lundi 16 janvier 2012

Faire de la politique autrement

Le 2 mai dernier, plusieurs femmes et hommes politiques québécois ayant consacré une partie de leur vie -voir la majeure, pour certains- à représenter leurs concitoyens ont été brutalement éjectés de leur siège de député. Il a suffi d'un homme, d'un désir plutôt flou de changement. D'où une soudaine volonté, chez les collègues ayant assisté avec frayeur à cette grande brassée de couleurs politiques, de faire de la politique autrement.


La saison des idées...

Le Parti québécois se penchera en février sur des propositions allant en ce sens. Déjà échaudé au Québec par le raz-de-marée adéquiste du printemps 2007 et effrayé par, celui, anticipé, des coalisés de François Legault, le parti renoue avec la saison des idées. Révision du mode de scrutin, possibilité pour les citoyens d'initier des référendums initiés, inscription officielle dans les statuts du parti du vote libre des députés à l'Assemblée nationale, bref, d'ambitieuses réformes dont certaines -pensons à celles liées au mode de scrutin - ne se concrétiseront assurément pas.

En fin de semaine dernière, le Parti libéral du Canada profitait quant à lui de son Congrès biennal pour revoir ses structures et ses statuts. Objectif pour plusieurs: faire plus de place aux citoyens dans la transformation extrême que souhaite s'imposer un parti confiné depuis le 2 mai au rôle ingrat de 2e opposition. On songe notamment à l'organisation de primaires à l'américaine dans laquelle de simples quidams qui ne sont pas membres du parti participeraient au choix de son prochain chef en 2013. Ouverture du parti ou ingénieux mécanisme pour susciter l'attention des médias pendant des mois? Peu importe, on fait de la politique autrement.

Renier la volonté des électeurs

Pendant ce temps, on transfuge à qui mieux mieux, et sans trop de scrupules dans le cas de la députée fédérale de Saint-Maurice - Champlain, Lise St-Denis, élue néo-démocrate le 2 mai.

Dressant peut-être sa carte du ciel politique durant le congé des fêtes, Mme St-Denis s'est soudain découvert un ascendant libéral. Sans doute portée par une vague plutôt qu'élue pour ses qualités de leader, Mme St-Denis n'en a pas moins banalisé son rôle de députée en conférence de presse la semaine dernière, avouant candidement que ses électeurs avaient voté pour Jack Layton. Nouvellement veuve, la députée s'est crue autorisée à sauter la clôture pour courtiser un nouveau chef, fut-il plus au centre qu'à gauche.

Les électeurs du comté de la transfuge fédérale ont assurément voté pour Jack Layton d'abord. Ils ont sans doute été un certain nombre aussi à appuyer son parti et ses politiques, similaires dans certains cas aux politiques libérales, mais tout à fait à l'opposé sur d'autres plans, notamment le rôle de l'armée canadienne.

Conclusion : tandis qu'on aspire, du côté du PLC, à faire plus de place aux électeurs au sein du parti, on encourage une députée de la formation à renier le choix de 97 000 d'entre eux. C'est ça faire de la politique autrement?

Séance de patinage d'un ex-futur souverainiste

Du côté québécois, il faut entendre François Rebello patiner depuis lundi -lire  notamment cette entrevue avec Nathalie Collard de La Presse- pour comprendre que ce que souhaite le député de La Prairie, c'est remporter ses prochaines élections auprès d'un homme politique qu'il admire et respecte, peut-être avant tout pour sa personne que pour ses idées. La gang et les sondages avant les convictions souverainistes? Peut-être...

S'il est élu sous les couleurs d'une coalition elle-même victorieuse au Québec, Rebello peut assurément prétendre à un poste de ministre. Ce même ministre qui, à l'automne 2011, aura assuré sa chef de sa confiance et de son soutien avant de la lâcher quelques semaines plus tard, proclamant sur toutes les tribunes sa foi en la souveraineté avant de joindre les rangs d'un parti qui la range dans le placard pendant au moins 10 ans.

C'est ça, faire de la politique autrement? À qui les électeurs pourront-ils désormais faire confiance?


