mercredi 21 janvier 2009

Céder à la tentation du grandiose...


20 jours de silence, je suis gêné, honteux... Je tente ce soir de reprendre le contact avec vous, en espérant que vous ne m'aurez pas abandonné durant cette pause inacceptable.


Êtes-vous de ceux qui sont allés applaudir Le dragon bleu, la plus récente pièce de théâtre de Robert Lepage et de la comédienne Marie Michaud, mise en scène par Lepage lui-même? Sans doute suis-je un des rares, mais ce spectacle extrêmement attendu m'a laissé un peu sur ma faim...


Le dragon bleu raconte l'histoire d'un artiste québécois exilé en Chine -joué par Lepage-, qui tente, justement, de renouer avec son art, après des années d'investissement auprès de ses pairs à Shanghaï. Vivant une relation incertaine avec une jeune artiste chinoise, Pierre est également confronté au retour dans sa vie de son ex, Claire, que l'adoption d'un enfant conduit en Chine.


Moins de portes ouvertes sur l'imaginaire


Je me souviens avec nostalgie de 2 spectacles de Lepage que j'ai eu le bonheur de voir au cours des dernières années : La trilogie des dragons et La face cachée de la lune. Moments inoubiables! Dans ces 2 oeuvres, me semble-t-il, Lepage et son équipe ouvraient davantage de portes sur l'imaginaire, misant sur une mise en scène moins grandiose mais exploitant avec brio tout le potentiel d'accessoires dont la fonction se transformaient au gré des scènes : des patins chaussés par un couple d'amoureux devenaient soudain des armes chaussées par des soldats pour évoquer le potentiel destructeur de la guerre, une planche à repasser se métamorphosait en appareil d'entraînement, une sécheuse incarnait soudain la pleine lune, etc.


Dans Le dragon bleu, Lepage emprunte davantage au cinéma. Il utilise abondamment des technologies novatrices pour créer des images fortes qui ressemblent parfois à des effets spéciaux, mais montre plutôt qu'il ne suggère. La mise en scène, spectaculaire, ne sert pas toujours le propos -le dépassant, parfois-, propos qui manque un peu d'âme...


L'histoire de la plus récente production du créateur québécois est intéressante, mais moins complexe que certains récits auxquels il nous avait habitué, alors que s'entremêlaient parfois dans ceux-ci 2 ou plusieurs pistes, la conquête de la lune et la relation avec sa mère dans La face cachée..., dont on comprenait la relation à la toute fin de la pièce. Enfin, Lepage joue vraiment l'artiste un peu blasé, adoptant un ton monocorde sans beaucoup de nuances qui le suit jusqu'à la fin de la pièce, affectant quelque peu le rythme de celle-ci.


Le dragon bleu constitue néanmoins un spectacle novateur, qui se distingue évidemment, notamment par l'appropriation faite de plusieurs technologies, des pièces auxquelles j'ai assisté cette année. Un peu plus de travail sur le fond aurait permis d'apprécier davantage la forme...

vendredi 2 janvier 2009

Repentir...

Comme me l'a souligné N, j'avoue avoir été un peu dur dans ma critique du spectacle Salut 400e orchestré par la Société des fêtes du 400e anniversaire de Québec pour clore cette année mémorable. Mon texte a éclipsé l'agréable moment passé en famille. Ma déception devant le manque d'animation a de plus été amplifiée par ma frustration d'être bousculé par la foule au tournant de la nouvelle année. Un moment magique transformé en épisode inconfortable.

Je tiens à remercier et à féliciter le président et le directeur général de la Société des fêtes du 400e, messieurs Jean Leclerc et Daniel Gélinas, ainsi que toute leur équipe, pour la qualité de leur travail, leur loyauté et leur dévouement à leur ville et leur capacité de transformer une catastrophe annoncée en un succès largement médiatisé.

Merci aux bénévoles de ce 400e qui, jouant parfois un rôle ingrat, ont rendu possible la tenue des nombreuses activités grand public. Ceux de l'Espace 400e nous ont chaque jour accueillis avec le sourire, pressés de répondre à nos questions ou de nous orienter.

Chapeau, donc, à toute l'équipe de ce 400e anniversaire, qui a fait de Québec la ville de l'année, comme l'a justement souligné Véronique Cloutier lors du Bye Bye de Radio-Canada.

jeudi 1 janvier 2009

Réponse aux lecteurs


Merci à Gaston d'avoir pris le temps de publier un commentaire que j'endosse totalement à la suite de mon billet portant sur le Bye Bye raté.


À lire sur son blogue ancré dans l'actualité politique québécoise une analyse fort bien écrite sur le sens détourné de la fête du 400e anniversaire de Québec : ce que les paillettes des grands partys ont souvent réussi à éclipser...

