou Première Acte, que je n'ai jamais fréquenté assidûment? Est-ce qu'à force de voir trop de pièces on devient trop blasé? Je ne peux pas le croire!

Comme les livres qui m'ont marqué, je me souviens encore avec bonheur de pièces qui m'ont émerveillé ou bouleversé, comme La trilogie des dragons de Robert Lepage ou Forêts de Wajdi Mouawad. Le théâtre peut être un médium extraordinaire...