La volonté des électeurs

Je ne peux m'empêcher de voir d'un bon œil le projet de loi soumis par les néo-démocrates qui obligent les députés qui changent d'allégeance à obtenir l'accord de leurs électeurs lors d'une élection partielle.

Qu'un député démissionne en cours de mandat  pour des questions de principe pour siéger comme indépendant? Aucun problème. C'est presque courageux de sa part quand on sait qu'il perdra alors tout le soutien financier, logistique et en matière de recherche que lui procurait son groupe parlementaire. Il se condamne au silence et à la réclusion. Mais qu'un projet de loi interdise de renier la volonté de ses électeurs en se ralliant à une nouvelle formation politique, l'idée m'enchante de plus en plus.


Les députés, responsables du cynisme ambiant?

Mes 10 années passées à l'Assemblée nationale m'ont permis d'apprécier le travail des députés et m'ont inspiré beaucoup d'admiration pour ces femmes et ces hommes qui ne comptent pas leurs heures pour porter les attentes et les projets de celles et ceux qu'ils représentent. Mais je ne peux m'empêcher d'approuver l'éditorialiste André Pratte quand il écrit dans La Presse du 14 janvier 2011 que les politiciens sont les premiers responsables du cynisme qu'ils suscitent, notamment en jouant les vire-capots.

Un sondage mené par La Presse dans le cadre d'un dossier sur les enquêtes consacrées aux "bavures policières" révélait hier que 11% des Québécois font confiance aux politiciens. Je serais curieux d'entendre Mme St-Denis et M. Rebello sur cette piètre cote d'amour de nos politiques...

On croyait voir Barak Obama faire de la politique autrement. Nos attentes étaient vastes comme son pays et nous avons été déçus. L'heure est peut-être venue de miser sur de petits gestes pour rétablir la confiance en nos politiciens.

Nous sommes aussi sans doute "dus", comme citoyens, pour une réflexion sur ce que nous attendons de nos élus : comme leur permettre par exemple d'avoir droit à l'erreur.

3 commentaires:

Gaston Deschênes a dit…

C'est paradoxal: on demande aux députés de penser par eux-mêmes, on déplore la trop grande emprise des partis mais quand un député sort du rang, on le fusille. Le cas Saint-Denis est certes déconcertant: la madame me semble ne pas avoir seulement des problème de jugement politique mais cela ne doit pas nous amener à bouleverser l'esprit de notre droit qui donne pleine liberté à l'élu, face à son parti et même ses électeurs, pour interpréter ce qui lui apparaît comme l'intérêt commun. L'attacher encore plus à son parti serait aller à contre-courant. La mesure proposée par le NPD n'a pas d'équivalent ailleurs dans tous les monde parlementaire sauf dans quatre pays de la même "famille" (Inde, Bengladesh, Pakistan, Sri Lanka); avant de nous distinguer encore avec une mesure qui peut avoir des apparences avant-gardistes, il faut y réfléchir sérieusement.

Gaston Deschênes a dit…

Prenons un exemple "facile": René Lévesque. Il quitte le PLQ en octobre 1967 et devient indépendant. "Pas de problème", dis-tu. Mais un an plus tard, il crée le PQ. C'est là que la Loi l'obligerait à démissionner? Me semble qu'on a un problème là. Il serait comme en "libération conditionnelle" puis ensuite en "interdiction d'association"?
Un autre cas: en 1937, cinq députés dissidents de l'UN (Philippe Hamel, Oscar Drouin, J.-Ernest Grégoire, Adolphe Marcoux et René Chaloult)fondent Parti national. On les pénaliserait en les obligeant à démissionner alors que c'est Duplessis qui n'a pas tenu ses promesses! Belle moralité! Idem pour les dissidents péquistes de 1984: c'est Lévesque qui a changé d'orientation, pas eux.
Il y a une sagesse dans notre droit parlementaire. Attention aux manipulations irréfléchies.
Bonne journée.

Raphaël Thériault a dit…

Commentaires très intéressant. Merci! RT