Des souhaits pour 2009

Ma déception par rapport au spectacle de fin d'année Salut 400e et mon emportement face au Bye Bye d'hier -plus d'argent investi dans le cachet des artistes que dans les décors, costumes et maquillages et le talent des scripteurs- m'ont complètement fait oublier de vous souhaiter... une bonne année 2009!

Une année pleine de petits bonheurs : une partie de Quelques arpents de piège avec des amis apportent parfois bien plus de satisfaction qu'une réception mondaine dans un décor trop froid.

Une année de contacts avec l'art : des films, des pièces de théâtre, des livres, des spectacles imaginatifs, audacieux, percutants, donnent espoir en le potentiel humain et inspirent à leur tour le Beau.

Une année d'accomplissements : ces épineux défis qu'on se construit à coup de peurs mal venues, qu'on croit hors de notre portée et qu'on relève pour notre plus grand plaisir!

Une année d'amitiés : car la complicité, les rires pleins de sous-entendus et le réconfort de quelqu'un qui comprend son angoisse ou son anxiété valent chers, et pas seulement en période de crise économique.

Une année de découvertes : de l'appétit pour l'inédit, le surprenant, le différent, ce qui suscite d'abord la réticence avant de conduire à la satisfaction!

Merci à tous les lecteurs et lectrices de ce blogue qui me font toujours plaisir avec leurs commentaires oraux ou écrits.

Bonne année!

Un Bye Bye raté

Revenu chez nous le 31 décembre à minuit trente après une soirée de fin de 400e décevante, je souhaitais ardemment me réchauffer les pieds devant les émissions de télé de fin d'année de Radio-Canada.

Après la tiède et plus ou moins drôle revue de fin d'année de l'Infoman Jean-René Dufort, nous avons plutôt eu droit à un Bye Bye raté. Un show décousu, oscillant constamment entre un humour vulgaire et d'un goût douteux et de la variété rondement menée mais pas toujours pertinente. Les 10 premières minutes de l'émission illustrent à mon avis ce commentaire.

Le Bye Bye de Véronique Cloutier et Louis Morissette a décollé sur des airs endiablés de Gilles Vigneault, interprétés péniblement par Véro et quelques artistes de service, autour d'une table de cuisine typiquement québécoise -clin d'oeil au lieu de rencontre de nos familles, j'imagine?- sur laquelle des acrobates du Cirque Éloize se contorsionnaient à qui mieux. Ça se passait le micro à toute allure sur fond d'images d'archives d'une soirée canadienne mettant en scène Joël Legendre, l'un des invités (???), c'était soigneusement mis en scène mais quel était le message de ce numéro ultra-touffu? Le lien avec l'année qui s'achève? On ne savait plus où donner de la tête tout en essayant d'y décoder quelque chose.

Ont suivi des extraits d'une Véro giguant sur des scènes du Québec ou en compagnie d'artistes (re-???), puis voilà qu'on nous a précipite au coeur de la résidence de l'ex-gardien de but Patrick Roy et de son fils Jonathan qui a secoué tout le Québec à Pâques en bardassant pas à peu près le gardien de but Bobby Nadeau. Un sketch de mauvais goût qui, comme l'a souligné mon amie CD, a dû donner des frissons aux employés de refuges de femmes battues. C'était mal écrit et mal tourné, comme les sketchs qui ont suivi.

Tous étaient campés dans un décor cheap, mettant en scène des artistes aux maquillages mal exécutés, ponctués d'une flopée de sacres et écrits dans un style d'humour où la violence n'était jamais loin. À preuve cette militarisation de la crise de la listériose où des employés de bonne foi du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec transformés en soldats canadiens en Afghanistan mitrallaient littéralement des fromages d'artisan.

La présence de Julie Couillard et de ses "stivident" et un sketch pas pire sur l'année de Céline Dion -évoquée autour d'une partie de Cranium ridiculisant la journaliste Denise Bombardier devenue groupie de la diva- n'ont pas fait oublier le numéro "émotionnant" du coup de minuit où les souhaits d'artistes manquaient de convictions. La présence de Pierre Lapointe aurait pu être rafraichissante mais il a chanté un hit de... 2007.

La palme du ratage revient toutefois aux commentaires sur l'actualité de Louis Morissette et de l'un de ses co-scripteurs, Jean-François Mercier, qui ont poussé la démagogie jusqu'à comparer le premier ministre canadien Stephan Harper à un lobotomisé. Ça frisait le propos haineux. Quelqu'un à Radio-Canada a-t-il relu les textes?

Véro et son chum avaient pondu, avec beaucoup moins de moyens sans doute, une décapante revue de l'année il y a quelques années. Ils ont cette fois échoué à nous faire oublier les "dividus" de Clown Poirier et autres Sophie Tiboutte imaginés par Rock et belles oreilles depuis 2 ans.

Bon, fini le défoulement!

Ça devait être beau de Lévis...

Mon 400e s'est terminé comme il a commencé : par une longue et pénible soirée d'attente, vécue cette année au coeur de la Grande Allée à grelotter sur la terrasse chauffée du Voodoo Grill, dans l'espoir de contempler des feux d'artifices spectaculaires finalement à moitié cachés par la façade du restaurant Saint-Hubert. Le moment aurait pu quand même être agréable si je n'avais pas été perturbé par une foule névrosée qui ne songeait qu'à bousculer. Une fin de 400e égocentrique, où Québec s'est pétée les bretelles sur fond de coups de coude et de coups d'épaule pour s'approcher de l'épicentre... ou s'enfuir soigner ses engelures.

Récit d'une frigorifiante soirée qui tombe à plat.

Le party du dernier jour de l'année avait pourtant bien commencé à la table raffinée du Voodoo Grill, dont la finesse des mets et le charme des présentations me ravissent à chaque visite. Court mais endiablé solo de tamtams des musiciens invités, personnel prévenant, salle à manger un rien prétentieuse mais propice à la fête, du vin, une ambiance réussie quoi!

Le dernier service de la soirée nous précipitait toutefois hors de notre réconfortante tablée sous le fouet d'un facteur éolien de -28°C dès... 21h30. On nous promettait des DJ sur Grande Allée? Celui du bar Le Maurice attenant au Voodoo animait la terrasse de l'établissement, mais sur la rue la plus snob de Québec, un chansonnier faussant dans un grésillement sonore, une file d'attente à la discothèque Le Dagobert, des cafés Amarula au Saint-Hubert... et CFOM et ses tirages de ballades en mongolfières à proximité de la scène située juste devant les ruines du manège militaire emporté ce printemps. Et de la musique d'ambiance... un peu tiède. Le vin nous privant encore quelques minutes des ravages du froid, nous avons réussi tant bien que mal à nous endiablés un peu... avant de battre en retraite au Voodoo guetter le spectacle de 23h. Et croyez-le ou non, je me suis presque ennuyé du show de l'an dernier... car spectacle au moins il y avait!

Modérons d'abord nos transports pour souligner la logisique impeccacle déployée cette fois par l'organisation du 400e, sans doute hantée par le naufrage du 31 décembre 2007 : de véritables écrans géants, disposés à plusieurs endroits stratégiques, remplaçaient les télévisions 28 pouces, le son portait, on pouvait compter 1 toilette chimique par 100 spectateurs... ou presque et des policiers veillaient au grain.

Une logistique impeccable, certes, mais pas assez pour faire oublier le "pétage de bretelles" du spectacle final, durant lequel les 400 choristes rassemblés sur la scène du manège militaire ont finalement servi de faire valoir aux images, marquantes et magiques, il est vrai, des grands événements de l'année qui se termine. Mais regarder des images à -28°C, des images d'été où il fait beau et chaud en plus, c'est long en viarge! L'organisation du 400e avait annoncé un spectacle aux airs de regards en arrière : ce Salut 400e a rempli ses promesses! Mais pour quelqu'un comme moi qui souhaitait tromper le froid par de la musique festive, déception totale.

Comme à Time Square le 31 décembre 2005, alors que JC, SP, N et moi attendions dans une humidité glacée le coup de minuit loin du spectacle superficiel de Mariah Carrey divertissant tant que bien que mal la Grosse Pomme, comme au bar de chansonniers Chez son père en 2004 alors que l'établissement avait littéralement saboté sa soirée du 31 en dissimulant ses meilleurs chansonniers, je me suis pris à espérer avec impatience -et c'est un euphémisme- le fameux coup de minuit... vécu à quelques mètres du restaurant Le Grand Café. Et devinez quoi? Aors que grondaient les premiers pétards au-dessus des plaines d'Abraham, N, sa famille, CD et moi nous sommes surpris à être les rares "bedauds" de notre secteur à nous souhaiter bonne année!

On nous promettait un spectacle pyrotechnique qui embraserait toute la ville? Ça devait être beau de Lévis, dans un petit coin désert hors de la foule. À proximité du site principal du spectacle sur la place Georges-V, j'avais plutôt l'impression de manquer le show, comme si les feux d'artifices, très jolis tout de même, apparaissaient aussi décentrés de mon objectif que le visage du chef du Parti libéral du Canada Stéphane Dion dans sa mémorable adresse à la nation.

En 2008, je promets un retour aux partys traditionnels du 31... et plus jamais de spectacle qui n'en sont pas en plein air. À moins qu'on nous offre Mes Aïeux!